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Actualités - Analyse

ÉCLAIRAGE - Les Frères musulmans saisissent l’opportunité d’une liberté grandissante

Première force d’opposition en Égypte, le mouvement interdit des Frères musulmans a saisi l’opportunité d’une liberté grandissante pour mener une campagne de communication soutenue surtout dans les zones les plus défavorisées en vue des législatives qui débutent demain. Se présentant pour la première fois sous le nom de leur mouvement, à la faveur d’une amélioration des libertés dans le pays, les Frères musulmans ont surtout fait campagne dans les zones les plus défavorisées. Quand les Frères musulmans « se rendent dans un village, ils l’étudient minutieusement avant de décider de la plate-forme à présenter », explique l’analyste Josh Stacker, basé au Caire. « Nous ne sommes pas comme les autres groupes d’opposition, nous travaillons sur le terrain », explique Essam al-Eryane, un haut dirigeant du mouvement récemment libéré après avoir passé cinq mois en prison. Devant 15 000 électeurs rassemblés dans une énorme tente dressée par la confrérie à Hilwane, dans la banlieue cairote, un candidat du mouvement promet infrastructures meilleures, écoles et hôpitaux. Il n’évoque pas les problèmes touchant à la politique nationale. Portant l’écharpe traditionnelle de la confrérie, des membres du mouvement surveillent la foule qui scande : « Égyptien, donne ton vote à l’islam », rappelant le slogan historique des Frères musulmans « l’islam est la solution ». En dépit d’une marge de liberté plus importante, l’idéologie de la confrérie, créée en 1928 par Hassan al-Banna, reste peu claire. Dans son programme, le chapitre sur la corruption défend « une réforme de l’esprit pour atteindre des valeurs morales élevées ». Les Frères musulmans « se présentent comme une alternative au régime (...) Ils ne l’acceptent pas et ne le rejettent pas non plus, ils sont très pragmatiques », explique l’analyste Stacker. Longtemps pourchassés, souvent emprisonnés, ils ont tissé à travers le pays des réseaux de solidarité, ouvrant dispensaires et centres sociaux, distribuant des aides. Ils se sont ainsi assurés de vastes bases sociales dans les grandes villes comme au Caire ou Alexandrie. Ils avaient obtenu en 2000, sous l’étiquette d’indépendants, 17 sièges sur 444 à l’Assemblée du peuple, devenant la plus importante force d’opposition parlementaire. Pour ces législatives, ils présentent 150 candidats « pour ne pas provoquer » le régime, espérant remporter une cinquantaine de sièges. Certains observateurs n’excluent pas que le régime puisse chercher à détruire le mythe de la puissance des Frères musulmans en falsifiant les résultats du scrutin, pour faire croire qu’ils ont affiché un score bas en dépit d’une campagne libre. Mais Joe Stacker estime que le régime pourrait souhaiter voir la confrérie marquer des points plutôt que les partis légaux. « Quelle que soit la manière dont on intègre une entité illégale, on peut toujours lui fermer la porte. » Soutenu par les États-Unis, le président Hosni Moubarak a refusé de légaliser la confrérie. Mais Salama Ahmad Salama, chroniqueur du journal progouvernemental al-Ahram, estime que la question est à nouveau sur la table. « Nous devons apprendre comment intégrer le courant islamiste dans la vie politique (...) les Frères musulmans devraient revoir leur discours politique et le rendre plus compatible avec la démocratie », affirme-t-il. Pour la politologue Mona al-Ghobashy, qui souligne le pragmatisme des Frères musulmans, la confrérie, « qui cherchait à établir un État islamique austère, a été irrévocablement transformée en un parti politique flexible ». Moïna FAUCHIER-DELAVIGNE/AFP

Première force d’opposition en Égypte, le mouvement interdit des Frères musulmans a saisi l’opportunité d’une liberté grandissante pour mener une campagne de communication soutenue surtout dans les zones les plus défavorisées en vue des législatives qui débutent demain.
Se présentant pour la première fois sous le nom de leur mouvement, à la faveur d’une amélioration des libertés dans le pays, les Frères musulmans ont surtout fait campagne dans les zones les plus défavorisées. Quand les Frères musulmans « se rendent dans un village, ils l’étudient minutieusement avant de décider de la plate-forme à présenter », explique l’analyste Josh Stacker, basé au Caire. « Nous ne sommes pas comme les autres groupes d’opposition, nous travaillons sur le terrain », explique Essam al-Eryane, un haut dirigeant...