Un mardi heureux de plus, grâce au Conservatoire national supérieur de musique, à l’amphithéâtre Aboukhater où la musique de chambre, en moins de cinquante minutes, a offert un beau florilège de partitions russes. Cinq femmes musiciennes sous les feux de la rampe: Anna Kharazyan (violon), Catalina Rupa (viole), Narine Haroutiounian (violoncelle), Nina Filippova (harpe) et Olga Bolun (piano). Cinq interprètes, déjà familières du public mélomane beyrouthin, ont opté pour une soirée, sous le signe de la Russie, teintée surtout de romantisme. Au menu, alliant langueurs et impétuosités tempérées, de très belles pages, lyriques et rêveuses, de Moussorgsky, Borodine, Tchaïkovsky, Glazounov, Rebikov et Bortnianski.
Courte mais intense est l’œuvre qui ouvre le bal des notes. Larmes de Moussorgski, où harpe et viole croisent et décroisent délicatement les cordes. Mais avec une viole souvent criarde et aux sonorités crayeuses. Ton toujours doux et d’un sentimentalisme appuyé avec la Serenade de Borodine où la harpe, bien plus que simple accompagnatrice, a aussi des accents éminemment mélodieux. Pour le plus cosmopolite des compositeurs russes, c’est-à-dire Piotr Illitch Tchaïkovsky, voilà une Nocturne relativement enfiévrée et tendre, où les longues plaintes du violoncelle balancent les accents séraphiques et légers de la harpe. Sentiment toujours (comment en serait-il autrement avec Tchaïkovsky?) pour une œuvre à trois temps justement intitulée, d’ailleurs, Valse sentimentale, où harpe et violoncelle mènent conjointement, dans un tourbillon presque mondain, la danse.
D’Alexandre Glazounov, travailleur acharné, né à Saint-Pétersbourg et père de plus de huit symphonies, on écoute une Élégie d’un lyrisme rêveur et diaphane, où les sanglots du violon (trop tremblants et gondolés) sont fermement soutenus par les chromatismes chantants d’un clavier qui a souvent le beau rôle.
Avec une chute, pour la note de la fin, d’une mélancolie à couper le souffle, qui va en mourant lentement comme un soupir qui s’exhale dans une incroyable tourmente d’amour. Plus vivante et vivace est la Mazurka de Rebikov. Empreinte polonaise sur une inspiration rythmée et gaillardement menée surtout par un clavier aux tonalités drues.
Pour conclure un concert joué d’une seule traite, les cinq musiciennes sont toutes à nouveau sur scène pour interpréter, avec sentiment et synchronisation, un brillant quintette de Dimitri Bortnianski. Compositeur ukrainien du XIXe siècle et auteur de Messes et de Psaumes, Bortnianski offre là un opus à trois mouvements (allegro moderato, larghetto, allegro) d’un romantisme absolu. Rêverie, épanchements, passion, tourmente et fuite dans la nuit et la nature hantent ces pages foncièrement dans le courant de l’inspiration de l’époque. Narration enflammée et exaltation sont les caractéristiques de cette œuvre attachante, où la harpe déroule finement la spirale de ses notes telles des gouttes de pluie sur les carreaux des vitres par temps grincheux…
Applaudissements du public et une rose blanche pour chaque interprète. Les artistes tirent la révérence en souriant à l’auditoire, mais pas de bis.
E.D.
Un mardi heureux de plus, grâce au Conservatoire national supérieur de musique, à l’amphithéâtre Aboukhater où la musique de chambre, en moins de cinquante minutes, a offert un beau florilège de partitions russes. Cinq femmes musiciennes sous les feux de la rampe: Anna Kharazyan (violon), Catalina Rupa (viole), Narine Haroutiounian (violoncelle), Nina Filippova (harpe) et Olga Bolun (piano). Cinq interprètes, déjà familières du public mélomane beyrouthin, ont opté pour une soirée, sous le signe de la Russie, teintée surtout de romantisme. Au menu, alliant langueurs et impétuosités tempérées, de très belles pages, lyriques et rêveuses, de Moussorgsky, Borodine, Tchaïkovsky, Glazounov, Rebikov et Bortnianski.
Courte mais intense est l’œuvre qui ouvre le bal des notes. Larmes de Moussorgski, où harpe et viole...
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