«Comment peux-tu dire que tu n’as pas d’opinion ? Saddam mérite la mort ! » fulmine un jeune avocat en costume sombre et chemise blanche impeccables, exaspéré de devoir énoncer ce qui apparaît comme une évidence pour les habitants d’al-Zoubeïr dans le sud de l’Irak.
Quelques minutes avant cet accès de colère, une femme en abaya noire, qui refusait de révéler si elle est chiite ou sunnite et se définissait comme une « Irakienne musulmane », venait de déclarer « ne pas avoir d’opinion » au sujet de l’ouverture, demain, du procès de Saddam Hussein devant le Tribunal spécial irakien (TSI).
Une réponse qui a fait frémir les moustaches de Walid Khaled Alwane, avocat et responsable du centre électoral pour le référendum sur le projet de Constitution. « Elle dit ça parce qu’elle est intimidée. Bien sûr que tous les Irakiens veulent voir Saddam mort ! » assure-t-il.
À al-Zoubeïr en tout cas, où chiites, majoritaires dans le Sud, et sunnites vivent en bonne intelligence, la cause du président déchu paraît entendue. « Saddam est un grand criminel », affirme Abdel Karim al-Marzouk, 46 ans, un sunnite qui porte la « dichdacha » et le turban traditionnels. « Quelqu’un qui tue une personne mérite la mort, alors lui... » « La preuve, c’est notre situation ici, qui est très mauvaise. Il nous a entraînés dans une guerre après l’autre, avec l’Iran, puis l’invasion du Koweït et maintenant, la dernière », énumère cet homme au ton posé, qui a prospéré dans les relations publiques au Koweït et tire à présent des revenus d’une coopérative agricole.
Blessé par balle pour désertion lors de la guerre du Golfe en 1991, Adel Abdel Hussein, un chiite, savoure également le revers de fortune de Saddam Hussein. « Saddam dans le trou ! Saddam dans le trou ! » raille le petit homme exubérant, qui contrefait avec jubilation les gestes du tyran déchu, extrait, hirsute et hagard, de la tanière où il se terrait, lors de sa capture en décembre 2003 par les troupes américaines. « Nous réclamons son sang ! » affirme ce garde de sécurité chiite à la Compagnie des pétroles du Sud (SOC), âgé de 34 ans, mais qui en paraît bien davantage.
Saddam Hussein et sept de ses lieutenants doivent être jugés dans le premier dossier d’accusation bouclé par le TSI, le meurtre en 1982 de plus de 140 villageois chiites de Doujaïl, au nord de Bagdad, en représailles à une embuscade contre le convoi présidentiel qui traversait la localité.
Mais malgré son impatience à voir l’ex-dictateur, qui encourt la peine capitale, répondre des crimes imputés au régime baassiste, la population d’al-Zoubeïr a déjà tourné la page. « Le plus important, c’est la Constitution, estime Adel Abdel Hussein, parce que Saddam est fini. »
Selim SAHEB ETTABA/AFP
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