Par Alexander Downer
Ministre australien des Affaires étrangères
La prolifération des armes de destruction massive est l’une des principales menaces à la sécurité internationale et régionale.
Alors que des États voyous et des terroristes cherchent à avoir accès à des armes dévastatrices, aucun pays n’est à l’abri de cette menace, mêmes ceux situés dans des régions actuellement exemptes d’armes nucléaires, biologiques et chimiques. En n’empêchant pas certains pays d’acquérir de telles armes, nous risquons d’affaiblir les mesures dissuadant d’autres pays, potentiellement plus près de chez nous, de faire de même.
Ceci s’applique également aux terroristes qui ont démontré qu’ils ne reculeront devant rien pour accroître leur capacité à tuer. Les récents attentats atroces de Bali ne font que renforcer notre détermination à maintenir les ADM hors de leur portée.
L’inaction n’est tout simplement pas une option pour tout État préoccupé par sa sécurité et sa prospérité.
L’Australie est fermement engagée en faveur d’actions concrètes pour lutter contre la prolifération. Une nouvelle publication, Weapons of Mass Destruction: Australia’s Role in Fighting Proliferation (Armes de destruction massives : le rôle de l’Australie dans la lutte contre la prolifération), présente les menaces de prolifération contemporaines et la stratégie à plusieurs niveaux du gouvernement australien contre de telles menaces.
Depuis la fin de la guerre froide, la menace de prolifération s’est diversifiée. Alors que le risque de conflit nucléaire s’est éloigné, les contrôles en matière de prolifération ont été dépassés par les nouvelles réalités de la sécurité internationale. En outre, la mondialisation a accru la disponibilité des matériels et technologies nécessaires à la fabrication d’ADM.
Une poignée de pays passent outre les normes internationales en développant des ADM et des missiles pour les lancer. En début d’année, la Corée du Nord a déclaré posséder des armes nucléaires. L’Iran est sommé de dissiper toute ambiguïté concernant son programme nucléaire. Certains pays ou éléments voyous ont même exporté leur savoir-faire meurtrier. Le réseau nucléaire d’A.Q. Khan constitue un bon exemple de ces exportations.
L’apparition du terrorisme international accroît encore le risque de prolifération. El-Qaëda ne cache pas son ambition de posséder et d’utiliser les ADM. Des groupes terroristes d’Asie du Sud-Est ont les mêmes aspirations.
La prolifération des ADM n’est pas uniquement une menace potentielle, c’est une menace bien réelle. Elle exige une réponse immédiate, offensive et de grande ampleur.
Face à l’échec regrettable du Sommet des Nations unies qui n’a pas abouti à des conclusions concernant la non-prolifération, l’Australie reste engagée en faveur du renforcement des traités multilatéraux. Plus simplement, les pays qui ignorent leurs obligations de non-prolifération doivent rendre des comptes à la communauté internationale. L’Australie a ouvert la voie en invitant le Conseil de sécurité de l’ONU à assumer une plus grande responsabilité dans ce domaine et en incitant à mettre en place des garanties plus strictes afin d’être averti plus tôt d’activités nucléaires non déclarées.
Le gouvernement australien reconnaît en même temps le besoin d’innovation et de flexibilité en incluant dans son programme une nouvelle réflexion afin d’arrêter la prolifération quand elle a lieu.
Dans le cadre de l’Initiative de sécurité contre la prolifération (Proliferation Security Initiative, PSI), l’Australie est une pionnière. Sans aucun traité la gouvernant ni secrétariat, la PSI démontre qu’il est possible d’interrompre le commerce lié aux ADM dans le cadre des lois internationales et nationales, entraînant le soutien de plus de 60 pays. Un bon exemple à cet égard est la saisie réussie de pièces de centrifugeur destinées au programme d’armes nucléaires de la Libye, avant que ce pays ne décide de renoncer aux ADM, renonciation d’ailleurs accueillie favorablement.
Le gouvernement australien s’assure assidûment que les exportations australiennes ne contribuent pas à des programmes d’ADM. Et nous continuons à travailler avec des pays partageant nos opinions pour harmoniser le contrôle des exportations, notamment à travers la présidence du Groupe Australie (Australia Group), qui établit des niveaux de référence pour éviter la prolifération des armes chimiques et biologiques.
Nous agissons également en faveur du renforcement des mesures nationales afin d’empêcher que des terroristes ou des personnes contribuant à la prolifération n’accèdent aux matériels sensibles, comme les matériels radioactifs. Nous avons redoublé nos efforts pour encourager les pays de notre région à en faire de même, notamment en organisant des formations techniques. Plus particulièrement, nous avons adopté une approche coopérative dans laquelle les différentes branches du gouvernement (défense, renseignements et protection des frontières) jouent un rôle croissant.
La complexité des menaces actuelles ne dissuadera pas l’Australie de s’engager dans la lutte contre la prolifération. À travers les mesures et les politiques de grande envergure du gouvernement, et grâce à la collaboration étroite avec des pays partageant les mêmes opinions, nous continuerons d’agir de manière exhaustive, concrète, et en faisant preuve d’innovation pour lutter contre ces menaces.
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