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Actualités - Opinion

Éclairage Droits de l’homme : l’Algérie demande d’oublier, le Maroc tente de réparer

À l’heure où l’État algérien demande par référendum à sa population de tourner définitivement la page d’une décennie sanglante, le Maroc continue sans bruit et avec certaines limites à instruire le « procès » des « années de plomb » du temps de Hassan II. Un « Forum national sur la réparation » des dommages causés par les atteintes aux droits de l’homme au Maroc durant ces « années de plomb » (1960 à 1990) s’ouvre aujourd’hui à Rabat. Un mot résume à lui seul l’approche par le Maroc d’un passé noir pas si lointain : réparer, une façon implicite de reconnaître qu’il y a eu « faute ». Cela va de l’indemnisation des victimes ou de leurs proches à la réhabilitation, individuelle ou collective. Le forum est organisé par l’Instance équité et réconciliation (IER), un organisme mis en place en 2004 sur décision du roi Mohammed VI. Composée de juristes et de militants des droits de l’homme, dont certains ont connu les geôles de Hassan II, à commencer par son président Driss Benzekri, cette instance n’est certes pas un tribunal, mais découle malgré tout de la volonté de Mohammed VI de « lire la page » d’une époque, celle de la répression et des violations des droits de l’homme du temps de son prédécesseur, son père. Une fois son travail terminé, l’IER remettra au souverain un rapport et des recommandations. Restera alors au pouvoir à donner suite. Ou pas. L’IER, dont le nom ne comporte toutefois pas le mot « vérité », considère de ce point de vue que « la réparation exige (...) la reconnaissance par l’État de sa responsabilité » dans les violations des droits de l’homme. « La réparation, insiste encore l’IER, est indissociable de l’établissement de la vérité sur les violations ». « Dans cette phase de transition et de démocratisation, la monarchie a toute sa place », assure à l’AFP une personnalité très proche du souverain, consciente qu’à l’étranger, les « années de plomb » collent encore au Maroc comme une tunique de Nessus, cadeau empoisonné du régime de Hassan II. Malgré les limites du processus marocain de réconciliation, on est en tout cas loin du projet soumis à référendum en Algérie dont une disposition stipule qu’en votant oui, « le peuple algérien souverain rejette toute allégation visant à faire endosser par l’État la responsabilité d’un phénomène délibéré de disparition ». L’une des initiatives les plus spectaculaires de l’IER avait été fin 2004 la retransmission en direct à la télévision nationale d’auditions de victimes du système hassanien, avec cependant interdiction de citer de noms de bourreaux et tortionnaires devant les caméras. Amnesty International avait à l’époque parlé d’ « événement sans précédent » dans le royaume et dans le monde arabe. L’Association marocaine des droits humains (AMDH) a jugé « positive » la tenue de ce forum, mais affirme toutefois qu’il y a eu « beaucoup de retard dans ce domaine ». Signe des temps, le ministre de la Justice, Mohammed Bouzoubaâ, a présenté à la mi-septembre un projet de loi punissant de peines de prison la torture. Pour Abdelfettah Zahrach, un avocat et militant des droits de l’homme, ce texte « met fin à l’impunité » mais, hélas, « n’est pas rétroactif et ne permettra pas de juger les atteintes graves aux droits de l’homme commises par le passé ». Dans sa lente marche vers la démocratie depuis l’accession au trône de Mohammed VI en 1999, le Maroc reste toutefois confronté à un défi de taille : comment vaincre le terrorisme islamiste sans attenter aux droits de l’homme ? Suite aux attentats de mai 2003 à Casablanca qui ont fait 45 morts, le Maroc a connu des vagues d’arrestations, et les tribunaux ont prononcé 903 condamnations, dont dix-sept peines de mort. Tout en jugeant légitime et nécessaire la lutte contre le terrorisme, les organisations marocaines des droits de l’homme ont mis en garde contre un retour aux « années noires », craignant un retour en force de ceux que l’on nomme au Maroc les « sécuritaires ». Jacques LHUILLERY (AFP)
À l’heure où l’État algérien demande par référendum à sa population de tourner définitivement la page d’une décennie sanglante, le Maroc continue sans bruit et avec certaines limites à instruire le « procès » des « années de plomb » du temps de Hassan II.
Un « Forum national sur la réparation » des dommages causés par les atteintes aux droits de l’homme au Maroc durant ces « années de plomb » (1960 à 1990) s’ouvre aujourd’hui à Rabat. Un mot résume à lui seul l’approche par le Maroc d’un passé noir pas si lointain : réparer, une façon implicite de reconnaître qu’il y a eu « faute ». Cela va de l’indemnisation des victimes ou de leurs proches à la réhabilitation, individuelle ou collective. Le forum est organisé par l’Instance équité et réconciliation (IER), un organisme mis en...