Enough ! Assez ! (Kafa !). Toutes les langues sont bonnes pour dire le ras-le-bol face aux attentats meurtriers qui n’épargnent plus personne et dont notre consœur May Chidiac a été la dernière victime.
Un écœurement que les jeunes universitaires, toutes tandances politiques confondues, ont voulu exprimer hier en chœur au cours d’une conférence de presse sur la place des Martyrs qui a réuni toutes les formations en présence, soit celles du 14 mars et les forces du 8 mars dont le Hezbollah, le mouvement du peuple, Amal, le Parti communiste et la Jamaa islamiya.
Au cours de la conférence, les jeunes universitaires ont lancé une campagne contre « le terrorisme interne qui vise les leaders d’opinion, les responsables politiques aussi bien que le citoyen lambda ».
Intitulée« Kafa », la campagne vise à stigmatiser l’instabilité qui règne sur la scène interne, et à témoigner d’une solidarité contre toute épreuve que l’insécurité croissante a désormais rendue indispensable.
« Assez de laxisme face aux velléités de division nationale », « Assez prendre à la légère la capacité des Libanais à faire face aux défis », a souligné le communiqué conjoint. Les mouvements estudiantins ont en outre insisté sur « la nécessité de mettre fin aux tentatives de semer la zizanie parmi le peuple libanais à travers les bombes de la terreur plantées au cœur des régions résidentielles ».
Pour le représentant du Courant du futur, Nader Nakib, l’objectif de cette bataille est on ne peut plus clair : « Il s’agir de voir qui des deux camps en présence – les ennemis du Liban ou le camp de l’avenir – a le plus de souffle. » Une manière pour la jeunesse de dire son défi face à la spirale de violence qui envenime le quotidien des Libanais, et de réaffirmer les constantes fondamentales sur lesquelles leur pays a de tout temps tablé, à savoir « l’unité du peuple, la sauvegarde des libertés et de la démocratie et le choix national arabe ».
Il a fallu toutefois un compromis de taille pour que les universitaires dénoncent d’une seule et unique voix la politique de la terreur : il fallait s’abstenir de « mentionner les parties qui sont derrière les attentats », en se contentant de donner la priorité aux mesures à prendre pour prévoir et prévenir le mal, « au lieu de lancer des accusations avant la parution du rapport Mehlis et des résultats des enquêtes portant sur la série d’explosions ».
C’est ce qu’ont affirmé hier à tour de rôle les représentants des différentes formations qui ont estimé que l’objection soulevée par le Hezbollah et Amal pour ce qui est de la désignation des services libanais prosyriens, téléguidés à ce jour par Damas, les a poussés à « mettre de l’eau dans leur vin ».
« Nous avons préféré baisser le ton du discours politique pour accueillir parmi nous toutes les formations, même si nos soupçons envers les parties prosyriennes sont claires », a affirmé Nader Haddad, du Renouveau démocratique. Selon lui, les bénéfices de ce « sacrifice » sont énormes au niveau du mouvement estudiantin. « Nous sommes parvenus, par-delà les tiraillements politiques, à faire front commun face à la mafia terroriste qui vise à diviser la scène locale et à pousser l’idée du fédéralisme », dit-il.
Pour le représentant du mouvement estudiantin du Hezbollah, Youssef Bassem, « la question de la sécurité est prioritaire et constitue un dénominateur commun à tous les Libanais qui se sentent également visés par l’instabilité ». Selon lui, il existe en outre plusieurs autres plates-formes sur lesquelles tous les mouvements estudiantins peuvent se retrouver, notamment les problèmes socio-économiques et les réformes.
Bref, autant de voix concordantes qui se feront réentendre, aujourd’hui place des Martyrs, dans le cadre d’un premier sit-in national, pour stigmatiser les attentats et exhorter les responsables à procéder au plus tôt aux nominations à la tête des services de sécurité et à faire la lumière sur les auteurs des attentats.
Je. J.
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