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Actualités - Chronologie

Séminaire À Saydet el-Jabal, une idée maîtresse : raviver l’esprit du 14 mars

Fin janvier, Farès Souhaid avait pris l’initiative de réunir au couvent Notre-Dame du Mont (Fatqa), comme chaque année, l’ensemble, ou presque, des forces politiques rebelles à l’occupation syrienne, pour procéder, tradition oblige, à une autocritique de la dynamique de l’opposition nationale plurielle. Il s’agissait à l’époque d’une séance exceptionnelle (le forum de discussion se déroule généralement en septembre), motivée par l’intuition que le dernier opus du bras de fer entre l’opposition et le système syrien implanté au Liban était sur le point de se dérouler. Farès Souhaid et son groupe de réflexion ne se trompaient guère, même s’ils ne savaient pas que l’assassinat, quelques jours plus tard, de Rafic Hariri en plein cœur de Beyrouth précipiterait inéluctablement la marche de l’histoire du Liban vers l’indépendance et la souveraineté. Hier, à Notre-Dame du Mont, au lendemain du meilleur – l’intifada de l’indépendance et le rétablissement de la souveraineté –, et du pire – la fêlure profonde entre les différentes forces politiques à l’origine du mouvement du 14 mars, lors des législatives –, l’heure était aux bilans pour quelques-uns des principaux artisans de l’opposition plurielle. C’est d’ailleurs sur les moyens de « faire revivre l’esprit du 14 mars » que les différents intervenants ont axé leurs exposés cette année. Le forum de discussion, qui s’est imposé au cours des années écoulées comme un espace de dialogue autour de certains thèmes politiques importants, plus particulièrement sur la nature consensuelle du Liban, a encore donné lieu à une réflexion en profondeur sur les leçons à tirer des phénomènes politiques survenus durant ces derniers mois. En ce sens, Farès Souhaid, Samir Frangié et Élias Atallah, les trois principaux intervenants hier à Notre-Dame du Mont, sont restés fidèles à eux-mêmes et à leur méthode d’action fondée sur une perception très spécifique du Liban : celle qui les avait motivés, avec plusieurs autres politiques, intellectuels et militants dans la société civile, à élaborer l’Appel de Beyrouth en 2004. À l’époque, l’objectif était d’initier une dynamique du dialogue, pour contrer le processus syrien visant à jouer sur les contradictions du tissu socioculturel libanais et à « diviser pour régner », en empêchant les différentes composantes politiques et communautaires libanaises de se retrouver pour discuter librement, sans aucune censure ou directive, des orientations à donner au pays. La réponse du pouvoir avait été sans appel : la réunion pour la proclamation du document consensuel avait été tout bonnement interdite. Cela n’avait pourtant pas empêché Samir Frangié, Farès Souhaid, Mohammed Hussein Chamseddine et les autres parrains du texte de continuer à prêcher la bonne nouvelle dans les différentes régions du pays, convaincus que cette dynamique centripète finirait bien par porter ses fruits, par enrayer le processus de « syrianisation ». La fonction latente de la séance d’hier était de lancer une initiative concrète visant à commencer à organiser une série de débats, dans les différentes régions, sur l’esprit du 14 mars. Un dialogue qui « ne devrait exclure personne », a noté Farès Souhaid, « ni Amal, ni Hezbollah, ni même le Courant patriotique libre ». Cependant, et c’est là le seul point faible de cette initiative de qualité, la séance d’hier n’a quasiment regroupé, qui plus est en plein Kesrouan, que les partenaires des dernières législatives (et c’est légitime) : Farès Souhaid, Samir Frangié, Élias Atallah (Gauche démocratique), Georges Adwan, Farid Habib, Chawki Daccache et Daniel Spiro (Forces libanaises), Waël Bou Faour (PSP), Antoine Saad, Camille Ziadé (Renouveau démocratique), Carlos Eddé (Bloc national), Mansour el-Bone, Gabriel Murr, Michel Moawad, Nouhad Souhaid, Samir Abdel Malak et Rafi Madayan. Destinée donc à un auditoire exclusivement chrétien (puisque kesrouanais), elle aura omis, et c’est quelque part dommage, la partie principale et essentielle du 14 mars avec laquelle le conflit sur le 14 mars existe aujourd’hui, c’est-à-dire le CPL (qui d’ailleurs a raflé l’ensemble des sièges à Kesrouan-Jbeil). Alors que la dynamique de la réconciliation prônée par certains des principaux tribuns, hier, a cherché à inclure, quelque peu artificiellement, le Hezbollah dans la dynamique du 14 mars, sinon dans sa continuité. Un processus quelque peu dangereux dans la mesure où il fait fi de la réalité politique, celle qui fait que quasiment tout oppose aujourd’hui les forces politiques du 8 mars et celles du 14 mars, et que les différents parrains du 14 mars, quels que soient les conflits d’intérêts qui les séparent aujourd’hui, devraient théoriquement se retrouver beaucoup plus naturellement entre eux qu’avec les forces du 8 mars. Les interventions Premier à prendre la parole, après un documentaire coup de poing de dix minutes sur les événements des derniers mois (mais qui aura malencontreusement omis certaines étapes importantes, dans un embryon de dérive vers une lecture partielle de l’histoire), le parrain de l’événement, Farès Souhaid, a prononcé une allocution-clé, fondée sur une notion de base : le 14 mars prouve qu’il ne peut y avoir de souveraineté sans unité, et que toute cause, aussi juste soit-elle, ne peut demeurer qu’à l’état de projet et de slogan dans un pays pluriel comme le Liban tant qu’elle n’a pas obtenu l’adhésion de toutes les composantes de la société, tant qu’elle reste partielle. Et de donner plusieurs exemples : la libération de Geagea, la commission d’enquête sur l’attentat du 14 février, la libération du Sud ne sont devenues possibles que lorsqu’elles ont été légitimées par l’ensemble des composantes libanaises, politiques et communautaires. L’ancien député souligne d’ailleurs au passage que « l’absence de consensus local et international sur les armes du Hezbollah aujourd’hui place le parti dans une situation perdante à ce niveau », et rappelle « la règle d’or » de Hamid Frangié sur le système politique libanais : « Si les Libanais s’entendent sur le mal, il se transforme en bien, et s’il se disputent sur le bien, il se transforme en mal. » Farès Souhaid s’emploie ensuite, en quelques minutes, à démontrer que l’intifada de l’indépendance n’est pas née du néant, et qu’elle constitue l’aboutissement d’une dynamique plurielle de 15 ans, à laquelle sont associées toutes les forces politiques du pays. Et de conclure en mettant en garde contre les tentatives de coup d’État contre le 14 mars. À son tour, Élias Atallah aborde le thème sous l’angle de l’effondrement du système sécuritaire et de la réhabilitation du droit, par le biais de l’exigence de vérité, « expérience unique au Liban ». Le secrétaire général de la Gauche démocratique met l’accent sur la nécessité de reconstruire le pays et de retrouver l’esprit du 14 mars. Il prône le dialogue et ses vertus pour retrouver les bases symboliques de la République, et dénonce fermement le langage « passéiste » de la guerre, celui des Gardiens du Cèdre ou de Habib Chartouni, et conclut sur la nécessité de mettre en place un « pouvoir alternatif », dans l’esprit consensuel de Taëf, et aussi loin que possible des intérêts partiels. Il le faut, pour être « à la hauteur du 14 mars ». La problématique chrétienne Dernière intervention pivot, celle de Samir Frangié, qui se place dans une perspective critique, « politologique », vis-à-vis du 14 mars. « Parfois, les peuples font certaines choses dans leur histoire sans en réaliser l’ampleur. L’événement dépasse ceux qui le font », dit-il. Analysant les origines de ce phénomène, dont « l’impulsion revient beaucoup plus aux morts qu’aux vivants », Frangié en évoque les conséquences, qui « balaient les régimes ». Puis, à la manière de Sartre, il avoue que la libération est une épée à double tranchant, puisqu’elle nous place face à nos responsabilités. Samir Frangié dénonce ensuite l’omniprésence de la peur sur la scène libanaise, qui « empêche l’homme de regarder vers l’avenir ». Selon le député du Nord, aucune solution partielle n’est plus viable, les règlements doivent être bons pour tout le monde. Et Taëf doit être appliqué dans sa trajectoire, pour en finir avec la schizophrénie qui prévaut au sein de notre société, générée par la dualité entre les logiques du « triomphalisme » et du « désenchantement ». Samir Frangié évoque enfin la problématique chrétienne. Selon lui, les chrétiens doivent sortir de leur complexe de minorité, vers lequel on tente de les pousser encore plus à travers les attentats. « Les chrétiens ne sont pas une minorité. Ils n’ont pas besoin d’être protégés. Ils ont des droits et des devoirs, comme tout le monde (…). Ils ne sont pas appelés à croître sur le plan démographique, mais à recouvrer leur histoire », souligne-t-il. Autrement dit à recouvrer ce qui a fait d’eux les initiateurs de la « Nahda », ce qui les a conduits à rejeter toute idée de nation chrétienne, à s’opposer au mandat français ou à lutter contre l’hégémonie syrienne. Et de conclure : « Il y a un juge à Berlin, dit-on pour signifier que les justes auront finalement gain de cause. Un juge de Berlin est venu au Liban pour redonner un sens au droit. Tâchons de réorganiser nos affaires pour que nous n’ayons plus, à l’avenir, à faire appel à des magistrats de l’extérieur du pays. » Le débat, inégal, a ensuite donné lieu à des interventions de Carlos Eddé, Mansour el-Bone, Mohammed Hussein Chamseddine (qui a appelé dans une réflexion académique très riche à une détermination juridique et constitutionnelle du domaine du consensus au Liban), Waël Bou Faour (sur ce qu’il pense être l’indissociable équilibre entre arabité et démocratie au pays du Cèdre), Georges Adwan (le seul à avoir réellement procédé à une autocritique constructive) et Ali Abou Dehen, ancien prisonnier en Syrie, qui a lancé un appel émouvant pour la recherche d’une solution à la question des détenus libanais dans les geôles de Damas. Michel HAJJI GEORGIOU
Fin janvier, Farès Souhaid avait pris l’initiative de réunir au couvent Notre-Dame du Mont (Fatqa), comme chaque année, l’ensemble, ou presque, des forces politiques rebelles à l’occupation syrienne, pour procéder, tradition oblige, à une autocritique de la dynamique de l’opposition nationale plurielle. Il s’agissait à l’époque d’une séance exceptionnelle (le forum de discussion se déroule généralement en septembre), motivée par l’intuition que le dernier opus du bras de fer entre l’opposition et le système syrien implanté au Liban était sur le point de se dérouler.
Farès Souhaid et son groupe de réflexion ne se trompaient guère, même s’ils ne savaient pas que l’assassinat, quelques jours plus tard, de Rafic Hariri en plein cœur de Beyrouth précipiterait inéluctablement la marche de...