Déjà soumis à une diète forcée due aux menus peu variés de l’hôtel Helmesley – pour cause d’économie budgétaire –, les journalistes accompagnant la délégation officielle libanaise à New York ne s’attendaient pas à être aussi épuisés après une journée aux Nations unies, lors de l’ouverture du Sommet mondial. De fouille en fouille, de salle en salle, ils étaient conduits d’une escale à l’autre dans une sorte de désordre organisé. Les instructions étaient contradictoires, les directions aussi.
Dans cette cohue bruyante, ils ont eu la nostalgie du Sommet de la francophonie de 2001 à Beyrouth, où tout semblait bien rodé.
Il est vrai toutefois que le Sommet mondial est un événement extraordinaire qui attire à l’ONU les délégations de 170 pays dont 70 rois et chefs d’État. Ce qui est considéré comme un record.
Depuis les premières lueurs de l’aube, ce mercredi 14 septembre, les services de l’ordre étaient en état d’alerte maximum. La plupart des accès au bâtiment de l’ONU étaient fermés à la circulation automobile et plusieurs check points étaient établis pour fouiller les passants. Des laissez-passer spéciaux, en plus des badges, étaient requis pour pouvoir entrer à l’intérieur du bâtiment.
Mais une fois sur place, l’œil n’était pas assez rapide pour saisir toutes les scènes et capter tous les moments. Pour un journaliste curieux, ce fut un bonheur inégalé.
Tout commence avec le petit déjeuner offert par M. Kofi Annan en l’honneur des chefs des délégations et de leurs épouses. Un petit déjeuner d’ailleurs bien frugal : croissants, viennoiseries, café et thé. Mais les délices sont ailleurs, notamment dans les apartés entre les chefs d’État et les chefs de délégation.
Comme il n’y avait pas de sièges, c’est debout que le président Émile Lahoud, accompagné de son épouse Andrée, s’est entretenu longuement avec le président algérien, Abdel Aziz Bouteflika. Il a aussi bavardé avec le chef de la délégation palestinienne, sous le regard intéressé du Premier ministre israélien Ariel Sharon, qui rôdait dans les parages et surveillait la scène du coin de l’œil.
À 9h30, toutes les délégations sont conviées à entrer dans la salle de réunion pour la séance d’ouverture du sommet. C’est à ce moment-là qu’arrive le président américain George Bush, précédé de peu par son épouse Laura.
Le couple présidentiel américain lance visiblement une grande offensive de charme à l’adresse des autres pays de la planète et si George Bush est traité, ce jour-là, comme le maître du monde, tant les regards et l’attention convergent vers lui, il n’est pas avare de sourires et de salutations.
Son discours est plus suivi que celui du secrétaire général de l’ONU, Kofi Annan. Et lorsqu’il sort de la salle, beaucoup s’en vont à sa suite.
Ce jour-là, les différentes salles du bâtiment de l’ONU regorgent de chuchotements, d’apartés et de rumeurs. Le président irakien Jalal Talabani est entouré d’une armée de gardes du corps et de collaborateurs. Le visage fermé, il ne sourit qu’à George Bush et feint de ne pas voir le secrétaire général de la Ligue arabe, Amr Moussa. Ce dernier est d’ailleurs plongé dans une longue discussion avec l’émissaire de Kofi Annan pour l’application de la résolution 1559, Terjé Road-Larsen. Au cœur de l’entretien, sans aucun doute, la situation au Liban et en Syrie et l’enquête sur l’assassinat de l’ancien Premier ministre Rafic Hariri.
Pendant ce temps, le président pakistanais, Pervez Mucharraf, salue discrètement le Premier ministre israélien.
De son côté, le ministre libyen des AE multiplie les salutations, heureux de montrer que son pays n’est plus ostracisé.
Le prince Albert de Monaco est très actif et discute avec un peu tout le monde, notamment avec le président Lahoud qui a aussi un long aparté avec Amr Moussa.
Mais perturbé par le va-et-vient incessant des services de l’ordre, l’œil ne peut tout voir. C’est à peine s’il peut distinguer le président russe, très discret, et le Premier ministre chinois. C’est aussi par hasard que le regard tombe sur George Bush, très à l’aise et souriant, entouré de ses gardes du corps. Apercevant les Premières dames qui se rendent au déjeuner donné en leur honneur par Mme Annan, il s’écrie « Oh the First Ladies », et les salue d’un grand geste de la main. Il est en terrain conquis et les personnes présentes n’ont d’yeux que pour lui.
En ce jour historique, les Nations unies ont montré de façon éclatante où se situe le véritable pouvoir. Et si dans ce lieu qui concentre la planète, il y avait, mercredi, beaucoup de délégations de pays du tiers-monde, et si on y parlait quasiment toutes les langues du monde, une seule voix a été la plus écoutée, c’est, bien sûr, celle des États-Unis.
S. H.
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Il est vrai toutefois que le Sommet mondial est un événement extraordinaire qui attire à l’ONU les délégations de 170 pays dont 70 rois et chefs d’État. Ce qui est...