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SOCIÉTÉ «Cabaret.doc», ou le rire discret de la bourgeoisie russe

Qui va succéder à Vladimir Poutine? C’est sa chienne Connie: «personnage médiatique, pas de liens compromettants avec l’opposition, participe aux rencontres au sommet». Le public de Cabaret.doc, réuni au sous-sol d’un club de Moscou, rit de bon cœur, l’allusion au régime dominé par un seul homme est suffisamment fine. La satire politique, disparue depuis belle lurette des écrans de télévision russes, a pris ses quartiers d’hiver au Club Na Brestskoï, une grande cave pouvant contenir une centaine de clients attablés autour d’un petit podium. Le nom du spectacle, Cabaret.doc, souligne que les sketches et les chansons sont basés sur l’actualité politique. Un tiers du programme est renouvelé chaque mois pour inclure les derniers développements. Politique, philosophie, un peu d’érotisme bon enfant (une jeune femme se déshabille au rythme de slogans tels que «Transformons Moscou en ville capitaliste modèle»), grossièretés au second degré mélangés à de la poésie: le cocktail est fait pour plaire à l’intelligentsia aisée de Moscou. «Le champ de discussion libre s’est rétréci», explique le grand animateur de Cabaret.doc, Grigori Zaslavski, journaliste à la radio publique Maïak et rubricard culturel du quotidien d’opposition Nezavissimaïa Gazeta. «Jadis, nous nous rassemblions dans nos cuisines (endroit traditionnel des discussions politiques à l’époque soviétique), puis sur les places en ville, mais après qu’on a chassé la discussion de la télé et de la radio, devons-nous nous recroqueviller à nouveau dans nos cuisines?», monologue-t-il pour expliquer à l’AFP le concept de son cabaret. La tradition russe est là, avec la présence de Petrouchka (le guignol national russe), qui se bat avec Lénine et parvient même à l’enterrer mais qui finit mal, entre les dents de la «chienne politique» Connie. De même que le quotidien post-communiste, avec un policier rustre plus vrai que nature qui contrôle l’identité des spectateurs en extorquant des pots-de-vin, suscitant le rire un tantinet hystérique des dames. «Pour le moment, le cabaret ne rapporte rien , reconnaît Zaslavski, petit homme brun aux taches de rousseur, décontracté et bavard. J’ai conclu un pacte avec ma femme: je garde ce que je gagne en plus de mes deux salaires et je le dépense pour ce cabaret. Cette saison nous montrera si nous parvenons à trouver un sponsor, à avoir des salles pleines. Sinon, si on n’a pas besoin de cela dans la Russie d’aujourd’hui, nous abandonnerons». Son complice Alexandre Jeleztsov, coauteur des textes, voit des raisons à la fois artistiques et pratiques à l’existence du cabaret. «C’est une réaction d’artistes, instantanée, aux événements , dit-il. Et les théâtres en province tombent en ruine : c’est le temps des cabarets qui arrive, les acteurs au chômage vont faire du cabaret». Pour Olga Mikhaïlova, autrice de scénarios et de pièces de théâtre, le cabaret est le dernier refuge de l’humour. «Le théâtre à Moscou est devenu horriblement bourgeois, conventionnel, les problèmes actuels sont le plus souvent laissés à l’écart , dit-elle, tout comme dans les médias. On s’est remis à chanter en chœur la vieille chanson soviétique». «À la télévision, les émissions virulentes et drôles, comme Koukly ou Itogo, ont disparu. Nous avons occupé cette niche vacante», ajoute-t-elle. Une niche qui, même dans un sous-sol, n’est pas entièrement à l’abri des vents dominants de l’extérieur. « La peur revient, même chez les jeunes. Plusieurs acteurs ont refusé de jouer dans notre cabaret dans un morceau satirique intitulé Poutine.doc », regrette Olga Mikhaïlova.

Qui va succéder à Vladimir Poutine? C’est sa chienne Connie: «personnage médiatique, pas de liens compromettants avec l’opposition, participe aux rencontres au sommet». Le public de Cabaret.doc, réuni au sous-sol d’un club de Moscou, rit de bon cœur, l’allusion au régime dominé par un seul homme est suffisamment fine.
La satire politique, disparue depuis belle lurette des écrans de télévision russes, a pris ses quartiers d’hiver au Club Na Brestskoï, une grande cave pouvant contenir une centaine de clients attablés autour d’un petit podium.
Le nom du spectacle, Cabaret.doc, souligne que les sketches et les chansons sont basés sur l’actualité politique. Un tiers du programme est renouvelé chaque mois pour inclure les derniers développements.
Politique, philosophie, un peu d’érotisme bon enfant (une...