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Actualités - Opinion

L’idée d’une nouvelle Rencontre, à l’instar de celle du Bristol, fait son chemin

Après l’intifada du 14 mars, la Rencontre du Bristol avait permis d’unifier les positions pour une action qui a atteint les objectifs suivants : retrait syrien, formation de la commission d’enquête internationale, mise à l’écart des cadres sécuritaires. Aujourd’hui, pour rassembler de nouveau des forces devenues éparses, en y ajoutant d’autres et en retranchant certaines, certains songent à promouvoir une nouvelle Rencontre. Qui pourrait, sans doute, redistribuer des cartes déterminées, en altérant assez fortement quelques alliances. En tout cas, des efforts sont entrepris pour recimenter les rangs du 14 mars. Mais la tâche n’est pas facile. Car le pays politique se trouve confronté à des dilemmes aigus, ou graves, qui cristallisent des avis tout à fait divergents. Et qui se résument comme suit : – La 1559, le désarmement du Hezbollah et des camps palestiniens, objet d’une controverse serrée. Certains pensent qu’il faut prendre les devants, appliquer cette résolution sans tarder, pour mettre le pays à l’abri de pressions et d’interventions étrangères pénibles, ainsi que d’une nouvelle décision contraignante du Conseil de sécurité de l’ONU. Pour cette partie, s’il est effectivement préférable de procéder par le dialogue, le but final reste quand même de montrer que le Liban ne se met pas hors la loi par rapport à la communauté internationale. Et, en même temps, de faire en sorte qu’il n’y ait pas deux poids, deux mesures, des Libanais armés (ce qui est du reste illégal) et d’autres qui ne le sont pas. Mais d’autres, et cela ne se limite pas au seul Hezbollah, affirment que l’armement de la Résistance n’est pas négociable, tant qu’une partie du Liban reste occupée par l’ennemi israélien. Il y a donc clivage, et il faut prendre garde à ce qu’il ne se confessionnalise pas trop, provoquant une dangereuse fracture. La prévention doit se faire par un dialogue calme et réfléchi. Pour éviter à la fois la discorde interne et les coups de massue une fois que le délai de grâce consenti par les Américains sera terminé. – Collatéralement, la 1614, qui ordonne le déploiement de l’armée libanaise le long de la ligne bleue. Et qu’il faut en principe exécuter avant la fin, dans cinq mois, du mandat semestriel de la Finul. Ceux qui sont pour l’armement de la Résistance sont contre cette résolution. En affirmant que la présence de l’armée est une demande israélienne, car elle protégerait Israël. Les légalistes et les souverainistes ripostent en faisant valoir que ce n’est pas Israël que l’armée protégerait, mais tout naturellement le Liban, personne d’autre n’étant du reste habilité légalement pour une telle mission nationale. – La 1595 créant une commission d’enquête internationale sur l’assassinat du président Rafic Hariri. Sans compter que certains murmurent à mots couverts contre cette instance, il faut voir quelle position adopter quant au rapport Mehlis. Il y a en effet, sur ce plan également, risque de césure dangereuse. Car une partie pourrait mettre en doute ces conclusions, sous prétexte qu’elles seraient orientées par l’Occident. Sans aller jusque-là, il y a déjà controverse sur le timing des effets politiques. Dans ce sens que certains soutiennent qu’il ne faut rien faire, ne pas réagir, ne pas prendre d’initiatives ou de décisions politiques avant que des jugements définitifs ne soient rendus. Ce qui signifie que cette fraction n’est pas favorable à la campagne visant à la démission du président Émile Lahoud. Alors que d’autres estiment que dès la parution de l’acte d’accusation, une fois que les soupçons contre les généraux appréhendés auraient été confirmés, on devrait pouvoir exiger le départ du régime. Au nom, du reste, d’un changement qui s’est déjà fait trop attendre. – Le choix du prochain président, les critères de sélection des candidats. Les avis ne sont pas du tout les mêmes à ce propos. Non pas tant, d’ailleurs, sur la qualité des personnes que sur les objectifs et les programmes politiques. Autrement dit, puisqu’il faut que le président défende avant tout les valeurs, on ne s’entend pas sur les constantes nationales elles-mêmes. On ne doit pas oublier de plus que Taëf a changé la donne, puisque la présidence n’a plus les mêmes prérogatives qu’auparavant. Ce qui signifie qu’aucun présidentiable ne peut prendre des engagements déterminés, du moment qu’ensuite c’est au Conseil des ministres qu’il appartiendrait de décider et non pas à lui. – Les relations avec la Syrie, très importantes et qui doivent s’établir d’État à État dans un cadre de respect mutuel de l’indépendance. Sur tous les plans. Or certains continuent à avoir un sens élastique par rapport à ces exigences. Ils ne voient pas d’inconvénient à ce qu’en pratique le Liban reste soumis politiquement, du moins en matière de politique étrangère, à la Syrie. – Enfin, le thème, ressorti des tiroirs, de l’arabisme que certains développent. La question est de savoir de quel arabisme il peut s’agir. Est-ce celui des régimes sécuritaires répressifs, qui ignorent les libertés et les démocraties, mais connaissent bien le crime et les assassinats ? Est-ce celui des régimes démocratiques, et où peut-on donc en trouver dans le monde arabe ? Tous ces points nécessitent autant de dialogue rationnel. La classe politique locale en est-elle capable et peut-elle refonder une Rencontre en s’inspirant de l’esprit du 14 mars ? Là est toute la question. Émile KHOURY

Après l’intifada du 14 mars, la Rencontre du Bristol avait permis d’unifier les positions pour une action qui a atteint les objectifs suivants : retrait syrien, formation de la commission d’enquête internationale, mise à l’écart des cadres sécuritaires. Aujourd’hui, pour rassembler de nouveau des forces devenues éparses, en y ajoutant d’autres et en retranchant certaines, certains songent à promouvoir une nouvelle Rencontre. Qui pourrait, sans doute, redistribuer des cartes déterminées, en altérant assez fortement quelques alliances.
En tout cas, des efforts sont entrepris pour recimenter les rangs du 14 mars. Mais la tâche n’est pas facile. Car le pays politique se trouve confronté à des dilemmes aigus, ou graves, qui cristallisent des avis tout à fait divergents. Et qui se résument comme suit :
– La...