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Actualités - Opinion

Services publics Les contingences matérielles, électricité en tête, éclipsent presque tout autre problème

S’en souvient-on seulement : lors de sa visite au Liban, le pape Jean-Paul II avait déclaré partager les souffrances que les Libanais éprouvaient encore, citant parmi les épreuves de nombreux manques. En espérant qu’avec la paix retrouvée, il y serait vite remédié. Aujourd’hui, plusieurs années plus tard, le tableau n’a fait qu’empirer. Et, période historique ou pas, les Libanais ne veulent voir, ne pensent qu’à ce qu’ils ne voient plus : la lumière électrique. Les ministres changent, mais pas les dossiers. Autant de ministres, d’ailleurs, autant de plans de réforme. Tous tombés à plat, car rien jusqu’à présent n’a pu vaincre la corruption ni les dérives à connotation politicienne, communautariste ou régionaliste. On revient au même sempiternel refrain, le rationnement, avec les mêmes excuses fallacieuses. Tantôt on invoque un retard du cargo de fuel, imputable à l’adjudicataire fournisseur. Tantôt on évoque les caisses vides. Ou des pannes techniques dans les centrales ou sur les lignes de haute tension. La déception est d’autant plus vive que la population avait pu croire que le problème était enfin en voie de solution. On lui avait fait miroiter, en effet, un contrat d’importation de fuel koweïtien, en base d’une ligne de crédit de 45 millions de dollars. Et un autre de gaz qatari, destiné aux ensembles de Beddawi et de Deir Ammar. Mais ce ne sont que des trompe-l’œil ou de minces palliatifs. La situation, avec ou sans ces apports, reste fondamentalement aussi mauvaise. En fait, le Liban continue à avoir besoin de se fournir en énergie électrique en Syrie. Dont, jusque-là, les prix étaient raisonnables, ce qui risque évidemment de changer. Pour en revenir au Koweït et au Qatar, l’accord initial avait été conclu en 2004 par le président martyr Rafic Hariri. Mais les importateurs de fuel avaient poussé les hauts cris, car bien évidemment la fourniture de dérivés du pétrole d’État à État n’arrangeait pas leurs affaires. Ils ont réussi à bloquer la transaction, en faisant valoir que le carburant koweïtien ne correspondait pas aux normes requises. Ou encore en affirmant que le démarrage des centrales de Beddawi et de Deir Ammar avec du gaz nécessiterait de nouveaux réseaux de distribution du courant électrique. Parallèlement, les tiraillements politiques entre gens du pouvoir ont également entravé le dégagement entrevu. Un blocage qui a coûté des dizaines de millions de dollars, en manque à épargner, au Trésor. Plans et suggestions Dans des temps déjà très anciens, en 1994, l’ancien ministre de l’Énergie et des Ressources hydrauliques Georges Frem avait établi un plan de renflouement global, fondé sur un prêt koweïtien de 450 millions de dollars, dont 150 millions pour la réhabilitation et 300 millions pour l’achat de turbines à vapeur antipollution, pour le Zahrani et pour le Beddawi, en sus de l’amélioration des réseaux et des transformateurs. Le ministre prévoyait que l’Électricité du Liban équilibrerait ses comptes dès 1995. Mais, comme on le sait, la politique politicienne avait réduit en cendres ce beau projet. En 2002, une loi portant le numéro 462 a défini les critères de privatisation, partielle ou totale, de l’électricité, mais elle est restée, bien sûr, lettre morte. La plupart des ministres qui se sont succédé à la barre, répétons-le, ont élaboré des plans de sauvetage. Des cadres ont soumis de multiples rapports au Conseil des ministres. Le dernier en date, œuvre de Bassam Yammine, préconisait la privatisation de la production et de la distribution. Il mettait l’accent sur la nécessité d’une réhabilitation globale urgente d’un secteur sévèrement malade. Relevant au passage nombre de failles, notamment au niveau d’une productivité réduite à 60 % des capacités. Ou encore une perception qui se limite en moyenne à 88 % de la facturation. Yammine relevait également que la moitié du personnel allait partir à la retraite dans les dix années. Alors que durant cette tranche à venir, il faudrait changer les vieux équipements ou installations, et assurer une augmentation énergétique progressive de quelque 2 000 mégawatts. Le rapport rappelait que l’EDL aurait besoin de 600 millions de dollars supplémentaires pour l’année en cours, comptant à cette fin sur le gouvernement. En recommandant que la privatisation soit réalisée au plus tard entre le premier trimestre de 2007 et le deuxième trimestre de 2008. Le ministre actuel, Mohammed Fneich, estime le déficit de l’EDL pour l’année en cours à plus de 1 200 milliards de livres (800 millions de dollars). En précisant qu’il lui faut encore, pour terminer l’année, 350 millions de dollars. À son tour, il procède à une étude, sollicitant des experts à cette fin. Il a jusqu’à présent recueilli les recommandations suivantes : – Création d’un comité pour réorganiser le secteur en base d’un programme d’orientation de longue durée, qui ne changerait pas chaque fois qu’il y a un nouveau gouvernement comme cela s’est produit jusqu’à présent en appliquant la loi numéro 462 précitée, qui autorise le Conseil des ministres à fonder une société, ou plus, pour gérer l’électricité, en octroyant un plafond de 40 % des parts au secteur privé, par voie d’adjudication. Pour la production et la distribution, le transport du courant restant propriété totale de l’État. – Compléter le réseau de distribution pour transporter toute l’énergie produite. – Mise en place d’un centre national dit d’arbitrage pour veiller à une répartition égale de la production de toutes les centrales. L’adjudication pour ce centre est en fait bloquée depuis 1996. – Activation de la facturation et de la perception. – Désignation de fonctionnaires compétents aux postes productifs vacants au sein de l’EDL. – Application de la loi numéro 509 qui prévoit le démarrage de la centrale à gaz de Deir Ammar, après l’installation d’un gazoduc reliant ce site au fournisseur syrien. Exécuter le projet visant à doter toutes les centrales du pays de turbines à gaz. – Réhabiliter rapidement et complètement les groupes électrogènes de Zouk et de Jiyeh. Ou les remplacer au plus vite, sans oublier de prévoir l’achat de pièces de rechange, pour parer aux pannes. – Terminer la mise au point de l’adjudication de l’entretien et du fonctionnement pour les centrales du Zahrani et de Deir Ammar, après révision de certains articles du cahier des charges, contesté par les compétiteurs. – Nomination, dans les meilleurs délais, d’un nouveau conseil d’administration pour l’Électricité du Liban, afin d’en entamer le redressement. Il reste à savoir si le plan Fneich en gestation ne va pas finalement dormir dans les tiroirs, comme toutes les études préparées par ses différents prédécesseurs. Loin des débats stériles. Car ce qui importe aux Libanais, c’est d’avoir le courant électrique en continu et non pas la manière dont cela se fait. Émile KHOURY
S’en souvient-on seulement : lors de sa visite au Liban, le pape Jean-Paul II avait déclaré partager les souffrances que les Libanais éprouvaient encore, citant parmi les épreuves de nombreux manques. En espérant qu’avec la paix retrouvée, il y serait vite remédié. Aujourd’hui, plusieurs années plus tard, le tableau n’a fait qu’empirer. Et, période historique ou pas, les Libanais ne veulent voir, ne pensent qu’à ce qu’ils ne voient plus : la lumière électrique. Les ministres changent, mais pas les dossiers. Autant de ministres, d’ailleurs, autant de plans de réforme. Tous tombés à plat, car rien jusqu’à présent n’a pu vaincre la corruption ni les dérives à connotation politicienne, communautariste ou régionaliste.
On revient au même sempiternel refrain, le rationnement, avec les mêmes excuses...