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Des internautes tissent un réseau de contestation sur la toile

Baheyya est égyptienne. Elle critique sans vergogne Hosni Moubarak et dénonce ouvertement son régime. Cette téméraire qui dit tout haut ce que d’autres pensent tout bas n’a toutefois pas de visage : Baheyya est un blog. Dans un pays où l’état d’urgence est imposé depuis 1981 et la liberté d’expression reste limitée, les blogs (journaux personnels sur Internet) ont fleuri à l’approche de l’élection présidentielle du 7 septembre et s’attaquent surtout au chef de l’État, au pouvoir depuis 24 ans. « Dans toute élection normale, les gens ont le regard fixé sur le résultat: qui gagne, qui perd et comment les choses vont changer ? Dans cette élection cependant, nous savons tous que Hosni Moubarak va “gagner” », écrit Baheyya. Sous une photo de M. Moubarak buvant un thé offert par une paysanne de la région pauvre de Minya (Sud), elle s’indigne de l’« utilisation cruelle du sourire sincère de cette femme et de son offre généreuse comme un simple outil électoral ». « Les efforts de Moubarak de mettre de côté 24 ans de froideur et d’indifférence envers le citoyen égyptien sont parfaitement indécents », fustige-t-elle. Dans son site l’« épicerie des paroles », un bloggeur se présentant comme Abdo, un artiste de 36 ans, ironise sur « Moubarak, le pharaon, le prince des croyants », titre réservé au prophète Mahomet. « Dieu doit certainement l’aimer : plus nous le maudissons, plus son règne dure », note-t-il. Dans un autre blog, un Égyptien dit écrire « pour que les générations futures ne nous reprochent pas d’avoir gardé le silence quand il fallait parler ». Cet « errant dans le vaste monde », comme il se présente, interpelle M. Moubarak sur un ton irrévérencieux : « Qui es-tu Hosni ? N’es-tu pas un Égyptien comme les autres Égyptiens ? As-tu une ascendance sainte ? » avant d’énumérer les réformes qu’il juge nécessaires. Le bloggeur se prend à rêver : « Et si Moubarak s’évanouissait dans la nature ? Imagine que tu te réveilles pendant 24 ans sur le même visage puis qu’il disparaisse soudain des écrans de télévision et des unes des journaux . » Mohammed relève aussi, dans son site From Cairo With Love, l’omniprésence du président dans les médias, surtout pendant sa campagne « à l’américaine », au cours de laquelle il a sillonné le pays et multiplié les conférences vidéo avec ses partisans. Manal et Alaa, un site en arabe et en anglais, s’attaque à la répression musclée des manifestations de l’opposition, surnommant les forces antiémeutes de la police d’« unités terroristes du karaté ». Ses créateurs, Alaa Abdel Fattah et Manal Hassan, tous deux âgés de 23 ans, sont parmi les rares bloggeurs qui acceptent de révéler leur identité. « Ce régime corrompu est arrivé à expiration et sa puanteur est devenue insupportable. Il n’a plus que quelques années à vivre », lance, avec défi, le jeune homme. Manal et lui voteront si le club des juges décide de superviser le scrutin pour s’assurer de sa transparence. Des quelque 300 autres bloggeurs politiques, on ne sait rien, ou très peu. Leurs sites sont avares en informations personnelles et leurs noms souvent faux. « Ils travestissent leur identité, pour pouvoir dire des choses qu’ils ne diront jamais en public », explique Joshua Stacker, un chercheur américain. Ces alias ne sont cependant pas un rempart, estime-t-il. « Si l’État voulait leur mettre la main dessus, il aurait pu le faire. Mais après tout, les blogs ne sont lus que par une élite. » Sur plus de 70 millions d’habitants, l’Égypte ne compte en effet que 4,2 millions d’internautes, selon les chiffres de la banque de données de la CIA. Mohammed porte un regard réaliste sur ce phénomène. « Les blogs et l’Internet ne vont pas réformer le monde arabe et pousser les gens à se révolter. Je pense qu’ils peuvent servir d’outil pour une meilleure dissémination de l’information parmi les personnes intéressées », dit-il à l’AFP. Alaa Abdel Fattah partage cet avis. « Nous ne sommes pas des “décideurs”, nous sommes des observateurs », dit-il. Par Joëlle BASSOUL (AFP)
Baheyya est égyptienne. Elle critique sans vergogne Hosni Moubarak et dénonce ouvertement son régime. Cette téméraire qui dit tout haut ce que d’autres pensent tout bas n’a toutefois pas de visage : Baheyya est un blog.
Dans un pays où l’état d’urgence est imposé depuis 1981 et la liberté d’expression reste limitée, les blogs (journaux personnels sur Internet) ont fleuri à l’approche de l’élection présidentielle du 7 septembre et s’attaquent surtout au chef de l’État, au pouvoir depuis 24 ans.
« Dans toute élection normale, les gens ont le regard fixé sur le résultat: qui gagne, qui perd et comment les choses vont changer ? Dans cette élection cependant, nous savons tous que Hosni Moubarak va “gagner” », écrit Baheyya.
Sous une photo de M. Moubarak buvant un thé offert par une paysanne de la...