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Actualités - Opinion

IMPRESSION C’est mâle, et c’est lait

Comme tout le monde en ce moment, je fais beaucoup de route, et d’autoroutes. Au péril de mes pare-chocs, mon regard ne peut se détacher des panneaux publicitaires où une marque de lait en poudre prétend réaliser le vœu d’une mère. Le vœu d’une mère, c’est cette photo de jeune lauréat dans sa robe académique, avec le pompon de la toque qui lui chatouille gaiement le nez. La lauréate n’aura pas de lait en poudre. On ne sait pas comment grandissent les lauréates dans l’esprit des annonceurs. Probablement sous la vache, sans transition. Ce sexisme du lait en poudre n’en est pas à sa première bavure. On se souvient d’une campagne télévisée où une graine de macho s’essayait à la tyrannie domestique en rejetant avec dégoût le lait que lui présentait sa mère. À la fin du clip, le morpion reconnaît sa marque préférée et pose brutalement son verre sur la table de la cuisine – comme un pochard le ferait sur le zinc – en disant : « Ça, c’est du lait ! ». Qu’est-ce qu’on est soulagé ! Une autre campagne d’affichage clamait aussi : « Le garçon a faim, donnez-lui du xxx ! » On l’entendait d’ici, la voix du père, insistante et lourde de reproches. On imaginait l’empressement de la mère à qui l’on avait pourtant déjà dit, et à grands frais : « La mère qui aime son enfant lui donne du lait xxx. » Elle aurait dû y penser d’elle-même. D’ailleurs, par « enfant », nom masculin, on entend toujours « garçon ». Pour preuve, certains parents affirment encore fièrement : « J’ai deux enfants, et une fille. » Laisse tomber. Les filles, elles, ont pris une belle revanche. Plus haut, plus grand que le lauréat au pompon rigolo, elles occupent leur part de ciel et de façade, beautés que le lait nature, la silicone et le botox ont, ma foi, sublimées. Elles sont la vitrine de la ville, le moulin à dollars, la source occulte qui remonte la devise locale – ce miracle de toujours – , le moral de l’étranger et l’audimat du dimanche. Elles ont de longs cils de phalènes qui taquinent la lumière, des lèvres comme des fruits vénéneux, des corps de lianes, et elles chantent, mais qui a besoin de leur voix ? Quand Myriam dit « Appelle-moi », avec l’index, la paupière lourde sous les flash-lights nocturnes, le lauréat d’en face s’étouffe dans son lait en poudre et sa maman a un regard de suppliciée. La sirène le retiendrait-elle, avec son parchemin, son passeport et son visa d’étudiant ? Tout ce lait en poudre contre un peu de poudre aux yeux…Comme un verre de lait, le cœur des mères. N’y touchez pas, il est brisé ! Fifi ABOU DIB
Comme tout le monde en ce moment, je fais beaucoup de route, et d’autoroutes. Au péril de mes pare-chocs, mon regard ne peut se détacher des panneaux publicitaires où une marque de lait en poudre prétend réaliser le vœu d’une mère. Le vœu d’une mère, c’est cette photo de jeune lauréat dans sa robe académique, avec le pompon de la toque qui lui chatouille gaiement le nez. La lauréate n’aura pas de lait en poudre. On ne sait pas comment grandissent les lauréates dans l’esprit des annonceurs. Probablement sous la vache, sans transition. Ce sexisme du lait en poudre n’en est pas à sa première bavure. On se souvient d’une campagne télévisée où une graine de macho s’essayait à la tyrannie domestique en rejetant avec dégoût le lait que lui présentait sa mère. À la fin du clip, le morpion reconnaît sa...