par Steven METZ*
La politique de défense américaine est à la croisée des chemins. Depuis 1997, le Congrès américain a exigé que le département de la Défense entreprenne un examen approfondi des forces militaires tous les quatre ans. Le département développe actuellement le troisième de ces examens et en publiera les conclusions plus tard dans l’année. Cet examen promet de faire date.
Le dernier examen quadriennal des forces militaires fut publié quelques semaines après les attaques terroristes du 11 septembre 2001. De ce fait, il n’abordait que superficiellement la stratégie antiterroriste à venir. L’examen de 2005, par contre, représentera plusieurs années de réflexion de la part du gouvernement Bush et de ce fait servira d’indicateur-clé pour la direction que prendra à l’avenir la politique américaine de défense.
La stratégie générale qui sert de fondement à la politique de défense américaine n’a pas connu de changement majeur depuis 2002. En fin de compte, elle cherche à traiter ce que le président George W. Bush considère comme les racines du terrorisme, particulièrement l’absence de systèmes politiques ouverts et d’opportunités économiques.
Ce qui change, c’est la façon dont la puissance militaire américaine est utilisée pour mettre en œuvre cette stratégie générale. Il est fort probable que l’examen de 2005 formalisera le changement de priorité entrepris depuis le 11 septembre 2001. Aujourd’hui, cependant, l’armée américaine a plus de chances d’être utilisée pour stabiliser et reconstruire des États en échec, aider ses partenaires à contrer les insurrections et le terrorisme, contrôler les arsenaux nucléaires quand les régimes s’effondrent ou éradiquer directement les organisations terroristes et leurs supporters. Cela requiert un type d’intervention différente, une force militaire capable de courir un marathon plutôt qu’un sprint et de supporter des déploiements majeurs pendant de longues périodes.
La configuration générale de l’armée américaine change également. L’objectif est de garder la majeure partie de l’armée stationnée sur le territoire américain, avec un réseau de bases peu fournies en personnel à l’étranger pour servir de lieu d’opération avancé durant les crises ou les guerres. Plutôt que de se transformer en mini-Amériques, ces bases seront dirigées par les nations hôtes ou par coopération. Cela permettra de capitaliser sur la capacité militaire américaine à projeter sa force de par le monde très rapidement, tout en offrant une manière plus flexible et plus politiquement acceptable de le faire.
Mais par-delà les changements continus restent les questions stratégiques majeures. Tout d’abord, quelles forces conventionnelles de défense l’armée américaine doit-elle conserver ? Il faut maintenir une force suffisante pour décourager les agresseurs, mais pas tant que cela détourne d’autres missions, plus probables.
Ensuite, quelle sera la relation de l’Amérique avec ses alliés traditionnels ? Les alliances formelles telles que l’OTAN resteront-elles au cœur de la stratégie américaine ou bien seront-elles remplacées par des coalitions spécifiques à chaque mission ?
Troisièmement, quel degré d’investissement les États-Unis doivent-ils entretenir dans des arsenaux hi-tech de pointe mieux à même de combattre un ennemi traditionnel que des terroristes ou des insurgés ? Les systèmes tels que le F/A-22 Raptor et le futur système de combat de l’armée sont extraordinairement coûteux. Alors que les déploiements en Irak et en Afghanistan drainent le budget de la défense et qu’une grande partie de l’équipement militaire existant a besoin d’être remplacé ou réparé, certaines questions se font entendre sur le bon investissement que représentent de tels programmes.
Quatrièmement, quelle est la taille idéale de l’armée américaine ? De nombreux experts en matière de défense, d’anciens leaders militaires et certains hommes politiques pensent que l’armée américaine, particulièrement les forces terrestres, n’est pas suffisante pour mettre en place la stratégie générale de M. Bush.
Donald Rumsfeld, le secrétaire de la Défense, pense, lui, que la taille de l’armée est suffisante si elle est réorganisée au maximum de son efficacité. Il craint également qu’une augmentation de la taille de l’armée réduise les fonds disponibles pour les systèmes et les technologies de pointe nécessaires. Rumsfeld étant l’architecte principal de l’examen à venir des forces de défense, il est peu probable que les conclusions recommandent l’augmentation de la taille de l’armée.
Les changements en cours dans la politique de défense américaine reflètent les prévisions d’organisation. La stratégie qui émerge sera aussi forte que ces prévisions seront précises.
L’examen qui se profile permettra des changements fondés sur les événements des cinq dernières années, principalement concentrés sur l’Irak, l’Afghanistan et d’autres aspects de la guerre contre le terrorisme. La question est de savoir si les missions de l’armée américaine à l’avenir seront identiques à celles des cinq dernières années.
Si ce n’est pas le cas, l’armée américaine se prépare peut-être pour la guerre qu’elle vient de mener plutôt que pour la prochaine. On peut espérer que l’examen de la défense en 2005 étudiera ces questions, bien qu’il soit certain que certaines questions stratégiques seront traitées et d’autres laissées de côté pour de plus amples débats ultérieurement. En tout cas, le nouvel examen des forces militaires servira de programme pour la future politique américaine de défense et affectera ainsi les partenaires de l’Amérique tout comme ses adversaires.
*Steven Metz dirige le Department of Regional Strategy and Planning au Strategic Studies Institute de l’US Army War College, où il enseigne.
© Project Syndicate 2005. Traduit de l’anglais par Catherine Merlen.
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