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Un précurseur du dialogue des cultures : Lanza del Vasto

«Le dialogue des cultures » et « le choc des civilisations » représentent un sujet très actuel dans la presse et les débats politiques à la télévision. Le dernier Sommet de la francophonie à Beyrouth était consacré à ce thème, et Jacques Chirac en avait fait l’idée centrale de son intervention, très prisée dans les milieux intellectuels si complexes du Proche et du Moyen-Orient, et qui est à la base de la politique étrangère de la France en Irak et partout ailleurs. Cette ouverture d’esprit aux idées religieuses, philosophiques ou politiques des autres peuples avait pourtant été prônée, il y a des siècles, par le sage Montaigne qui recommandait à ses disciples « de frotter et de limer leurs cervelles aux cervelles d’autrui... » Plus proche de nous, au milieu du siècle dernier, un grand penseur et écrivain francophone, de naissance italienne,et arrière-petit-neveu au énième degré de saint Thomas d’Aquin, est allé chercher la sagesse dans les pays où, à chaque aube nouvelle, la lumière se lève dans cet Orient qui illumine toujours le monde. Dégoûté du matérialisme de son époque et de la montée des fascismes en Italie et en Allemagne, Lanza del Vasto, jeune homme assoiffé de vérité, entreprit alors de faire un voyage en Inde, avant la Seconde Guerre mondiale, et de rapporter comme une révélation spiritualiste les leçons de ce voyage dans son livre Le pèlerinage aux sources, qui eut une énorme retentissement sur la jeunesse de son temps qui, à son exemple, s’aventura au Népal sur les chemins de Katmandou. Ayant ramené avec moi au Liban ce livre dédicacé de la main de son auteur, je cherchai comme l’abeille à butiner le miel que Lanza del Vasto avait récolté d’abord en Égypte au contact de l’islam et dont voici quelques aspects : la croyance inébranlable en un Dieu puissant et miséricordieux, la pratique quotidienne de la prière aux appels du muezzin et un sens profond de l’humilité devant la grandeur de Dieu, puis la pratique du jeûne purificateur du ramadan, que Lanza del Vasto définissait ainsi : « Jeûner ne veut pas dire ne pas manger ceci ou cela, mais ne rien manger du tout. » Et dans Le pèlerinage aux sources, j’ai retenu aussi ce compliment aux peuples arabes : « ... Ô vous, les grands buveurs d’eau claire !... » Bien sûr, pour « dialoguer » avec un autre, au premier abord si différent de nous, il faut une profonde humilité telle que je l’ai rencontrée chez Sertillanges (s.j.) : « Je ne cherche pas à convaincre d’erreur mon adversaire, mais à m’élever avec lui vers une vérité plus haute... » J’ai senti aussi cette humilité dans le recueil des poèmes de Lanza del Vasto intitulé : « Le chiffre des choses » : « J’ai ma maison dans le vent sans mémoire, J’ai mon savoir dans les livres du vent... Comme la mer j’ai dans le vent ma gloire, Comme le vent j’ai ma fin dans le vent. » Ayant rendu visite un jour à Lanza del Vasto, je lui avais demandé, dans sa propriété champêtre de L’Arche dans le Tricastin qui accueillait des disciples de toutes les croyances de la planète et même des libres penseurs, comment il faisait pour prier ensemble, et il me dit : « Nous allumons un grand feu de bois, autour duquel nous faisons la prière de saint François d’Assise en nous tenant par la main comme dans une ronde d’amitié, puis nous les catholiques, nous entrons à la chapelle pour la messe quotidienne... – Très bien ! répondis-je, mais les autres, que font-ils ? » Et Lanza del Vasto me dit dans un sourire pacifique, comme une chose naturelle : « Eh bien ! Ils nous suivent... » Yves CARIOU Ancien professeur de lettres, d’histoire et de religion au Liban et en Syrie
«Le dialogue des cultures » et « le choc des civilisations » représentent un sujet très actuel dans la presse et les débats politiques à la télévision. Le dernier Sommet de la francophonie à Beyrouth était consacré à ce thème, et Jacques Chirac en avait fait l’idée centrale de son intervention, très prisée dans les milieux intellectuels si complexes du Proche et du Moyen-Orient, et qui est à la base de la politique étrangère de la France en Irak et partout ailleurs.
Cette ouverture d’esprit aux idées religieuses, philosophiques ou politiques des autres peuples avait pourtant été prônée, il y a des siècles, par le sage Montaigne qui recommandait à ses disciples « de frotter et de limer leurs cervelles aux cervelles d’autrui... » Plus proche de nous, au milieu du siècle dernier, un grand penseur et...