Isolés dans une enclave qu’ils comparent à une prison au cœur du bloc des colonies de Goush Katif, dans la bande de Gaza, les habitants de Mawassi attendent leur libération : le départ des colons et de l’armée israélienne.
Dans quelques jours, Ismaïl Challouf sera au chômage. Mais il dit n’en avoir cure : « La liberté est plus importante que l’argent », dit cet habitant de Mawassi employé depuis quinze ans dans la colonie voisine de Rafah Yam. Pour l’équivalent de 300 dollars par mois, ce père de six enfants, âgé de 42 ans, cultive des tomates et des concombres dans les serres de la colonie. « La libération compte plus que tout autre chose », affirme-t-il à l’AFP, tout en reconnaissant qu’il regrettera sa patronne israélienne, Orna, avec laquelle il entretient « de bons rapports ».
S’étendant sur une vingtaine de kilomètres carrés, Mawassi, où habitent quelque 8 000 Palestiniens, est cernée à l’ouest par la Méditerranée et à l’est par les colonies du Goush Katif.
Pour en sortir et gagner la ville palestinienne la plus proche, Khan Younès, dans le sud de la bande de Gaza, les habitants doivent franchir le barrage militaire israélien d’al-Toufah, réputé le plus strict des territoires palestiniens. Or, les contrôles au barrage ont été considérablement durcis depuis le début de l’intifada en septembre 2000, et tout déplacement hors de et surtout vers Mawassi est devenu un véritable calvaire pour les habitants.
Assis, désœuvrés, à même le sol devant un magasin aux rayons dégarnis, quelques habitants devisent sous un soleil de plomb, se répandant en conjectures sur l’imminent départ de leurs encombrants voisins. « Cela fait cinq ans que nous sommes enfermés. Leur départ sera un jour de fête pour nous », affirme Riyad Lahham. « Avec le départ des juifs, notre emprisonnement finira, et nous retrouverons la liberté. » « On chantera de joie comme un oiseau libéré de sa cage », renchérit son cousin Zouheir, 43 ans.
Une charrette tirée par un âne et transportant une ribambelle d’enfants palestiniens passe sur le chemin sablonneux le long du rivage. D’un côté, protégée par un grillage, la colonie de Shirat Hayam avec une vue imprenable sur la mer. De l’autre, de miséreuses habitations palestiniennes au milieu de champs de palmiers.
Plus loin, de frêles gamins palestiniens barbotent dans l’eau sans trop s’éloigner du rivage. Des bateaux de pêche, certains mangés par la rouille, gisent sur le sable.
Dans l’un des trois modestes dispensaires de Mawassi, le docteur Khaled Bardaouil, peaufine « un plan d’urgence » médical pour faire face à toute éventualité lors du retrait israélien. « Les habitants de Mawassi doivent être comptés parmi les Palestiniens détenus en Israël car les colonies ont transformé cette zone en prison », dit-il.
Optimiste, il estime que la situation économique à Mawassi, où le chômage touche selon lui plus de 90 % de la population, va s’améliorer après le retrait, même si quelques dizaines d’habitants perdront leurs emplois dans les colonies. « Nous comptons sur l’agriculture et la pêche, et après le retrait, nous allons pouvoir écouler nos marchandises dans la bande de Gaza, alors qu’aujourd’hui, nos goyaves, olives, dattes et poissons pourrissent faute de marché », explique-t-il.
Au barrage d’al-Toufah, des taxis cabossés attendent les rares passagers qui traversent en direction de Mawassi. Drapée de noir, Fatima Lahham, 57 ans, avance lentement vers l’une des voitures. « J’ai attendu trois jours consécutifs au barrage du matin au soir avant de pouvoir traverser pour revenir à Mawassi. J’étais allée à Khan Younès me faire soigner à l’hôpital car je souffre des genoux, dit-elle. Je compte les minutes, même les secondes, pour le départ des juifs, car l’humiliation qu’ils nous infligent est la pire au monde. »
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Dans quelques jours, Ismaïl Challouf sera au chômage. Mais il dit n’en avoir cure : « La liberté est plus importante que l’argent », dit cet habitant de Mawassi employé depuis quinze ans dans la colonie voisine de Rafah Yam. Pour l’équivalent de 300 dollars par mois, ce père de six enfants, âgé de 42 ans, cultive des tomates et des concombres dans les serres de la colonie. « La libération compte plus que tout autre chose », affirme-t-il à l’AFP, tout en reconnaissant qu’il regrettera sa patronne israélienne, Orna, avec laquelle il entretient « de bons rapports ».
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