Rechercher
Rechercher

Actualités - Opinion

Impression Commerce

Les négoces patientent au bord des rues, stations pour les flâneurs, pour les solitaires en mal de conversation, pour les curieux enfin, que ces intérieurs publics attirent, histoire de voir ce qui s’y vend, pour tout de suite, pour un jour, pour si, pour quand, pour quelqu’un, pour soi-même. Quand on pense au citoyen de base, à l’homme de la rue, la première image qui vient à l’esprit est celle du commerçant. Il est le gardien de la ville, le plus visible, le plus disponible. Selon ce qu’il vend ou ce qu’il ne vend pas, on peut directement cerner les goûts de ses congénères, leur culture, leurs aspirations, leurs mœurs et leurs coutumes. De part et d’autre de sa vitrine, des regards s’échangent, timides de l’extérieur, encourageants du dedans. Vous franchissez le pas. La porte fait un léger tintement. Vous balayez des yeux l’installation. On peut vous aider ? Non, vous voulez juste voir. Votre regard installe déjà une relation. Le commerce : relation que l’on entretient avec autrui. Et le regard est déjà un signe d’intérêt. Vous posez des questions. Le lien se confirme. Vous racontez un peu de vous-même. Vous êtes un étudiant. Juste une studette dans un foyer. Mais c’est tellement triste une studette dans un foyer. Vous avez envie de l’égayer avant même de la meubler cette studette. Vous entourer d’objets aimables pour mieux aimer votre nouvelle vie. Et vous ? Danseur. Vous connaissez une à une les fibres qui font vibrer un corps. Mais c’est un métier pour les temps faciles. Vous rêvez de mettre à profit vos longues heures d’entraînement pour aider les handicapés à sortir de leur prison charnelle. Heureux de vous avoir connu. Bientôt vous arriverez en couple, bras dessus, bras dessous. On peut vous aider ? Oui, non. Vous avez un nid à construire. On y verrait bien ce lustre de palace, juste en haut de l’escalier qui partirait de l’entrée. Vous êtes heureux. Pour le lustre, vous reviendrez quand vous aurez le toit. On vous le garderait bien d’ici là. En attendant merci pour vos sourires et vos cœurs grands comme ça. On peut sans doute aider madame. Mais madame est un peu ailleurs. Elle est entrée pour un souvenir. Il y avait un objet ressemblant dans sa maison à la montagne, celle que la guerre a détruite. Mais oui, il s’agit d’une réédition des années cinquante. Vous savez, ces années Hiroshima où Pollock faisait de l’art avec des éclaboussures. Le monde était alors noir et blanc et se méfiait des demi-teintes. On laissera madame flâner dans le songe qui vient de la saisir. Le magasin fait un voyage dans le temps. D’ici ou d’ailleurs, passants, vous apportez la vie telle qu’elle surgit, dans l’immédiat d’une porte qui s’ouvre, dans la fraîcheur d’un coup de vent du dehors. Vous apportez des visages, des émotions, des nouvelles, un pia-pia sans conséquences. Vous êtes les premiers mots d’un roman. Celui de la ville telle qu’elle va, du temps comme il vient. Dans les boutiques sagement alignées, on vous attend derrière les verrières. Attendre, tout un métier. Mais vous vous arrêtez, et une histoire commence. Fifi Abou Dib
Les négoces patientent au bord des rues, stations pour les flâneurs, pour les solitaires en mal de conversation, pour les curieux enfin, que ces intérieurs publics attirent, histoire de voir ce qui s’y vend, pour tout de suite, pour un jour, pour si, pour quand, pour quelqu’un, pour soi-même. Quand on pense au citoyen de base, à l’homme de la rue, la première image qui vient à l’esprit est celle du commerçant. Il est le gardien de la ville, le plus visible, le plus disponible. Selon ce qu’il vend ou ce qu’il ne vend pas, on peut directement cerner les goûts de ses congénères, leur culture, leurs aspirations, leurs mœurs et leurs coutumes. De part et d’autre de sa vitrine, des regards s’échangent, timides de l’extérieur, encourageants du dedans.
Vous franchissez le pas. La porte fait un léger tintement....