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Actualités - Opinion

COMMENTAIRE Combattre le terrorisme démocratiquement

par Alvaro de Vasconcelos* Les attentats de Londres et de la Turquie ont propulsé sur le devant de la scène les vieilles idées selon lesquelles les régimes autoritaires sont mieux équipés que les démocraties pour lutter contre le terrorisme et que de telles attaques sont le prix à payer pour notre liberté. Pour certains, c’est un prix qui vaut d’être payé, pour d’autres, ces coûts sont trop élevés. Pourtant, historiquement, les démocraties possèdent un arsenal bien plus efficace pour combattre la terreur que celui des régimes autoritaires. En effet, c’est au moment où les démocraties abandonnent leur éthique et cessent de résister à la tentation autoritaire qu’elles deviennent vulnérables. La logique derrière ces appels à la restriction de nos libertés répond évidemment à un besoin simpliste : les extrémistes utilisent notre liberté pour commettre leurs crimes ; aussi, prévenir l’abus de cette liberté requiert de mettre des limites à la portée de cette liberté. L’erreur, cependant, est de considérer que les sociétés ouvertes sont plus permissives et vulnérables au terrorisme que celles des régimes autoritaires. Il suffit d’examiner la situation en Russie aujourd’hui ou de se remémorer l’Algérie des années 1990. En réalité, la démocratie et la primauté du droit n’apportent aucune garantie de sécurité à toute épreuve. Mais une telle garantie n’est qu’un mirage de toute façon, tandis que le respect des libertés fondamentales et l’application de la loi dans la répression du terrorisme est un instrument puissant pour isoler les extrémistes et entamer leur légitimité aux yeux de ceux qui pourraient sympathiser avec leur cause. C’est parce que la Grande-Bretagne est une démocratie qui respecte la primauté du droit qu’elle a été en mesure de mobiliser une grande partie de sa communauté musulmane. Par contre, la répression civile des régimes autoritaires, et leur manque de différenciation entre civils et assassins, facilite les conditions de recrutement des extrémistes en discréditant le gouvernement aux yeux d’une part importante de la population. Une approche indifférenciée de l’islamisme politique, qui ne parvient pas à distinguer ceux qui rejettent la violence de ceux qui recourent à la terreur, ne fait que faciliter le travail des extrémistes, car ils ressortent en apparence comme les défenseurs de causes qui ne reflètent pas réellement leurs véritables objectifs. La Russie apporte la preuve décisive de l’inutilité de la violence autoritaire et du mépris de la primauté du droit. Le président Vladimir Poutine a lancé une politique de terres brûlées en Tchétchénie, poussant de nombreux nationalistes tchétchènes directement dans les bras des extrémistes. Les attaques terroristes contre la Russie n’ont pas cessé ni décliné. En effet, souvenons-nous de l’attaque terroriste de Beslan en septembre 2004 durant laquelle une seule attaque contre une école fit 330 victimes. L’Irak apporte également la preuve des limites de toute violence illégale dans la lutte contre le terrorisme. Le gouvernement Bush semble maintenant l’avoir compris. Ce serait une erreur de croire que la mort de milliers de civils, ainsi que l’emprisonnement arbitraire et la torture, ne contribuent pas à répandre la terreur en Irak. Après tout, les victimes de la torture représentent la meilleure publicité pour le recrutement de terroristes. Quand il s’agit de combattre le terrorisme, les démocraties sont bien plus efficaces aussi bien politiquement qu’opérationnellement, particulièrement en termes de renseignements. Les services de renseignements des régimes autoritaires sont soit fortement concentrés soit des centres de pouvoir devenus autonomes. Dans tous les cas, ils ne sont soumis à aucun examen public et n’ont aucun compte à rendre. De ce fait, ils perdent au fil du temps leur capacité à évaluer de manière critique leurs propres actions et erreurs. Les services d’espionnage en démocratie possèdent généralement des mécanismes de surveillance qui servent à limiter les abus de pouvoir pour garantir une action efficace en punissant les responsables qui ne parviennent pas à remplir leurs fonctions de manière satisfaisante. Aux États-Unis, un puissant comité sénatorial bipartite surveille directement les services d’intelligence. Ses rapports sur l’incapacité des services d’intelligence, de la CIA et du FBI notamment, à empêcher les attaques terroristes du 11 septembre 2001 contenaient entre autres une série de recommandations pour la restructuration de ces services afin d’améliorer leur efficacité. La réponse européenne face au terrorisme requiert, avant toute chose, le renforcement de ses services d’intelligence, de sorte qu’il soit possible de détecter et démanteler les cellules terroristes dans le respect des droits fondamentaux et de la loi. Cela requiert également une plus grande coordination des États membres de l’Union européenne et de leurs partenaires et alliés. Au même moment, l’approche légaliste pour combattre le terrorisme doit être un pilier fondamental de la coopération européenne avec les pays tiers, notamment les pays méditerranéens et avec le Pakistan, pour contribuer ainsi à une culture de sécurité favorable à la démocratisation. Renforcer la démocratie implique en retour une participation citoyenne totale, y compris celle des groupes islamistes non violents. Le droit à l’expression publique et au rassemblement pacifique doit être défendu pour ceux qui se sentent marginalisés et s’indignent de ce qu’ils perçoivent, comme la plupart des Européens, comme une injustice commise contre les Palestiniens, les Tchétchènes et les Irakiens. Enfin, et ce n’est pas là la moindre des choses, la lutte contre l’extrémisme, qui trouve son fondement dans une certaine identité, nécessite une plus grande capacité à intégrer tous ceux qui vivent aujourd’hui au sein de l’Union européenne. La réponse au terrorisme doit être la réaffirmation de la primauté du droit contre la répression arbitraire et de la diversité caractéristique des villes européennes, particulièrement de Londres et de Paris, mais ailleurs également à travers toute l’Union européenne. Nous ne pouvons pas, en fait nous ne devons pas, céder à la terreur en élevant des murs autour et à l’intérieur de nos sociétés. La meilleure réponse à l’extrémisme intolérant est de cultiver une société ouverte et pluraliste qui traite tous ceux qui y vivent comme des citoyens à part entière. L’Europe a fait de la diversité l’une de ses caractéristiques constitutionnelles, et c’est pourquoi elle a un si grand impact sur le reste du monde. Protéger ce trait essentiel est le meilleur moyen d’honorer la mémoire des victimes de la terreur, qu’elles soient tombées à Londres, Charm el-Cheikh, Casablanca ou New York. * Álvaro de Vasconcelos, av@ieei.pt, dirige l’Institut portugais d’études stratégiques et internationales. © Project Syndicate. – Traduit de l’anglais par Catherine Merlen
par Alvaro de Vasconcelos*

Les attentats de Londres et de la Turquie ont propulsé sur le devant de la scène les vieilles idées selon lesquelles les régimes autoritaires sont mieux équipés que les démocraties pour lutter contre le terrorisme et que de telles attaques sont le prix à payer pour notre liberté. Pour certains, c’est un prix qui vaut d’être payé, pour d’autres, ces coûts sont trop élevés.
Pourtant, historiquement, les démocraties possèdent un arsenal bien plus efficace pour combattre la terreur que celui des régimes autoritaires. En effet, c’est au moment où les démocraties abandonnent leur éthique et cessent de résister à la tentation autoritaire qu’elles deviennent vulnérables.
La logique derrière ces appels à la restriction de nos libertés répond évidemment à un besoin simpliste :...