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Actualités - Opinion

ÉCLAIRAGE Les mesures antiterroristes ébranlent l’union sacrée autour de Blair

Les mesures antiterroristes envisagées par Tony Blair, notamment d’éventuelles poursuites pour trahison d’islamistes radicaux, ébranlent l’union sacrée formée autour du Premier ministre britannique après les attentats. De virulentes critiques se sont élevées des rangs mêmes des travaillistes contre un gouvernement accusé d’agir dans la précipitation. « Ces derniers jours donnent l’impression que le gouvernement a perdu son sang-froid », a déclaré lundi à la BBC John Denham, un ancien ministre adjoint au Home Office, qui préside la commission parlementaire pour les Affaires intérieures. Le gouvernement « doit se ressaisir très, très rapidement, arrêter de lancer des idées qui ne tiennent pas debout et se concentrer sur des mesures sérieuses faisant l’objet d’un consensus politique », a-t-il ajouté. Il a tenu ces propos véhéments après l’annonce, par les services de l’attorney général Peter Goldsmith (principal conseiller juridique du gouvernement), que la justice et la police britanniques allaient étudier cette semaine la possibilité de poursuivre pour « trahison » des extrémistes musulmans qui ont fait l’apologie du terrorisme. Cette loi sur la trahison, jugée totalement désuète, avait conduit le présentateur de radio William Joyce à la pendaison en 1946 pour propagande nazie. En outre, deux quotidiens londoniens ont affirmé hier que la Grande-Bretagne allait procéder à des auditions sans jury pour des affaires de terrorisme, au cours desquelles un juge spécialisé déciderait seul de la période de détention d’un suspect avant inculpation. Les conservateurs comme les libéraux-démocrates ont souhaité que le gouvernement recommence à les consulter sur ses projets, comme il l’avait fait en juillet après les attentats, formant une sorte d’union sacrée dans la classe politique. Edward Garnier, porte-parole des conservateurs pour la politique intérieure, a demandé au gouvernement de « se calmer et bien réfléchir ». « Nous n’aimons pas cette façon d’aller d’une direction à l’autre, d’adopter une politique au coup par coup », a-t-il déclaré. « Nous ne pouvons pas laisser le Premier ministre bouleverser le système pour faire les gros titres des journaux », a-t-il ajouté. Vendredi dernier, le Parti conservateur avait apporté son soutien « de principe » aux mesures annoncées par Tony Blair pour lutter contre le terrorisme, avant de les « examiner de façon plus approfondie ». Celles-ci permettront notamment d’expulser les extrémistes qui prônent haine et violence. Dans un pays très attaché aux libertés individuelles, la volonté du Premier ministre de réviser, en cas d’obstacle juridique, la loi sur les droits de l’homme a de quoi choquer. « Les annonces qui ont été faites soumettent le consensus politique à une forte pression », avait immédiatement estimé Charles Kennedy, leader du Parti libéral-démocrate. « Nous allons examiner en détail ces mesures, mais le Premier ministre ne devrait pas compter sur notre soutien », a-t-il prévenu. Il s’est notamment inquiété du sort des expulsés vers des pays non démocratiques. « Allons-nous renvoyer des gens dans des pays où ils pourraient être torturés, emprisonnés, tués ? » a-t-il demandé. Le maire travailliste de Londres, Ken Livingstone, a estimé que ce qui est annoncé par le gouvernement « est si vague qu’il y a 20 ans, cela aurait signifié interdire Nelson Mandela ou quiconque le soutenait ». Le débat pourrait prendre de l’ampleur en septembre, lorsque les mesures nécessitant un changement de législation seront discutées au Parlement. Pascale JUILLIARD (AFP)
Les mesures antiterroristes envisagées par Tony Blair, notamment d’éventuelles poursuites pour trahison d’islamistes radicaux, ébranlent l’union sacrée formée autour du Premier ministre britannique après les attentats. De virulentes critiques se sont élevées des rangs mêmes des travaillistes contre un gouvernement accusé d’agir dans la précipitation. « Ces derniers jours donnent l’impression que le gouvernement a perdu son sang-froid », a déclaré lundi à la BBC John Denham, un ancien ministre adjoint au Home Office, qui préside la commission parlementaire pour les Affaires intérieures. Le gouvernement « doit se ressaisir très, très rapidement, arrêter de lancer des idées qui ne tiennent pas debout et se concentrer sur des mesures sérieuses faisant l’objet d’un consensus politique », a-t-il...