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Salzbourg donne sa chance à la «musique dégénérée» de Schrecker

Le Festival de Salzbourg joue son rôle en montant, à côté des opéras fameux du répertoire, des ouvrages lyriques délaissés et en donnant, comme cette année, une nouvelle chance à Die Gezeichneten (Les Stigmatisés) de Franz Schrecker (1878-1934). Né dans une famille juive installée en Autriche, de confession catholique et directeur de l’Académie de musique de Berlin, ce compositeur fut contraint à démissionner en 1933 et sa musique fut considérée comme «dégénérée» par les nazis et donc interdite. L’œuvre Les Stigmatisés, créée en 1918 à Francfort et qui, jusqu’en 1930, fut remontée dans une quinzaine de villes d’Allemagne et d’Autriche, bénéficie à Salzbourg d’une impressionnante nouvelle production, affichée à cinq reprises et signée par l’Allemand Nikolaus Lehnhoff, avec le chef américain Kent Nagano à la tête du Deutsches Symphonie-Orchester Berlin et d’une distribution internationale d’une totale loyauté vis-à-vis de la partition. Opéra représentatif des préoccupations intellectuelles des courants modernistes de l’Europe centrale, notamment marqués par Freud, Les Stigmatisés a-t-il des chances de se maintenir au répertoire? Auprès de ceux qui remettent en cause la musique atonale de l’École de Vienne trop radicale, l’ouvrage de Schrecker apporte des satisfactions. Les autres seront quelque peu déçus, sans nier des bonheurs d’écriture toutefois peu adaptés aux ambitions du livret. Le compositeur qui composa surtout des opéras et fut fêté, quasi à l’égal de l’Allemand Richard Strauss et de l’Italien Puccini, définissait avec lucidité sa musique comme «une mer pleine d’un son mélodieux, une masse de cacophonie, un grandiose témoignage du déclin d’une culture...» et se prétendait «un cas». Schrecker a mis en scène avec Les Stigmatisés au livret passablement bavard, quelques nobles interrogations et certaines dépravations d’une société aristocratique de la Renaissance italienne, que le metteur en scène a transposée plutôt dans une période évoquant la Venise décadente de la fin du XVIIIe siècle. Le décorateur Raimund Bauer l’y a aidé en tirant magnifiquement partie des galeries naturelles du théâtre du Manège des Rochers, au plateau agrémenté d’une colossale statue de femme décapitée.
Le Festival de Salzbourg joue son rôle en montant, à côté des opéras fameux du répertoire, des ouvrages lyriques délaissés et en donnant, comme cette année, une nouvelle chance à Die Gezeichneten (Les Stigmatisés) de Franz Schrecker (1878-1934).
Né dans une famille juive installée en Autriche, de confession catholique et directeur de l’Académie de musique de Berlin, ce compositeur fut contraint à démissionner en 1933 et sa musique fut considérée comme «dégénérée» par les nazis et donc interdite.
L’œuvre Les Stigmatisés, créée en 1918 à Francfort et qui, jusqu’en 1930, fut remontée dans une quinzaine de villes d’Allemagne et d’Autriche, bénéficie à Salzbourg d’une impressionnante nouvelle production, affichée à cinq reprises et signée par l’Allemand Nikolaus Lehnhoff, avec le chef...