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FESTIVAL INTERNATIONAL DU THÉÂTRE UNIVERSITAIRE «Cauchemar d’acteur», de Christopher Durang: vite un souffleur (Photo)

Un public pour la plupart très jeune. Les lumières se sont éteintes. À côté de moi, boule rasée, bretelle chaplinesque jusqu’à mi-poitrine, pantalon sombre et cravate noire avec oreilles de lapin en strass, ce spectateur à l’élégance douteuse (surtout en ce temps d’effroyable canicule) me pose la question suivante: «C’est pour bientôt?» À noter, pas de retard à l’horaire annoncé! Conciliant, j’ai la naïveté de lui répondre: «Sans nul doute…» Et voilà que d’un bond agile il s’élance de sa place vers la scène, sous le rai de lumière central! Perdu, il le sera jusqu’au bout de la pièce qu’il va interpréter sans connaître un traître mot d’un texte dont, de toute évidence, il ignore tous les rouages! Un comptable sous les feux de la rampe? Quelle dérision. Mais c’est absurde! C’est le mot, c’est le théâtre de l’absurde, mené tambour battant avec une brochette de jeunes apprentis comédiens qui s’amusent gaiement mais avec talent dans un décor fait de bric et de broc tout en nous amusant… Pour la clôture du huitième Festival international du théâtre universitaire à la LAU, une pièce traitant non seulement du paradoxe du comédien mais de l’ambiguïté et de la complexité même du théâtre, classique et moderne. Une sorte de réflexion enlevée sur l’état du comédien en prise avec le texte dramaturgique. À l’affiche donc, à la salle Gulbenkian de la LAU, une brillante production libanaise de 35 minutes, en version anglaise, intitulée The Actor’s Nightmare, de Christopher Durang (Cauchemar d’acteur). Et pour une fois en ce creuset d’expérimentation théâtrale estudiantine, la prononciation de la langue de Shakespeare (auquel, on s’en doute, on fera plus d’une allusion) n’écorche pas les oreilles. Elle est nette et parfaitement audible. Une improvisation réussie Le canevas de la pièce est tracé d’emblée avec vivacité: un comptable jeté des ombres des coulisses à l’agitation et l’exhibition de l’avant-scène, c’est bien embarrassant. Comment va-t-il se tirer d’affaire? Faire du théâtre sans connaître une ligne de son texte, c’est de la gageure, de l’improvisation qui peut faire flop ou faire rire aux éclats, le parti pris d’ailleurs par l’auteur, absolument pince-sans-rire. À voir ce jeune antihéros si désemparé, si hors de son rôle (tout à fait un personnage en quête d’auteur, comme dirait Pirandello), si bafouillant et cafouillant, engoncé dans ses costumes trop amples ou trop étriqués pour lui, naviguant entre deux répliques dont il n’a ni les tenants ni les aboutissants, fait beaucoup rigoler. Au secours, vite un souffleur pour ce pauvre hère qui ploie sous le poids de l’incompréhension. Parfois une soubrette glisse une réplique dans l’oreille de ce pauvre Georges malmené par un verbe sonnant brusquement comme une langue de bois, une formulation échappée à une tour de Babel… Et le dialogue de sourds avec ses partenaires devient alors d’un comique absolu. De l’esprit, de la cocasserie, de la maladresse, des quiproquos désopilants, des renversements de situations ahurissantes, une chaîne interrompue de faux-semblants où le théâtre, même dans ses répliques les plus folles et les plus délirantes, prend corps tel un puzzle reconstitué, arrive à surprendre et à dérider le spectateur. Tout cela finit par s’articuler sur fond de survol allant de Beckett à Hamlet, confondant Juliette et Ophélie avec des scènes conjugales des plus extravagantes. Que reste-t-il d’une culture théâtrale quand on a tout oublié? Le célèbre «to be or not to be» de Hamlet, l’assertion de Blanche Dubois, de Tenessee Williams s’exclamant pathétiquement «j’ai toujours compté sur la gentillesse des autres…», quelques bribes du somptueux A Man for all Season ou simplement le titre d’ En attendant Godot pour combler la traversée humaine faite… d’attente. Grinçante, caustique, jonglant avec brio avec une culture dramaturgique universelle, cette œuvre courte et dense à la fois jette la lumière sur l’univers des acteurs mais aussi sur les méandres de la création dramaturgique qui plonge ses embranchements dans tous les recoins de la vie et de l’histoire. La mise en scène de Bilal Abdul Hak est alerte, dynamique et fine. Les acteurs sont tous impeccables et sympathiques (Wissam Najm, Mira Tabbara, Ziad Srouji – avec une cabotine séquence de travelo digne de Chez Michou –, Maya Shiha et Omar Zeineddine). Un excellent moment de théâtre, doté d’une bonne dose de réflexion en guise de clôture pour un festival bien réussi en ces circonstances particulières où la culture, au pays du Cèdre, est mise au rancart. Un spectacle tonique, sans sophistication ni prétention hermétique, qui vibre parfois comme un scintillant feu d’artifice. Edgar DAVIDIAN
Un public pour la plupart très jeune. Les lumières se sont éteintes. À côté de moi, boule rasée, bretelle chaplinesque jusqu’à mi-poitrine, pantalon sombre et cravate noire avec oreilles de lapin en strass, ce spectateur à l’élégance douteuse (surtout en ce temps d’effroyable canicule) me pose la question suivante: «C’est pour bientôt?» À noter, pas de retard à l’horaire annoncé! Conciliant, j’ai la naïveté de lui répondre: «Sans nul doute…» Et voilà que d’un bond agile il s’élance de sa place vers la scène, sous le rai de lumière central! Perdu, il le sera jusqu’au bout de la pièce qu’il va interpréter sans connaître un traître mot d’un texte dont, de toute évidence, il ignore tous les rouages! Un comptable sous les feux de la rampe? Quelle dérision. Mais c’est absurde! C’est...