L’ex-rebelle sudiste John Garang était devenu premier vice-président du Soudan le 9 juillet 2005, après avoir accompli une longue marche des maquis du sud du pays au palais présidentiel de Khartoum.
Silhouette massive et démarche lourde, John Garang, 60 ans, devenu chef incontesté du sud animiste et chrétien, était rentré à Khartoum début juillet pour la première fois depuis 22 ans, après avoir tourné la page de la plus longue guerre civile d’Afrique, en signant en janvier à Nairobi un accord de paix global avec le gouvernement de Omar Hassan el-Béchir.
Considéré à ses débuts dans la guérilla contre Khartoum comme une « marionnette soviétique », John Garang a rapidement gagné en crédibilité à la tête des rebelles du sud. Il est devenu l’interlocuteur incontournable des puissances régionales africaines et des États-Unis.
Né à Bor (près du Nil) en 1945, il a fait partie des rares enfants du sud soudanais à avoir fréquenté une école primaire sous l’Administration britannique. Ses études secondaires terminées en Tanzanie, il s’inscrit en économie à Grinnell College, Iowa (États-Unis). En 1970, renonçant à une offre de la prestigieuse Université de Berkeley (Californie), il prend les armes contre Khartoum, en s’enrôlant dans les rangs des rebelles Anyanya, dont la révolte se termine en 1972 par la signature d’un accord de paix à Addis-Abeba avec le gouvernement central de Khartoum.
L’ancien étudiant en économie est alors intégré dans l’armée régulière soudanaise avec le grade de colonel et reçoit une formation militaire dans l’infanterie américaine à Fort Benning (Géorgie). Ironie du sort : il avait été envoyé pour mater une révolte de militaires sudistes mécontents de la mesure dans sa ville natale de Bor. Mais dès septembre 1983, Garang reprend les armes contre Khartoum après que le général Gaafar Mohammed Nimeiri eut imposé la loi islamique à l’ensemble du Soudan, en violation de l’accord d’Addis-Abeba de 1972. Le 105e bataillon de l’armée soudanaise, qu’il commandait en 1970, devient alors le noyau d’une Armée populaire de libération du Soudan (SPLA).
Mais en 1991, John Garang est au plus bas, son mouvement s’étant scindé en deux sur une base ethnique entre Dinkas (son ethnie) et Nouers, dont le soutien est allé à un rival Riek Machar.
Le régime islamique, qui s’installe à Khartoum en 1989 sous la férule du général Omar al-Béchir, envoie plusieurs vagues de miliciens volontaires au sud. Les troupes de Garang sont bousculées et forcées à se retirer sur une étroite bande de territoire à la frontière.
Mais le régime, discrédité aux yeux des États-Unis, ne tarde pas à se faire des ennemis parmi les partis du nord, qui s’empressent de faire alliance avec le SPLM, sous l’ombrelle de l’Alliance nationale démocratique (AND), « une grâce du ciel » pour Garang.
L’élection en 2000 de George W. Bush, dont les soutiens évangélistes sympathisent avec les chrétiens du sud, donne à Garang une nouvelle impulsion. Depuis, les pressions de Washington n’ont pas cessé pour amener Khartoum à mettre fin à la guerre contre le sud. En octobre 2002, un cessez-le feu est finalement signé entre le gouvernement de Khartoum et la rébellion sudiste. Et en janvier 2005, John Garang et le président soudanais, Omar el-Béchir, signent un accord de paix final entre les deux parties mettant fin à plus de 21 ans de guerre civile.
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