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Opinion Mea culpa

Monsieur le Grand Inquisiteur qui portez un nom d’institution et un visage de drapeau, Monsieur le Grand Inquisiteur qui avez choisi la voie de l’abstraction et des allusions désormais prohibées, Monsieur le Grand Inquisiteur qui avez ressuscité le XIIIe siècle européen dans les ruelles du Beyrouth d’aujourd’hui, Monsieur le Grand Inquisiteur qui avez transformé les voitures en véritables bûchers de l’an 2000, J’avoue, Mea culpa, J’avoue ne pas être amateur des pompes funèbres et ne pas être de ceux qui aiment à transformer la crucifixion en noces de Cana. J’avoue être radicalement révolté contre l’ordre établi suite à l’assassinat de mes camarades-symboles Samir Kassir et Georges Haoui. Les sièges des voitures sont devenus trônes. Le souffle des explosions a propulsé les princes du 14 mars dans le vide sidéral de la mémoire et les hauteurs astronomiques de l’histoire. Et nous sommes restés là à mâchonner notre sentiment d’impuissance. J’avoue ne plus comprendre votre secrète pensée et ne pas arriver à percer le mystère de votre sublime volonté. Le liquide gluant de l’absurde m’étouffe comme un asthme, comme une main de fer qui pue la poudre et se referme sur je ne sais quoi dans mon for intérieur. Pourquoi ? Qui ? Comment ? Pourquoi ? Pourquoi ? Et encore pourquoi ? J’avoue avoir réclamé la sanction de ceux qui ont diffusé les images des corps déchiquetés de nos absents sur les écrans lumineux de l’indifférence. Les montagnes éventrées ne doivent pas susciter la pitié de velours, mais la colère de plomb et d’acier. Monsieur le Grand Inquisiteur tentaculaire aux mille doigts, aux mille visages, aux mille colis, J’avoue être hérétique et non marginal dans cette société du schisme infini. J’avoue détester le mot bien pensant, ceux qu’il désigne et ceux qui l’utilisent. J’avoue donner à César ce qui est à César. J’avoue que mon César est une République, une vraie. J’avoue que le rêve est parfois infantile mais qu’il m’est aussi vital que le pain qui ne suffit pas à faire vivre l’homme. Ne me regardez pas comme cela Monsieur, ce n’est pas moi qui l’ai dit. J’avoue que l’espoir, cette malédiction de Pandore est un trait fondamental de ma condition d’être humain et de jeune Libanais. J’avoue que la victime peut être vainqueur et que le jasmin peut survivre sous les pattes des chevaux. Monsieur le Grand Inquisiteur qui flottez dans un silence aquatique, J’avoue, Mea culpa Mais permettez-moi de terminer mes aveux par un petit cliché. J’avoue en avoir besoin. Vous nous avez quand même volé Samir Kassir et Georges Haoui. Monsieur le Grand Inquisiteur, J’avoue vouloir continuer leur chemin. Mea culpa, mea culpa, mea maxima culpa. Mahmoud HARB

Monsieur le Grand Inquisiteur qui portez un nom d’institution et un visage de drapeau,
Monsieur le Grand Inquisiteur qui avez choisi la voie de l’abstraction et des allusions désormais prohibées,
Monsieur le Grand Inquisiteur qui avez ressuscité le XIIIe siècle européen dans les ruelles du Beyrouth d’aujourd’hui,
Monsieur le Grand Inquisiteur qui avez transformé les voitures en véritables bûchers de l’an 2000,
J’avoue,
Mea culpa,
J’avoue ne pas être amateur des pompes funèbres et ne pas être de ceux qui aiment à transformer la crucifixion en noces de Cana.
J’avoue être radicalement révolté contre l’ordre établi suite à l’assassinat de mes camarades-symboles Samir Kassir et Georges Haoui. Les sièges des voitures sont devenus trônes. Le souffle des explosions a propulsé les princes du 14...