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Actualités - Chronologie

Moments Insolites - Tatoués et fiers de l’être Âmes sensibles s’abstenir (Photo)

Ce n’est pas l’envie qui manquait… Des années qu’elle durait, cette envie de se faire un petit tatouage à l’épaule ou à la cheville. Une fleur, un dauphin, ou un symbole. Juste pour souligner cette partie du corps que l’on préfère, la mettre en avant, la personnaliser. Juste pour entrer dans le club très privé des très courageux. Mais le courage manquait. Et puis un matin d’été, stimulée par les tenues légères, maillots de bain et autres débardeurs, l’envie se fait plus pressante. Après un bref sondage auprès de certains adeptes de cet art, un nom a récolté le plus grand nombre de voix : Hady Beydoun. Il n’est pas très éloquent, le jeune homme. Graphiste de métier, tatoueur sous le label « skindeep », mais surtout artiste, il a commencé à exercer cet art en 1995, alors que le tatouage était réservé à une minorité, souvent fort critiquée et marginalisée. Musclé, calme, si sûr de lui qu’on pourrait le croire légèrement prétentieux, cinq tatouages impressionnants sur le corps et un piercing aux lèvres, il paraît agacé à chacune de nos questions angoissées. Il aurait sans doute fallu, avant de les poser, lire ce texte affiché dans les locaux, son univers, où Hady Beydoun reçoit ses clients. Outre les grands dessins à l’air brush, made by Hady, les centaines de photos de ses clients après tatouage, des messages importants adressés aux nouveaux venus viennent se glisser. Le premier : « Si vous buvez trop d’alcool ou consommez des drogues, si vous êtes malade, enceinte, sale, mineur, fauché, vendeur, revenez quand vous ne le serez plus ! » Ou encore : « Prière de ne pas vous embarrasser avec des questions stupides comme : Que me recommandez-vous comme thème ? Est-ce douloureux ? Pouvez-vous utiliser une anesthésie ? Le tatouage va-t-il disparaître dans deux ans ? Pouvez-vous me faire un prix ? Ou enfin puis-je vous payer plus tard ? » Il vous répondra, c’est également écrit, « Vous devez vous-même choisir votre tatouage, il dure toute la vie, nous ne pouvons pas utiliser de produits anesthésiants et enfin pourquoi devrais-je vous faire un prix ? » Mais lorsqu’il accepte de prendre la parole, c’est pour préciser que « le tatouage relève du rituel. Avant de se faire tatouer, la personne doit longuement réfléchir car cette décision, elle doit l’assumer toute sa vie. Ce n’est pas comme acheter un accessoire de mode dont on peut se débarrasser quand l’envie passe. » Et la douleur ? La question échappe, naturelle devant ce stress retenu. « Le tatouage remonte à la nuit des temps. Dans certaines tribus, les femmes se faisaient tatouer pour prouver qu’elles étaient fortes et courageuses. Je pense donc qu’il faut avoir mal, cela fait partie du processus. Mais la douleur est en général supportable. » Nous voilà un peu rassurés. Une jeune femme attend son tour, venue en compagnie de sa sœur, tatouée cinq fois. « J’avais un mari très jaloux, nous avoue la courageuse inconnue. Je viens de divorcer, alors je me suis fait un piercing au ventre, il y a quelques semaines, et me voilà pour un tatouage. » Alors, pour lui permettre de mieux saisir ce vent de liberté, nous l’invitons, lâchement, à passer avant nous. Opération en cours Intraitable quand il s’agit d’hygiène, et très professionnel, Hady fait remplir à sa cliente un contrat dans lequel elle jure qu’elle est majeure et saine d’esprit et de corps. Et qu’elle s’engage à respecter les mesures d’hygiène pour éviter toute infection. Après avoir choisi le dessin qu’elle va porter à l’épaule, pour le reste de sa vie, elle s’installe sur la chaise, dans l’espace consacré aux « opérations », séparé du reste de la pièce par une ligne et une inscription au sol : « Ne pas dépasser durant le travail. » Hady, vêtu de son tablier noir de travail, très concentré, met ses gants jetables, décalque la rose pour s’assurer de son bon emplacement. Rasage de poils rebelles, stérilisation, pose de vaseline, et c’est parti. À l’aide d’un instrument qui ressemble à celui des dentistes, et de trois couleurs d’encre choisies au préalable, le voilà en train de dessiner, de graver sur le corps consentant une forme qui ressemble déjà à une fleur. Pas un son, sinon le bruit de la machine, le souffle de la cliente et nos cœurs battants, ne vient rompre ce moment sacré. 15 minutes plus tard, car le dessin est petit et relativement simple, Tina, toujours calme et ravie, fière aussi, est sacrée membre à vie du club des tatoués et fiers de l’être, comme le dit le slogan. « Il faut arriver avec la volonté de faire un tatouage, poursuit Hady. Avec toute la liberté de choisir le dessin et l’endroit. Parfois, le travail, très compliqué, requiert plusieurs séances. » Au suivant ! Une femme se manifeste, installée sur le fauteuil, dans la salle d’attente. Elle veut, après le papillon, posé sur son épaule il y a trois jours, une cerise, au-dessus du nombril. Le rituel se remet en marche. C’est le moment idéal de se retirer discrètement en applaudissant le travail de l’artiste et… le courage des autres, en se promettant de revenir bientôt, c’est juré. Carla HENOUD
Ce n’est pas l’envie qui manquait… Des années qu’elle durait, cette envie de se faire un petit tatouage à l’épaule ou à la cheville. Une fleur, un dauphin, ou un symbole. Juste pour souligner cette partie du corps que l’on préfère, la mettre en avant, la personnaliser. Juste pour entrer dans le club très privé des très courageux. Mais le courage manquait. Et puis un matin d’été, stimulée par les tenues légères, maillots de bain et autres débardeurs, l’envie se fait plus pressante. Après un bref sondage auprès de certains adeptes de cet art, un nom a récolté le plus grand nombre de voix : Hady Beydoun.
Il n’est pas très éloquent, le jeune homme. Graphiste de métier, tatoueur sous le label « skindeep », mais surtout artiste, il a commencé à exercer cet art en 1995, alors que le tatouage était...