Via Fawzi Salloukh, ancien ambassadeur à qui on destine les Affaires étrangères, Amal et le Hezbolah veulent avoir leur mot à dire au sujet d’échéances importantes, comme la résolution 1595 (enquête sur l’assassinat de Hariri). Et surtout, cette résolution 1559 qui préoccupe plus particulièrement le Hezb.
De ce fait, cette formation a tenu à ce que ses arrangements avec des partis, des courants, des leaderships ou des indépendants se tissent sur des bases dites politiques, et non uniquement conjoncturelles. Elle veut s’assurer d’engagements solides concernant le rejet du désarmement de ses troupes sur le terrain. Et va jusqu’à proférer des menaces, son secrétaire général, sayyed Hassan Nasrallah, répétant que le désarmement est hors de question. Et qu’il couperait toute main se tendant pour désarmer le Hezb. Dans la même logique, ce parti, qui dispose toujours d’un bloc parlementaire consistant, exige des membres du prochain gouvernement de rejeter clairement la 1559. Or cette attitude radicalisée risque de provoquer un clivage aigu, de dangereuses tensions sur la scène locale. Car Aoun ne plie pas beaucoup : il veut bien que la question soit traitée à l’intérieur. Que l’on sauve la face du Hezb. Mais pas au détriment de la raison d’État.
Pour beaucoup d’autres parties, s’il n’est pas question de se soumettre inconditionnellement au diktat international, et surtout américain, de désarmement, il faut quand même que la question soit traitée par un dialogue interne positif. Dans le respect de la notion même d’État souverain. D’autant que le dossier s’étend aux organisations palestiniennes et à l’arsenal des camps. Autrement dit, et c’est la proposition la plus courante, si une fraction libanaise doit être armée, il faut qu’elle soit chapeautée, récupérée par l’État. Sous forme, par exemple, de contingents frontaliers annexés aux forces régulières. Cela en tant que compromis minimal, dans la mesure où en principe, et c’est une position que beaucoup défendent, personne ne doit être autorisé à garder ses armes, le Hezbollah devant se contenter, comme les autres, d’un rôle politique civil.
Il y a aussi la 1595. Le Hezbollah soutient que son application doit se limiter à l’enquête sur l’assassinat du président Rafic Hariri. Sans s’étendre à d’autres crimes, au nom de la lutte contre le terrorisme, comme pourraient le souhaiter les Américains, ou même des familles de victimes libanaises.
Distinguo
Le Hezb compte sur la majorité parlementaire. Plus précisément sur le soutien d’Amal, du bloc Hariri, du bloc Joumblatt et du nouveau gouvernement. Mais cela suffirait-il ? Des observateurs en doutent. Ils rappellent que le régime, le gouvernement Karamé et nombre de blocs parlementaires s’étaient opposés au retrait syrien qui a néanmoins eu lieu, à cause de la force des pressions internationales comme de l’unification des rangs opposants intérieurs. Ces sources pensent qu’après la formation du gouvernement, les Américains et la communauté internationale vont se focaliser sur la nécessité de compléter l’exécution de la 1559. Pour désarmer le Hezbollah et les Palestiniens des camps.
Mais d’autres professionnels pensent que ce n’est pas la même chose. Ils font valoir que pour le retrait syrien, il y avait, au-delà des pressions internationales, une exigence nationale islamo-chrétienne. À laquelle le Hezbollah et Amal n’ont pas voulu s’opposer ouvertement, afin de ne pas se voir reprocher un manque d’attachement à la souveraineté nationale. Ils se sont contentés dès lors d’exprimer leur loyauté morale à la Syrie, en même temps que leur allégeance à la patrie. Pour ces sources, en ce qui concerne le désarmement du Hezbollah, on est loin d’avoir une majorité nationale qui y serait favorable. C’est même le contraire, surtout au niveau officiel.
Finalement, beaucoup prônent le dialogue calme, tranquille. Mais des questions se posent. Comment négocier avec un Hezbollah qui se montre intransigeant ? Et puis, quand donc le désarmement deviendrait-il possible ? Après la récupération de Chebaa ? Après celle du Golan, après une paix globale ?
Terjé Roed-Larsen lui-même n’en sait trop rien. Il indique que le dossier du désarmement des milices libanaises et non libanaises est complexe, qu’il nécessite du temps et du doigté, ajoutant que le désarmement du Hezbollah est une affaire libanaise qui doit être traitée par un dialogue intérieur. Mais qu’on ne doit pas oublier que cette affaire n’est pas purement libanaise. Qu’il faut prendre en compte les avis constants selon lesquels il existe d’importants intérêts étrangers derrière le Hezbollah. L’émissaire d’Annan rappelle enfin que le but de la 1559 est d’assurer la souveraineté, l’intégrité territoriale et l’indépendance politique du Liban. Ce qui implique obligatoirement le désarmement de toutes les fractions. Terjé Roed-Larsen conclut en indiquant que le Conseil de sécurité garantit implicitement qu’il n’acceptera aucune agression israélienne ou étrangère contre la souveraineté libanaise, une fois que la Résistance aura livré ses armes.
P. I.
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De ce fait, cette formation a tenu à ce que ses arrangements avec des partis, des courants, des leaderships ou des indépendants se tissent sur des bases dites politiques, et non uniquement conjoncturelles. Elle veut s’assurer d’engagements solides concernant le rejet du désarmement de ses troupes sur le terrain. Et va jusqu’à proférer des menaces, son secrétaire général, sayyed Hassan Nasrallah, répétant que le désarmement est hors de question. Et qu’il couperait toute main se tendant pour désarmer le...