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« La souffrance, c’est tout ce qui nous reste »

Le 11 juillet, Mevludin Oric a quitté son village, situé dans la « zone de sécurité » de Srebrenica, théoriquement sous la protection de l’Onu, après la chute de l’enclave. Avec son père, son cousin et d’autres proches, il a rejoint les hommes qui voulaient s’échapper par la forêt. Son épouse et ses enfants ont gagné la base des Casques bleus de l’Onu installés à Potocari, près de Srebrenica, tout comme des milliers de civils paniqués, s’attendant à y bénéficier de la protection du bataillon néerlandais. Dans la forêt, Oric a évité les tirs d’artillerie et ceux des « snipers ». Mais il a été pris par les soldats serbes deux jours plus tard et était au nombre des 2 500 musulmans rassemblés dans une école du village de Grbavci. Oric affirme avoir vu Mladic devant la porte du gymnase de l’école où avaient été parqués les prisonniers. Il a pensé alors que le général bosno-serbe était venu organiser un échange ou un transfert de prisonniers. Mais après son départ, des soldats ont bandé les yeux des captifs et ont commencé à les faire monter dans des camions. Ils les ont conduits par petits groupes dans un champ et leur ont demandé de s’aligner. « Au moment même où je disais qu’ils ne nous tueraient pas, nous avons entendu des tirs de mitrailleuse et mon cousin est tombé. Je suis tombé moi aussi, alors que je n’étais pas touché », dit-il. Il est resté allongé près du cadavre de son cousin pendant des heures. Pendant ce temps, les soldats amenaient de nouveaux groupes de musulmans, qu’ils exécutaient. Puis il s’est évanoui et, à son réveil, il a entendu des machines creuser une fosse commune. Il a eu peur d’être enterré vivant. Mais tard dans la nuit, les soldats sont partis, et Oric s’est extirpé d’un tas de cadavres. Un autre rescapé a émergé de l’ombre, et tous deux se sont précipités dans la forêt. Ils ont fini par trouver une semaine plus tard, le 21 juillet, des soldats des forces régulières bosniaques. Dix ans plus tard, Oric est toujours hanté par ce souvenir. « La souffrance, c’est tout ce qui me reste. Nous avons souffert à Srebrenica, nous souffrons aujourd’hui », dit-il, assis sur une colline dominant Ilijas, où il vit avec ses quatre enfants et sa mère, ayant pour seul revenu les 75 dollars qu’il touche chaque mois au titre des allocations chômage. « J’espère que Mladic, une fois qu’il sera à La Haye, dira la vérité, qu’il dira où sont les charniers. Parce que mon père est toujours porté disparu. »

Le 11 juillet, Mevludin Oric a quitté son village, situé dans la « zone de sécurité » de Srebrenica, théoriquement sous la protection de l’Onu, après la chute de l’enclave. Avec son père, son cousin et d’autres proches, il a rejoint les hommes qui voulaient s’échapper par la forêt.
Son épouse et ses enfants ont gagné la base des Casques bleus de l’Onu installés à Potocari, près de Srebrenica, tout comme des milliers de civils paniqués, s’attendant à y bénéficier de la protection du bataillon néerlandais.
Dans la forêt, Oric a évité les tirs d’artillerie et ceux des « snipers ». Mais il a été pris par les soldats serbes deux jours plus tard et était au nombre des 2 500 musulmans rassemblés dans une école du village de Grbavci.
Oric affirme avoir vu Mladic devant la porte du gymnase de...