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Le Point À l’ombre du « Big Brother »

C’est Tony Blair, président en exercice, qui a pris l’initiative de convoquer la conférence du G8 et qui en a fixé l’ordre du jour. Terriblement ambitieux, avec une priorité accordée au dossier de l’environnement et surtout à l’Afrique, cette grande oubliée, et pendant trop longtemps, de la bonne vieille planète Terre. Pour peu que les pays les plus riches – Grande-Bretagne, Canada, France, Allemagne, Italie, Japon, Russie et États-Unis – décident de suivre le Premier ministre britannique, il leur faudra chaque année et jusqu’à l’an 2010 verser dans l’escarcelle du continent noir la faramineuse somme de 50 milliards de dollars, effacer 100 pour cent de son ardoise, enfin modifier les règles pour accroître ses chances au grand jeu du commerce mondial. Il est clair qu’un tel programme n’a aucune chance d’être adopté à Gleneagles ; à tout le moins permettra-t-il de redorer quelque peu le blason d’un regroupement qui en a grandement besoin, alors que ne cessent de s’élargir le fossé et de se tendre les rapports entre le Nord et le Sud. Pour décrire la situation et définir les besoins immédiats des pays pauvres, le secrétaire général de l’Onu Kofi Annan a eu des mots qui frappent les esprits. « Ne laissons pas l’histoire nous juger comme ceux qui avaient les ressources financières mais pas les ressources morales ; bien plutôt comme ceux qui étaient forts de leur amour et qui ont aboli la pauvreté », a-t-il dit. Avant d’énoncer cette évidence, en conclusion d’un discours prononcé devant les participants à une conférence organisée à Londres par l’Institut de la cathédrale Saint-Paul : « C’est le moment ou jamais. » L’occasion ne semble pas devoir être saisie, pas plus aujourd’hui qu’hier. Et le chancelier de l’Échiquier Gordon Brown, confronté à une nette opposition américaine, devra se résigner à enfouir au fond de ses tiroirs sa proposition prévoyant des facilités internationales qui permettaient aux pays du tiers-monde d’obtenir des crédits au développement sur le marché international. Les États-Unis toujours. À Copenhague où il a rencontré le Premier ministre danois Anders Fogh Rasmussen avant de se rendre en Écosse, George W. Bush a paru faire une découverte scientifique majeure, déclarant : « Je reconnais que la surface de la terre est plus chaude et que l’augmentation des émissions de gaz à effet de serre provoquée par l’activité humaine contribue au problème. » Mais pour ajouter aussitôt : « Kyoto aurait dévasté notre économie. » Alors, plutôt la dévastation du globe ? Washington consent cependant à œuvrer avec d’autres pays pour un contrôle plus strict des émissions de gaz mais sans aller jusqu’à accepter les clauses du protocole conclu en 1997 au Japon prévoyant une réduction de la pollution de l’ordre de 5,2 pour cent d’ici à 2012. C’est dire si le président américain n’a pas dû trouver à son goût l’appel d’Arnold Schwarzenegger qui a résonné comme une mise en garde. Dans un article publié par The Independent quelques heures avant l’ouverture de la conférence, l’ex-« Terminator » devenu « governator » de la Californie se pose en défenseur d’un environnement propre et ne doute pas un seul instant de la gravité des risques encourus par les Terriens. « Il est temps d’agir, juge-t-il, parce que l’heure n’est plus aux débats. » Et en conclusion cette pique adressée (mais sans le nommer) au locataire de la Maison- Blanche : « Certains croient à tort devoir choisir entre la préservation de l’environnement et la protection de l’économie. Rien ne saurait être plus éloigné de la vérité. » Confronté aux réticences US sur le sujet, le G8 serait tenté de suivre Jacques Chirac, qui a invité, par avance, ses pairs à endosser un communiqué dont l’Amérique serait exclue plutôt que de rentrer chez eux sans avoir réussi à élaborer une solution permettant de diversifier les sources énergétiques et de réduire la part des carburants fossiles. Avec cependant, sous l’impulsion des USA, une nette tendance à l’adoption d’une série de promesses que les années se chargeront de faire oublier. Il reste que le troisième grand problème sur lequel devront se pencher les participants au sommet écossais est – qui l’aurait cru ? – celui de la corruption. Révélation de l’ONG Transparency International : actuellement, des milliards de dollars sont perdus dans des activités illicites, qui pourraient être utilisés dans la lutte contre la pauvreté. Gageons plutôt, sans faire preuve d’un pessimisme excessif, que cet argent continuera de se perdre dans des méandres administratifs que seuls connaissent quelques heureux initiés. De quoi rassurer, piètre consolation, tous ceux qui continuent de croire possible malgré tout le grand nettoyage des écuries d’Augias. Suivez notre regard… Christian MERVILLE
C’est Tony Blair, président en exercice, qui a pris l’initiative de convoquer la conférence du G8 et qui en a fixé l’ordre du jour. Terriblement ambitieux, avec une priorité accordée au dossier de l’environnement et surtout à l’Afrique, cette grande oubliée, et pendant trop longtemps, de la bonne vieille planète Terre. Pour peu que les pays les plus riches – Grande-Bretagne, Canada, France, Allemagne, Italie, Japon, Russie et États-Unis – décident de suivre le Premier ministre britannique, il leur faudra chaque année et jusqu’à l’an 2010 verser dans l’escarcelle du continent noir la faramineuse somme de 50 milliards de dollars, effacer 100 pour cent de son ardoise, enfin modifier les règles pour accroître ses chances au grand jeu du commerce mondial. Il est clair qu’un tel programme n’a aucune chance...