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Actualités - Opinion

OPINION À qui profite la dette publique au Liban ?

Par Hassan AYOUB * Les choix budgétaires impliquent des arbitrages mettant en œuvre l’intérêt de différents groupes. Les arbitrages entre personnes d’une même génération sont souvent faciles à saisir. Au Liban, les rentiers bénéficient du taux d’intérêt appliqué sur la dette publique. Il est plus difficile de comprendre les arbitrages entre personnes de différentes générations, présentes et à venir. En matière de politique ayant un impact sur toutes les générations futures, la réduction de la dette publique doit être au centre du débat. Le Liban a en effet le triste privilège d’avoir accumulé une dette publique record depuis le début des années 1990. Cette dette permet aux générations actuelles de vivre au détriment des générations futures. Toutefois, à partir d’un certain seuil, la dynamique de la dette (le fameux effet boule de neige) devient dangereuse (insoutenable), et sa réduction à un niveau plus acceptable, une nécessité. Un objectif de réduction de la dette publique doit donc être poursuivi. Pour évaluer l’effet des politiques sur les différentes générations, la conception d’un modèle prenant en compte la réaction des différentes générations aux changements de politiques économiques s’impose. Ceci ne fait pas l’objet de notre article. Toutefois, le suivi d’un plan de stabilité ou d’un plan de réduction lente de la dette peut mesurer les implications des choix budgétaires. Pour atteindre ces objectifs, on peut ajuster, soit les dépenses, soit les recettes. La politique de stabilité permet de mieux supporter le poids du vieillissement de la population qui culmine dans les prochaines années. Elle aura à l’avenir l’avantage de réduire considérablement la pression fiscale. Essentiellement pour cette raison, la politique laxiste risque de mener à des problèmes sérieux en termes de ralentissement de croissance économique. Répondons à une question simple pour commencer à résoudre les problèmes les plus compliqués : que se passerait-il si la dette publique au Liban restait à son niveau actuel ? Toutes les futures générations perdront à ne pas réduire la dette publique. Cette perte sera d’autant plus grande que leur date de naissance est lointaine. Toutes les générations actuelles (et celles qui seront nées dans un futur proche) gagneraient si le gouvernement ne suivait pas le plan de stabilité. En revanche, ce sont elles qui porteraient le poids de la réduction de la dette dans un scénario de stabilité. Tous les rentiers gagneront au détriment d’autres groupes sociaux (les producteurs, les consommateurs…). Cet état de fait engendrera un appauvrissement économique de ces groupes, appauvrissement qui aggravera incontestablement les disparités sociales au niveau du pays. Le danger est aussi de les voir rester sur le bord de la route alors que le reste de la société continuera cahin-caha son chemin. Il y a là un problème qui ne relève pas seulement de la dette publique, mais du lien nécessaire entre les générations. En sachant, bien sûr – mais c’est d’une telle évidence qu’on hésite à le répéter –, que la solution est la solidarité intergénérationnelle. * Professeur d’économie à l’Université de Lille 2.
Par Hassan AYOUB *
Les choix budgétaires impliquent des arbitrages mettant en œuvre l’intérêt de différents groupes. Les arbitrages entre personnes d’une même génération sont souvent faciles à saisir. Au Liban, les rentiers bénéficient du taux d’intérêt appliqué sur la dette publique. Il est plus difficile de comprendre les arbitrages entre personnes de différentes générations, présentes et à venir. En matière de politique ayant un impact sur toutes les générations futures, la réduction de la dette publique doit être au centre du débat. Le Liban a en effet le triste privilège d’avoir accumulé une dette publique record depuis le début des années 1990. Cette dette permet aux générations actuelles de vivre au détriment des générations futures. Toutefois, à partir d’un certain seuil, la dynamique...