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BILLET Sunset autoroute

Au cours d’une conférence publique sur l’urbanisme qui s’est tenue à l’Alba, Jacques Beauchard, associé le temps d’un séminaire-express aux étudiants de la faculté d’urbanisme, a exposé une nouvelle vision pour l’autoroute de Jounieh. Beauchard, spécialiste d’aménagement du territoire, responsable d’opérations innovantes en France, s’est voulu d’entrée de jeu choquant. Histoire de nous réveiller de notre torpeur. Ce fut une performance d’acteur réussie à cent pour cent : il nous a enthousiasmés. Avec le bon sens de l’observateur et du pragmatique, il a démontré que l’autoroute, censée au départ n’être qu’un axe de circulation rapide, s’est muée avec le temps en boulevard du négoce, ajoutant qu’il n’y avait pas lieu de sombrer dans la dépression pour autant. Cette anomalie, dit-il, est au contraire bénéfique, source d’enrichissement social, historique, culturel, politique, communautaire, etc. Par sa nouvelle perméabilité, son osmose avec les zones limitrophes, l’autoroute devient un espace public de plein droit avec de nombreuses potentialités. Il a parlé de l’expérience du « ralentissement de la circulation », qui a été réalisée entre La Rochelle et Rochefort et qui s’est révélée être très avantageuse à tous les points de vue. C’est un exemple à suivre. Beauchard se définirait comme un orientaliste. Il se distingue de ceux du XIXe siècle, venus d’Occident surtout, par la sincère sympathie qu’il porte à l’endroit de notre pays. C’est positif. L’enthousiasme de Beauchard ne lui a pas laissé le temps de répondre à quelques questions vitales qui se posent à nous autres, Libanais ordinaires : 1- La société libanaise est motorisée, plus que toute autre peut-être. Le niveau de vie précaire de certains les obligeant de se déplacer et travailler ailleurs pour compenser l’insuffisance du revenu principal de leur foyer, le haut niveau de vie pour d’autres par contre étant tellement élevé qu’ils ne peuvent se passer de posséder une voiture pour chaque membre de la famille. Le dilemme est le suivant : perméabilité et communication rapide peuvent-elles coexister sur une même voie ? 2- Quelle est la nature de cette « architecture du vide » prônée par le conférencier, qui se situerait, comme nous l’avons compris, dans l’emprise de l’autoroute et des zones qui lui sont limitrophes, quelle est-elle donc qui serait en mesure de pallier le chaos des formes, la médiocrité des espaces libres, publics ou privés, le manque de végétation, l’inexistence d’axes urbains clairs, le fiasco esthétique ? Mais, trêve de critique. Il n’y a que les révolutions qui produisent le progrès. Cette « nouvelle vision », qui volontairement dédaigne les clichés éculés qui ont pour nom « patrimoine », « tissus urbains historiques » et autres « contextes » plus désuets les uns que les autres, porte en elle, indiscutablement, les fondements d’un urbanisme contemporain véritable. G. SÉROF

Au cours d’une conférence publique sur l’urbanisme qui s’est tenue à l’Alba, Jacques Beauchard, associé le temps d’un séminaire-express aux étudiants de la faculté d’urbanisme, a exposé une nouvelle vision pour l’autoroute de Jounieh.
Beauchard, spécialiste d’aménagement du territoire, responsable d’opérations innovantes en France, s’est voulu d’entrée de jeu choquant. Histoire de nous réveiller de notre torpeur. Ce fut une performance d’acteur réussie à cent pour cent : il nous a enthousiasmés.
Avec le bon sens de l’observateur et du pragmatique, il a démontré que l’autoroute, censée au départ n’être qu’un axe de circulation rapide, s’est muée avec le temps en boulevard du négoce, ajoutant qu’il n’y avait pas lieu de sombrer dans la dépression pour autant.
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