Entre le marquis de Sade et sa logique, « Ouvrez les prisons ou prouvez votre vertu », et la formule de Saint-Just, « Prouvez votre vertu ou entrez dans les prisons », les Libanais devraient hésiter entre mettre toute la classe politique derrière les barreaux ou libérer tout le monde, innocents (y en a-t-il vraiment ?) et coupables.
Mais les Libanais n’ont pas vraiment le choix. S’il est vrai que le fascisme c’est le mépris, il est encore plus vrai que toute forme de mépris prépare le fascisme. Et ô combien on méprise les Libanais !
D’abord, le découpage électoral. Allez comprendre comment, alors que personne ne la considère comme acceptable, la loi 2000 est adoptée. À coup de scènes tragicomiques dans un Parlement qui n’arrive pas à se réunir. Mais qui, en sortant, vous dira qu’il est contre la loi 2000...
Le mépris, encore : la loi d’amnistie, générale mais avec, malgré tout, des exceptions. Et où l’exception ne confirme pas la règle, sinon tout le monde serait en prison.
Le mépris, le mépris. Ces politiciens-girouettes qui, après avoir bien profité de l’occupant, prétendent être des patriotes, des libérateurs. Alors que la corruption, la mauvaise gestion du pays, l’exclusion d’une grande partie des Libanais étaient leurs principales occupations durant 15 ans. Mais certains ont un instinct politique, acquis et inné, qui leur permet de retourner leur veste quand il le faut. Et se permettent après de donner des leçons d’intégrité et d’éthique politique à ceux qui ont toujours été fidèles à leurs idées.
Le mépris, encore et encore. Les très beaux discours sur le respect de l’autre, l’unité de l’opposition, l’entente cordiale. Les promesses faites le soir et oubliées le matin. Les listes préparées, fermées. Et il faut mendier une place dans l’autobus ! Ils semblent oublier que la démocratie se mesure sur base du rapport des minorités entre elles. Et ils osent parler de l’esprit du 14 mars. Rappel, à ceux qui l’auraient oublié : « Tout pouvoir qui viole le pacte de coexistence est illégitime », Taëf.
Le mépris, encore le mépris. Le changement promis. Alors que l’on reprend les mêmes et on recommence. Une classe politique où souvent seuls les prénoms changent depuis des décennies. Comment espérer qu’un jour les émigrés reviendront ?
Toute révolte suppose une unité. Et si les factions viennent à entraver ce rêve, les dangereuses passions redeviendront, un jour ou l’autre, meurtrières.
Abdo MEDLEJ
Paris
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