Le pragmatique Akbar Hachémi Rafsandjani incarne le choix de la raison à la présidentielle iranienne, mais sa fortune supposée fait grincer des dents de nombreux électeurs, chez qui l’ultra Mahmoud Ahmadinejad suscite soit la franche adhésion, soit la répulsion. À l’annonce de la qualification surprise du maire de Téhéran, les réformateurs ont agité le chiffon rouge : « fascisme », « talismanique », « dictature », « parti des casernes »...
Si M. Ahmadinejad était élu, les conservateurs détiendraient tous les pouvoirs et le pire serait à craindre pour les jeunes, les femmes, les prisonniers politiques, préviennent-ils. Hier, la principale organisation estudiantine iranienne s’est ainsi rangée derrière Rafsandjani afin de barrer la route de la présidentielle à Ahmadinejad. Le Bureau pour renforcer l’unité (BRU), avant-garde du mouvement estudiantin, avait précédemment appelé à boycotter le scrutin, déplorant la sélection drastique opérée en amont par le Conseil des gardiens. Comme plusieurs organisations réformistes, le BRU a mis ses réticences de côté pour soutenir l’ancien président face au maire de Téhéran.
Le quotidien réformateur Iran News présente ainsi le choix qui s’offre aux Iraniens : « Continuer les réformes et protéger les progrès des dernières années ou (...) revenir à une période semblable aux débuts de la révolution, faite de radicalisme, d’extrémisme, de politiques réactionnaires. »
Pour l’équipe de M. Ahmadinejad, ce ne sont là que « propagande » et « travail de dénigrement de la part de ceux dont les intérêts sont menacés ». Quand M. Rafsandjani était président (1989-1997), « tout était canalisé, il n’y avait pas de liberté d’expression. Ahmadinejad n’a pas un tel passé », affirme Abolhassan Faqih, vice-président du quartier général du candidat ultra à Téhéran. Il s’offusque des soupçons selon lesquels le maire de Téhéran entendrait bannir toute mixité, séparant hommes et femmes jusque dans les ascenseurs : « Il ne l’a jamais fait à la mairie, pourquoi le ferait-il à la présidence ? Dans les parcs de Téhéran, les filles et les garçons sont libres. » Ses ennemis disent cet ancien officier de l’armée idéologique méfiant face à la culture : « Allez dans les centres culturels de Téhéran, on écoute de la musique, on montre des films », répond M. Faqih. Contre les voiles laxistes ou les antennes paraboliques, M. Faqih assure que son candidat n’emploiera jamais la force. M. Faqih ne croit pas que la réputation de M. Ahmadinejad en jettera beaucoup dans les bras de son adversaire : le vote de 1997 qui avait vu la victoire du réformateur Mohammed Khatami « était un non au gouvernement de Rafsandjani ».
En appelant à l’union nationale face à l’ « extrémisme », M. Rafsandjani espère tirer profit de la peur que M. Ahmadinejad inspire à nombre d’Iraniens. Mais lui aussi a un problème d’image. Ses supporteurs lui trouvent comme principales qualités d’être « influent », « puissant » et surtout « riche ». Ses ennemis l’ont longtemps présenté comme un homme surtout préoccupé de ses propres intérêts. M. Rafsandjani doit affronter des critiques sur l’origine de sa fortune supposée, affirmant être moins riche qu’avant la révolution.
Le sujet est d’importance dans un pays où le chômage est une plaie, surtout chez les jeunes.
M. Ahmadinejad s’est engouffré dans la brèche, se donnant une image d’ascète, vivant chichement, ne cherchant que l’intérêt général, pas le sien propre. Et chez nombre de citoyens lambda, à qui l’idéologie importe moins que le pain quotidien, l’argument porte.
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