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Actualités - Opinion

Commentaire - De la crise constitutionnelle à la crise européenne

apar Ian DAVIDSON* Depuis le choc du vote « non » des Français et des Néerlandais contre la proposition de traité constitutionnel pour l’Union européenne, la vie politique a suivi son cours inévitable, mais plus rapidement que prévu. Le « non » français fut un coup terrible porté à la crédibilité du président français Jacques Chirac. Il a donc fait ce que les présidents français font généralement dans de telles circonstances : plutôt que d’admettre que les électeurs puissent avoir raison, il a renvoyé le Premier ministre Jean-Pierre Raffarin, qui a servi de bouc émissaire, et l’a remplacé par son protégé, Dominique de Villepin, qui, lui, n’a jamais occupé un poste d’élu. Les avis varient sur les raisons du rejet français du traité constitutionnel. La plupart des analyses suggèrent cependant qu’il était dirigé contre le chômage élevé, exacerbé par la menace qui semble peser sur l’emploi, suite à l’arrivée dans l’Union européenne de nouveaux pays membres d’Europe centrale et d’Europe de l’Est. Naturellement, M. Chirac a immédiatement réaffirmé sa foi dans le modèle économique français. L’implication la plus évidente du vote français est de soulever la question de l’avenir du projet d’intégration historique de l’Union européenne. Plutôt que de l’admettre, M. Chirac s’est dépêché de rendre visite au chancelier allemand, Gerhard Schröder, pour qu’ils puissent réaffirmer conjointement leur alliance traditionnelle en qualité de leaders spirituels de ce projet européen, dans l’espoir que le traité constitutionnel puisse encore être sauvé. Ils n’ont pu cependant nous expliquer comment cela devait être fait. Le gouvernement britannique a essayé de tirer son épingle du jeu, sans prendre parti sur les résultats des élections françaises et néerlandaises, en indiquant que le projet de référendum était suspendu mais cependant pas annulé directement. Si le gouvernement a cru que cette position intermédiaire lui permettrait de se tirer d’affaires en finesse en apaisant la forte majorité antieuropéenne du Royaume-Uni sans offenser gratuitement les autres membres de l’Union européenne, il fut rapidement rappelé à la réalité. L’élargissement de l’an dernier a eu pour conséquence de nous forcer à renégocier de fond en comble tous les aspects du budget de l’Union européenne. La plupart des dix nouveaux membres sont bien plus pauvres que les membres de longue date et sont de ce fait moins capables ou moins enclins à verser de grosses contributions financières. Ils s’attendent en fait à bénéficier financièrement du budget afin de pouvoir se moderniser. Les États membres de longue date, qui ont donc ainsi bénéficié financièrement du budget par le passé, les pays les plus pauvres tels que l’Espagne, la Grèce et le Portugal, veulent que le budget soit relevé afin de continuer à percevoir des fonds. Les États membres les plus anciens, qui ont traditionnellement contribué le plus, comme l’Allemagne et les Pays-Bas, veulent maintenir le budget aussi bas que possible. Dans la perspective de cette négociation prochaine entre anciens et nouveaux membres, entre États riches et États pauvres, et du fait que M. Chirac n’a aucune proposition audacieuse pour la résurrection de la constitution de l’Union européenne, il a cherché et déniché un second bouc émissaire : la Grande-Bretagne bénéficie depuis plus de 20 ans d’une réduction généreuse sur sa grosse contribution au budget de l’Union européenne. De par sa conception, la Politique agricole commune (PAC) de l’Union européenne offre de gros profits financiers aux pays possédant une industrie agricole étendue, comme la France, et impose des pénalités financières sur les pays possédant un secteur agricole de petite taille, comme la Grande-Bretagne. Cette inégalité a toujours laissé un goût saumâtre chez les Britanniques. En 1984, Margaret Thatcher a exigé et obtenu une grosse réduction de la contribution nette britannique, qui s’élève cette année à environ 5 milliards d’euros. Depuis, tous les autres États membres ont mal supporté cette concession. La semaine dernière, M. Chirac a décidé de relever d’un cran la crise européenne en s’attaquant à la Grande-Bretagne. Il est temps, a-t-il déclaré, que « nos amis britanniques » comprennent qu’ils doivent faire un geste de solidarité et renoncent à la réduction qu’avait négociée Mme Thatcher. Le premier réflexe du gouvernement britannique fut de rejeter l’idée que la réduction dont bénéficient les Britanniques soit discutable : elle était justifiée en 1984 et elle reste justifiée aujourd’hui. Entre-temps, Tony Blair est passé à la contre-offensive et a lui-même fait monter les enchères. La Grande-Bretagne, a-t-il déclaré, peut se montrer disposée à négocier la réduction britannique si, seulement si, les Français sont prêts à en annuler le fondement en acceptant une renégociation en profondeur de la PAC de l’Union européenne. D’un point de vue purement britannique, cela peut sembler être une position astucieuse et raisonnable de défense des intérêts britanniques. Pourtant, en relevant le défi de M. Chirac, M. Blair s’est mis en situation de se voir happé loin du dilemme européen général (les mesures à prendre à propos du traité constitutionnel), dans lequel la Grande-Bretagne n’a rien à voir, et précipité dans un problème spécifique (le financement de la PAC) où la Grande-Bretagne se retrouve très isolée. Si elle venait de n’importe quel autre leader que M. Blair, la proposition de renégocier la PAC pourrait sembler raisonnable : en effet, au fil des ans, l’Union européenne a essayé, lentement, de se réformer. Malheureusement, en huit ans de pouvoir, Tony Blair a renforcé l’impression, très répandue dans le reste de l’Union européenne, que le Royaume-Uni reste irrémédiablement sceptique vis-à-vis de l’intégration européenne. Sa proposition sera ainsi perçue pour ce qu’elle est : une contre-offensive sur une politique fondatrice du projet européen. Le danger est que le sommet de l’Union européenne, cette semaine, ne sera pas centré sur les solutions à apporter au dilemme des votes négatifs de la France et des Pays-Bas, sur la proposition de traité constitutionnel, mais plutôt axé sur une confrontation entre la Grande-Bretagne et les autres États membres sur la question budgétaire. Ce serait là bien dommage pour l’Europe et pour la Grande-Bretagne. Cela soulignerait la profondeur du gouffre qui sépare ces leaders, à la recherche de la poursuite de la cause de l’intégration politique européenne, mais qui sont sortis de la perspective de leur électorat, et les Britanniques, qui n’apprécient pas du tout l’intégration politique européenne. *Ian Davidson est conseiller et éditorialiste pour le European Policy Center de Bruxelles. Ancien éditorialiste du Financial Times, son ouvrage le plus récent s’intitule Voltaire in Exile (Voltaire en exil). © Project Syndicate 2005. Traduit de l’anglais par Catherine Merlen.

apar Ian DAVIDSON*

Depuis le choc du vote « non » des Français et des Néerlandais contre la proposition de traité constitutionnel pour l’Union européenne, la vie politique a suivi son cours inévitable, mais plus rapidement que prévu.
Le « non » français fut un coup terrible porté à la crédibilité du président français Jacques Chirac. Il a donc fait ce que les présidents français font généralement dans de telles circonstances : plutôt que d’admettre que les électeurs puissent avoir raison, il a renvoyé le Premier ministre Jean-Pierre Raffarin, qui a servi de bouc émissaire, et l’a remplacé par son protégé, Dominique de Villepin, qui, lui, n’a jamais occupé un poste d’élu.
Les avis varient sur les raisons du rejet français du traité constitutionnel. La plupart des analyses suggèrent...