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L’élargissement de l’UE tangue sous l’effet de la crise

Le double « non » français et néerlandais à la Constitution européenne fait tanguer l’élargissement futur de l’UE, même si les Vingt-Cinq n’en sont pas à remettre en cause leurs engagements passés avec Ankara. Les ministres des Affaires étrangères des Vingt-Cinq ont démontré hier leurs hésitations sur un processus qui a joué un rôle dans l’échec des référendums dans ces pays, où la peur d’une extension infinie de l’UE a nourri le camp du « non ». Réunis à Luxembourg, les chefs de la diplomatie européenne devaient préparer le texte des conclusions du sommet européen de jeudi et vendredi à Bruxelles. « Deux écoles de pensée s’affrontaient », a dit un diplomate. Un premier groupe emmené par le Royaume-Uni, très favorable à l’élargissement, voulait rappeler l’intégralité des engagements pris en décembre 2004 par les dirigeants européens, un long texte très détaillé de plusieurs pages. L’adhésion de la Bulgarie et de la Roumanie y était prévue pour le 1er janvier 2007, l’ouverture des négociations avec la Turquie pour le 3 octobre, sans parler de la Croatie, qui y obtenait aussi une perspective d’entamer des pourparlers. Pour couper court à tout débat potentiellement délicat après les référendums, la présidence luxembourgeoise de l’Union européenne a voulu supprimer toute référence à l’élargissement dans le texte qui sera adopté lors du sommet européen. « La présidence ne voyait pas de raison de rappeler des choses connues. Il n’y avait pas de décisions à prendre », explique un diplomate selon lequel il s’agit d’éviter « une discussion infinie pour en revenir au texte de base ». Mais l’effet de cette suppression a été mesuré et il a été jugé qu’il serait mal perçu dans les pays candidats. Un compromis a finalement été trouvé hier : le sommet de Bruxelles se contentera en une phrase de rappeler les conclusions de décembre et insistera sur la nécessité de les mettre en œuvre, a expliqué un autre diplomate. Un salut amical « C’est un salut amical », a minimisé le chef de la diplomatie allemande, Joschka Fischer, selon lequel les Balkans, par exemple, doivent avoir l’Union européenne en ligne de mire pour éviter tout risque de guerre dans la région. L’épisode peut apparaître technique, mais il dénote l’émergence d’une prise de conscience que les opinions, notamment en France et aux Pays-Bas, estiment que l’élargissement s’est fait trop vite. Et l’ouverture de négociations avec la Turquie est vécue comme une menace. Le nouveau ministre français des Affaires étrangères, Philippe Douste-Blazy, a souligné que le coup d’arrêt donné à la Constitution obligeait à « réfléchir » à l’élargissement. « Il y a d’un côté le respect des engagements et d’un autre côté la situation nouvelle », a-t-il dit à Luxembourg. « Peut-être qu’il y a un manque de débat sur l’élargissement, la pire des choses serait de continuer à ne pas en parler », a-t-il ajouté, en estimant que les nouvelles adhésions ne pourraient se faire sans changer les règles du jeu. Tout en soulignant que, pour la Roumanie et la Bulgarie, les décisions sont prises et « parfaitement cadrées », il a précisé que la France serait vigilante au respect des engagements pris par la Turquie avant l’ouverture des négociations. Selon des diplomates, certains pays envisagent toutefois de retarder d’un an cette échéance tandis que les autres annoncent que le mandat de négociation donné à la Commission sera très strict et comportera des conditions très dures. Un pas important a toutefois été franchi hier puisque l’Union européenne a approuvé un accord élargissant aux dix nouveaux États membres son union douanière avec la Turquie, une condition fixée dans le processus d’ouverture des pourparlers. La Turquie a paraphé ce protocole, qui était sensible pour elle car Chypre figure parmi les dix pays concernés alors que l’île n’est pas reconnue par Ankara, et l’approbation de l’UE permettra aux deux parties de signer officiellement ce document. La Turquie estime que la signature du protocole est une simple formalité et n’implique pas la reconnaissance du gouvernement grec de l’île, alors que pour les Vingt-Cinq cela vaut la reconnaissance de Chypre, un préalable absolu. Les Tchèques désormais opposés à la Constitution européenne L’opinion publique tchèque s’est retournée contre le projet de traité constitutionnel européen, rejeté par les électeurs français et néerlandais, relève un sondage publié hier. Le gouvernement tchèque hésite encore sur la méthode de ratification de ce traité, par voie référendaire ou parlementaire. Mais si un référendum avait lieu aujourd’hui, 19 % des personnes interrogées l’approuveraient contre 29 % d’un avis contraire. Un quart des répondants estime inutile, après les victoires du non en France et aux Pays-Bas, de poursuivre le processus européen de ratification de ce texte. De son côté, le Danemark pourrait renoncer à son référendum sur le traité constitutionnel européen si le Conseil européen n’apporte aucun éclaircissement sur le sort du texte, a prévenu hier le ministre danois des Affaires étrangères.

Le double « non » français et néerlandais à la Constitution européenne fait tanguer l’élargissement futur de l’UE, même si les Vingt-Cinq n’en sont pas à remettre en cause leurs engagements passés avec Ankara.
Les ministres des Affaires étrangères des Vingt-Cinq ont démontré hier leurs hésitations sur un processus qui a joué un rôle dans l’échec des référendums dans ces pays, où la peur d’une extension infinie de l’UE a nourri le camp du « non ». Réunis à Luxembourg, les chefs de la diplomatie européenne devaient préparer le texte des conclusions du sommet européen de jeudi et vendredi à Bruxelles. « Deux écoles de pensée s’affrontaient », a dit un diplomate.
Un premier groupe emmené par le Royaume-Uni, très favorable à l’élargissement, voulait rappeler l’intégralité des...