Le régime égyptien et les islamistes ont imposé leurs tabous aux universités sur le sexe, la politique et la religion, donnant naissance à des générations d’étudiants apathiques, incapables de contester l’ordre établi, dénonce un rapport de Human Rights Watch (HRW). « L’autocensure et les problèmes institutionnels contribuent également à créer un climat rendant les professeurs et les étudiants trop craintifs et apathiques pour défier le statu quo », déplore ce rapport de plus de cent pages, intitulé « Lire entre les lignes rouges ».
« Les études supérieures en Égypte ont besoin d’urgentes réformes. La répression exercée par le gouvernement entrave la vie universitaire dans la recherche, les activités estudiantines et concernant les manifestations sur les campus », ajoute-t-il. Le rapport de HRW a été rédigé par Bonnie Docherty, qui a commencé son enquête en 2003 et rencontré un éventail de plus de 80 professeurs, étudiants et responsables, et visité plusieurs universités d’Égypte, notamment celles du Caire et d’Alexandrie. « Les lignes rouges englobent trois sujets controversés qui sont soumis à inquisition : la politique, la religion et le sexe », affirme le document.
Le rapport va à la recherche des racines de l’immixtion des autorités et des islamistes dans la confection des programmes universitaires qui, écrit-il, empêchent les étudiants de penser librement et de s’épanouir.
La police, qui se tient constamment à proximité des campus, cible les professeurs et les étudiants, surtout de gauche ou islamistes, qui sont arrêtés et torturés, selon le rapport. Le document cite des témoignages de victimes qui affirment avoir été soumises à des sévices sexuels pour leur opposition au régime ou lorsqu’elles sont prises dans des manifestations. Paradoxalement, « les autorités ne protègent pas la liberté académique attaquée par des militants islamistes ».
La décision du gouvernement en 1994 de nommer les doyens des facultés, jusque-là élus par les conseils des universités, a permis de placer des personnalités proches du Parti national démocratique (PND, au pouvoir) à ces postes-clés et de contrôler les programmes, en les expurgeant de toute critique du régime. « Critiquer le président Hosni Moubarak est une ligne rouge à ne pas franchir », affirment des professeurs et étudiants cités par le rapport de HRW. Il détaille les moyens par lesquels « des privés, surtout les militants islamistes, ont créé une atmosphère d’intimidation que les autorités ont parfois encouragée et parfois tolérée au grand détriment de la liberté académique ».
Un exemple est la condamnation dans les années 1990 pour « apostasie » du professeur Nasr Hamed Abou Zeid, qui avait publié une recherche sur le Coran, jugée « non conforme » par les autorités islamiques officielles. Contraint à l’exil de crainte pour sa vie, il vit depuis aux Pays-Bas. « Pour éviter les problèmes et les critiques des islamistes », l’État impose depuis des restrictions draconiennes sur les études et recherches liées à la religion, dit le rapport. Une autorisation du Centre national pour la mobilisation et les statistiques (CAPMAS, organe d’État) est requise pour entamer toute recherche universitaire, précise le rapport. Le CAPMAS exige de connaître d’avance les questions posées aux chercheurs.
La nécessité d’obtenir l’autorisation du bureau du censeur pour importer des ouvrages éducatifs ou autres a considérablement limité la diversité culturelle. L’Université américaine du Caire (AUC) et les importateurs affirment ainsi prendre d’infinies précautions au moment d’établir leurs commandes pour échapper aux foudres de la censure. Une professeur de littérature à l’AUC a été critiquée et menacée par des parents qui l’accusaient de « corrompre » leurs enfants parce qu’elle avait prévu dans son programme une autobiographie de l’écrivain marocain Mohammed Choukri, incluant des passages érotiques sur des pratiques homosexuelles, selon le rapport.
Lamia RADI (AFP)
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« Les études supérieures en Égypte ont besoin d’urgentes réformes. La répression exercée par le gouvernement entrave la vie universitaire dans la recherche, les activités estudiantines et concernant les manifestations sur les campus », ajoute-t-il. Le rapport de HRW a...