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UNE ŒUVRE, UNE HISTOIRE «Le sacre de l’empereur» de J-L David (Photo)

Que cache La Joconde derrière son sourire? Mais aussi que regarde La jeune fille au turban de Vermeer et pourquoi la femme est-elle nue dans Le déjeuner sur l’herbe de Manet? Ou encore quelle est la portée politique du Radeau de la Méduse de Géricault? Des questions auxquelles beaucoup d’artistes et d’historiens ont tenté d’y répondre. Réflexion sur les dessous des toiles. Difficile de procéder chronologiquement ou par ordre de préférence pour effectuer un choix. Mais puisqu’il faut bien commencer la série par une de ces œuvres qui ont jalonné l’aventure humaine, ce sera cette fois-ci Le couronnement de l’empereur et de l’impératrice de David, une des plus grandes fresques de l’histoire de France. Lorsque le peintre a rencontré pour la première fois Bonaparte en 1798, il était âgé de cinquante ans et avait décidé de prendre quelques distances avec les conflits de la France contemporaine. De son parcours jusque-là, l’histoire retient qu’il était le disciple de Joseph-Marie Vien, premier grand peintre néoclassique français, et qu’il s’intéressait davantage au portrait qu’aux grandes compositions. Devenu par la suite député à la Convention en 1792, il a mis son art au service de son engagement en portraiturant et immortalisant les grandes heures tragiques et héroïques de la Révolution comme, par exemple, Le serment du jeu de paume ou La mort de Marat. En 1804, Napoléon se fait proclamer «empereur des Français». Il fait venir le pape Pie VII de Rome afin de procéder au sacre qui allait avoir lieu à Notre-Dame de Paris le 2 décembre 1804. La cour impériale, qui participerait aux fastes, se devait d’être digne de l’ancien régime. Quoi de mieux que de faire appel à David qui travaillait pour lui depuis quelques années? Le 18 décembre 1804, cet artiste touche au sommet de sa carrière en devenant le premier peintre de l’empereur. Mais si l’attribution de ce titre confirme la confiance de Napoléon pour le peintre, ce dernier ne jouira jamais d’une indépendance complète. Son travail fera les frais des revirements du colérique empereur ainsi que des finances résistantes de l’Administration. L’histoire revue et corrigée Le couronnement de l’empereur et de l’impératrice en est la preuve vivante. Cet épisode symbolique, de la plus haute importance pour la nouvelle dynastie impériale et représenté par le plus grand portraitiste de son temps, allait devenir un instrument de propagande. Par souci de vérité, David s’est alors employé à reproduire tous les ornements royaux et impériaux fabriqués pour la circonstance (sceptre, couronnes, colliers, anneaux…). Par ailleurs, la répartition des groupes dans cette assemblée, qui comprenait un empereur, plusieurs rois, un pape, des princes et d’autres autorités, devait répondre à un certain protocole. C’est pourquoi, soucieux de l’éthique, il fait construire une maquette de l’intérieur de Notre-Dame de Paris où il place des petites figures en pied dans le costume et l’attitude que les personnages avaient à la cérémonie du sacre. Au cours des années que dure l’exécution de la toile, le peintre a subi à plusieurs reprises les pressions des hauts dignitaires qui souhaitaient occuper une place plus centrale dans la toile ou avoir d’autres ornements. Mais les corrections effectuées par l’empereur furent les plus flagrantes et les plus inhabituelles. Il exige que sa propre mère, pourtant absente ce jour-là, soit bien en vue dans une tribune dominant la scène et demande à David de représenter le pape, non comme le témoin récalcitrant et passif qu’il a été durant cette cérémonie, mais bénissant le couronnement: «Je ne l’ai pas fait venir de si loin, dira-t-il, pour ne rien faire.» Mais au-delà des différentes manipulations auxquelles ce tableau a donné lieu et de l’exactitude de la scène, le couronnement frappe par la vérité psychologique qui s’en dégage. David, grâce à son talent génial, a pu reproduire l’expression de respect sur tous les visages, suscitée tant par la crainte et l’envie que par l’ambition. Et cela dans son intégralité. Colette Khalaf
Que cache La Joconde derrière son sourire? Mais aussi que regarde La jeune fille au turban de Vermeer et pourquoi la femme est-elle nue dans Le déjeuner sur l’herbe de Manet? Ou encore quelle est la portée politique du Radeau de la Méduse de Géricault? Des questions auxquelles beaucoup d’artistes et d’historiens ont tenté d’y répondre. Réflexion sur les dessous des toiles.
Difficile de procéder chronologiquement ou par ordre de préférence pour effectuer un choix. Mais puisqu’il faut bien commencer la série par une de ces œuvres qui ont jalonné l’aventure humaine, ce sera cette fois-ci Le couronnement de l’empereur et de l’impératrice de David, une des plus grandes fresques de l’histoire de France.
Lorsque le peintre a rencontré pour la première fois Bonaparte en 1798, il était âgé de...