Les manifestations étudiantes, la radicalisation de l’opposition et, surtout, les violences de cette semaine remettent en cause le processus démocratique lancé en Éthiopie avec le scrutin du 15 mai et font craindre à certains experts un repli autoritaire du pouvoir.
Après plusieurs jours de contestation des résultats partiels des législatives, les forces de sécurité éthiopiennes ont ouvert le feu mercredi sur la foule à Addis-Abeba, faisant au moins 26 morts et une centaine de blessés.
Mais rien ne dit que les appels au calme lancés notamment de Washington permettront d’apaiser une situation qui a dégénéré alors même que les législatives du 15 mai avaient été saluées par les diplomates comme les plus démocratiques de l’histoire éthiopienne.
Beaucoup d’experts ont attribué ces violences, les plus graves en Éthiopie depuis 2001, à une rigidité des autorités directement liée à la tradition politique de l’Éthiopie, forgée par des décennies de dictature.
Selon eux, la gestion brutale des manifestations par les forces de sécurité serait autant en cause que la radicalisation du discours de l’opposition. « La police a réagi comme elle l’aurait fait par le passé. Ils ne savent pas comment gérer les manifestations, donc ils réagissent de façon excessive », a déclaré William Zartman, un spécialiste des questions africaines à l’université John Hopkins du Maryland. « Si les deux parties continuent de réagir de façon disproportionnée, le processus démocratique en pâtira. »
Simon Bereket, le ministre de l’Information, n’était pas disponible dans l’immédiat.
Les deux parties se sont renvoyé la responsabilité de ces violences. L’opposition accuse le Front démocratique révolutionnaire du peuple éthiopien (FDRPE), au pouvoir depuis 1991, d’avoir truqué les élections. Les autorités ont parlé de pillards encouragés par l’opposition.
En moins d’un mois, l’ambiance à Addis-Abeba s’est incontestablement crispée. Les rues, qui, le 15 mai, grouillaient d’électeurs enthousiastes, restaient hier désertes, quand elles n’étaient pas sillonnées de patrouilles sur le qui-vive.
« 2000 ans de centralisme »
L’Éthiopie qui, hormis la parenthèse italienne, se targue de n’avoir jamais été colonisée, peine toujours à s’émanciper d’une tradition féodale séculaire et à enterrer définitivement les tentations autoritaires, après les 44 années de règne de l’empereur Hailé Sélassié et les 17 années de la dictature sanglante du lieutenant-colonel Mengistu Hailé Mariam. Ce dernier avait été chassé du pouvoir en 1991 par la double rébellion érythréenne et tigréenne. Au pouvoir depuis lors, l’ancien dirigeant de la guérilla du Tigré Meles Zenawi a été salué par la communauté internationale pour le respect des principes démocratiques lors de la campagne pour les législatives du mois dernier.
À Addis-Abeba, certains habitants observent aujourd’hui des similitudes entre la situation actuelle et celle de 1974, avant le coup d’État de Mengistu. « C’est comme cela que ça c’est passé quand ils ont renversé Hailé Sélassié. Les magasins étaient fermés, il y avait une grève, puis les militaires ont pris le pouvoir », a déclaré un fonctionnaire d’une cinquantaine d’années.
David Shinn, ancien ambassadeur des États-Unis en Éthiopie, met en garde contre le risque d’un retour en arrière. « Meles et le FDRPE ont ouvert la porte à la démocratie. Il est capital qu’ils ne gâchent pas cette occasion », a-t-il dit. « J’espère qu’on ne reviendra pas sur ce processus. Mais l’histoire éthiopienne pointe plutôt vers le sens contraire. L’Éthiopie a connu 2000 ans de centralisme. »
Embarras de l’Union africaine
Des millions de personnes ont participé aux élections. L’opposition a multiplié par dix sa représentation au Parlement et notamment réalisé une percée dans la capitale, son bastion. Mais l’annonce des résultats définitifs a été repoussée en raison des accusations de fraudes électorales contre le pouvoir.
La Coalition pour l’unité et la démocratie (CUD), principale formation de l’opposition, a critiqué dans un langage d’une rare violence le gouvernement pour cette décision.
« Vu l’importance du délai dans l’annonce des résultats et compte tenu de la rhétorique incendiaire de la CUD, il n’est pas difficile de comprendre la nervosité du gouvernement », a confié Chris Albin-Lackey, de Human Rights Watch.
L’Union africaine, dont le secrétariat est basé à Addis-Abeba, pourrait commencer à être gênée par l’instabilité éthiopienne, ont fait savoir des diplomates. Le porte-parole de l’UA, Adam Thiam, a fait savoir qu’un communiqué était en cours de rédaction.
Katie Nguyen/Reuters
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Les manifestations étudiantes, la radicalisation de l’opposition et, surtout, les violences de cette semaine remettent en cause le processus démocratique lancé en Éthiopie avec le scrutin du 15 mai et font craindre à certains experts un repli autoritaire du pouvoir.
Après plusieurs jours de contestation des résultats partiels des législatives, les forces de sécurité éthiopiennes ont ouvert le feu mercredi sur la foule à Addis-Abeba, faisant au moins 26 morts et une centaine de blessés.
Mais rien ne dit que les appels au calme lancés notamment de Washington permettront d’apaiser une situation qui a dégénéré alors même que les législatives du 15 mai avaient été saluées par les diplomates comme les plus démocratiques de l’histoire éthiopienne.
Beaucoup d’experts ont attribué ces violences, les plus...