Petit émirat conservateur du Golfe et riche producteur de pétrole et de gaz, le Qatar devient officiellement aujourd’hui une monarchie constitutionnelle avec l’entrée en vigueur de sa première Constitution depuis l’indépendance du pays, en 1971. « L’entrée en vigueur de la Constitution permanente représente un événement historique et glorieux pour le Qatar », estime M. Sultan ben Abdallah al-Souidi, secrétaire d’État au ministère de la Justice. « Avec cette Constitution, le Qatar se hisse à un niveau avancé de civilisation », estime M. Souidi. « La Constitution représente une base fondamentale pour le processus politique », ajoute-t-il. Elle stipule notamment la séparation des pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire. Mais elle maintient le pouvoir exécutif entre les mains de l’émir et de son cabinet. Adoptée par référendum à 96,6 %, le 29 avril 2003, elle ébauche la mise en place d’une vie parlementaire au Qatar, avec l’élection au suffrage universel direct des deux tiers des 45 membres du Majlis al-Choura (Conseil consultatif). Les 15 autres membres du Majlis seront désignés par l’émir.
Si la Constitution institue la liberté d’opinion, de presse et de culte, elle n’autorise cependant pas la formation de partis politiques, également interdits dans les autres monarchies pétrolières du Golfe. En outre, un article de la Constitution prévoit que celle-ci ne pourra être amendée dans les dix années à venir. « La Constitution place le Qatar au cœur de la modernité et de la démocratie », a cependant estimé M. Youssef Abidan, membre du comité de rédaction de la Constitution. Pour cet universitaire, « c’est l’avènement véritable de la démocratie et de la liberté. C’est une étape importante sur la voie de la consolidation de l’État de droit ». Ses confrères, Mohammed el-Mesfer, professeur de sciences politiques à l’Université du Qatar, et Abdel Hamid al-Ansari, ex-doyen de la faculté d’études islamiques, s’accordent à qualifier ce jour d’ « historique ».
Plusieurs autres personnalités, citées ces derniers jours par la presse locale, versent dans le même sens.
L’actuel émir, cheikh Hamad ben Khalifa al-Thani, a engagé son pays sur la voie de l’ouverture politique depuis son accession au pouvoir en 1995.
Il a accordé le droit de vote et d’éligibilité aux femmes. Plusieurs ont été nommées ces dernières années à la tête d’institutions officielles importantes.
La population autochtone du Qatar est estimée à quelque 150 000 personnes, sur une population totale d’environ 750 000 habitants.
Cheikh Hamad, dont le pays ambitionne de devenir le premier exportateur de gaz au monde, a ouvert l’économie du pays ainsi que son marché financier aux investisseurs étrangers, qui pourront acquérir jusqu’à 25 % des compagnies cotées en Bourse.
L’émir multiplie les initiatives pour donner une place de choix à son pays sur l’échiquier régional. Il a renforcé les relations du Qatar avec les États-Unis, qui veulent lancer un processus de réformes politiques et économiques dans l’ensemble du monde arabe.
Le Qatar a ainsi accueilli le QG des forces aériennes américaines pour le Golfe et le poste avancé du commandement américain pour la guerre d’Irak.
L’émirat a également accueilli plusieurs forums et séminaires internationaux. En janvier 2004, il avait même organisé une conférence sur les droits de l’homme, un évènement rare dans le Golfe où les gouvernements sont régulièrement accusés de violer ces droits.
Le Qatar est connu surtout par sa chaîne de télévision satellitaire al-Jazira. Depuis son lancement en 1996, elle a irrité bon nombre de capitales arabes par son franc-parler, qui la situe à l’avant-garde du paysage médiatique de la région.
La chaîne est dénoncée régulièrement par Washington, qui l’accuse de se faire le porte-parole des groupes les plus extrémistes, notamment en Irak.
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