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Conmmentaire - Sauver les arbres de la vie

Par Claude Martin et Ian Johnson* Personne ne peut finir sa journée sans avoir utilisé un produit dérivé de la forêt. Dans une mesure plus importante qu’on ne le croit généralement, le papier sur lequel on écrit, l’eau qui coule de nos robinets, les médicaments qui nous soignent, le bois dont nos maisons et nos meubles sont faits viennent tous de la forêt. Les forêts nous donnent l’air frais que nous respirons et abritent des espèces en voie de disparition. Elles nous offrent aussi des lieux de loisirs, ce qui devient toujours plus important dans la complexité de notre monde. Environ 1,5 milliard d’individus vivant dans les zones rurales pauvres dépendent directement des forêts pour leurs besoins de base en nourriture et bois de chauffage. Pourtant, la déforestation se poursuit. Chaque année, nous perdons 14,6 millions d’hectares de forêts, soit une zone presque aussi grande que quatre fois la Suisse. La gestion irresponsable des forêts, accentuée par des réglementations et obligations gouvernementales trop faibles, et les marchés qui récompensent l’abattage illégal conspirent tous à priver le monde de ses forêts les plus précieuses et les plus menacées. Quand les forêts commencent à disparaître, tout un ensemble de problèmes environnementaux, sociaux et économiques suivent généralement, qui nous affectent tous d’une manière ou d’une autre. L’île de Sumatra en Indonésie en est un bon exemple. Les entreprises de pâtes et papiers entreprennent une destruction endémique et illégale des forêts qui abritent la plus grande diversité de plantes au monde. Il est fort probable que des plantes encore inconnues disparaîtront dans le processus tout comme les espèces en voie de disparition telles que le rhinocéros et l’éléphant de Sumatra, ainsi que l’orang-outang. Quand la forêt de Sumatra aura disparu, des communautés entières se retrouveront également sans lieux de vie appropriés ni aucun moyen décent de gagner leur vie. De plus, la distorsion que le commerce de produits illégaux et produits à bon marché impose aux marchés mondiaux est cause de difficultés pour les citoyens responsables. Les pays en développement perdent 15 milliards USD de revenus fiscaux chaque année du fait de l’abattage illégal. Pour compliquer le tout, la demande de bois pour la reconstruction, suite au tsunami de l’an dernier, a intensifié une demande déjà insoutenable vis-à-vis des forêts de Sumatra. Les bassins de l’Amazone et du Congo sont l’objet de menaces similaires. Une étude récente des Nations unies, l’Évaluation des écosystèmes pour le millénaire (EM), montre que les forêts et d’autres régions importantes connaissent un grave déclin du fait de leur mauvaise gestion et continueront à disparaître si des mesures de protection sérieuses ne sont pas mises en place. Les informations publiées par le gouvernement brésilien montrent que la déforestation de forêts irremplaçables en Amazonie, du fait des conversions agricoles a atteint 2,6 millions d’hectares l’an dernier, ce qui porte le total de la zone de déforestation de l’Amazonie à 17 %. Pourtant, la bataille contre la déforestation n’est pas encore perdue. Différents organisations, mouvements de défense et entreprises, inquiets de l’état des forêts mondiales, œuvrent de concert pour renverser le phénomène de déforestation et améliorer la gestion des forêts. Ainsi, par exemple, le WWF (World Wildlife Fund) et la Banque mondiale ont aidé le gouvernement brésilien à lancer une initiative destinée à établir de nouvelles zones de protection de la forêt sur plus de 17 millions d’hectares sous forme de parcs nationaux. La coopération du WWF et de la Banque mondiale a également motivé d’autres partenaires à établir un fonds d’affectation spéciale pour gérer ces zones protégées à perpétuité. De même, une réunion au sommet des dirigeants des pays du bassin du Congo a permis une coopération transfrontalière pour la conservation des forêts et leur gestion éclairée. Tout cela a mené par la suite au déblocage de 53 millions USD de la part du département d’État des États-Unis pour promouvoir la conservation des forêts du Congo. Depuis la première rencontre des dirigeants en 1999, 3,5 millions d’hectares de zones protégées ont été nouvellement organisés dans le bassin du Congo. Néanmoins, vu les conséquences du tsunami asiatique de décembre dernier, le poids des arguments fournis par le EM et les statistiques sur la déforestation des régions les plus critiques, nous devons poursuivre nos efforts. La Banque mondiale et le WWF ont récemment promis d’œuvrer à la réduction de 10 % du taux mondial de déforestation pour 2010 et de travailler avec les institutions des secteurs publics et privés pour permettre des réalisations ambitieuses en matière de conservation des forêts. Les études du WWF montrent que si les forêts mondiales sont partagées entre différents usages, dont la protection de certaines zones, la gestion commerciale responsable et la restauration des paysages forestiers, nous pourrons subvenir aux besoins mondiaux en produits forestiers tout en conservant les valeurs environnementales et sociales essentielles à notre avenir proche. Les dirigeants d’entreprises, les gouvernements, les organisations de la société civile doivent tous jouer leur rôle dans la réalisation de cette vision. *Le Dr Claude Martin est le directeur général du WWF International et Ian Johnson est le vice-président attaché au Développement durable à la Banque mondiale. © Project Syndicate 2005. Traduit de l’anglais par Catherine Merlen.
Par Claude Martin et Ian Johnson*

Personne ne peut finir sa journée sans avoir utilisé un produit dérivé de la forêt. Dans une mesure plus importante qu’on ne le croit généralement, le papier sur lequel on écrit, l’eau qui coule de nos robinets, les médicaments qui nous soignent, le bois dont nos maisons et nos meubles sont faits viennent tous de la forêt. Les forêts nous donnent l’air frais que nous respirons et abritent des espèces en voie de disparition. Elles nous offrent aussi des lieux de loisirs, ce qui devient toujours plus important dans la complexité de notre monde. Environ 1,5 milliard d’individus vivant dans les zones rurales pauvres dépendent directement des forêts pour leurs besoins de base en nourriture et bois de chauffage.
Pourtant, la déforestation se poursuit. Chaque année, nous perdons...