Samir Kassir était l’un de ces rares, voire rarissimes intellectuels qui, au Liban, tiennent leur véritable rôle : celui de faire avancer la société. Il mettait sa fulgurante intelligence, son aura, son énergie, et son courage au service de cette cause inhérente au malheur des Arabes.
« L’impuissance… l’emblème du malheur arabe aujourd’hui » qui a été son souci majeur, et l’objet de sa réflexion, l’a réduit sauvagement à l’impuissance. Cela, parce qu’il n’y a jamais rien de plus féroce que la déraison des impuissants qui se transforment alors en francs-tireurs de la libre parole.
Comme dans une tragédie grecque, son héroïsme est devenu source de malheur. C’est là que réside l’ironie tragique de sa mort, puisque son assassinat met fin à son combat acharné pour la liberté et pour l’affranchissement du monde arabe de l’emprise des artisans de son malheur.
Lorsque, le 13 avril dernier, il a posé la première pierre pour un projet de mémorial en hommage aux victimes de la guerre du Liban, aucun des membres présents du comité Mémoire pour l’avenir dont il est l’un des piliers ne pouvait se douter qu’il serait à son tour victime de cette violence qui nous rappelle tant la guerre. Cela, alors que la motivation principale de son action depuis cinq ans était justement de prévenir la violence.
Le dernier document qu’il aura signé, juste la veille de sa mort, est celui des statuts de notre association. Il entérinait par là sa conviction de la nécessité d’un travail de mémoire pour une véritable réconciliation nationale, fondée sur un apaisement des blessures du passé. Un travail que nous voulions ensemble conforme aux exigences de ce que Paul Ricœur appelle « une politique de la juste mémoire ».
Notre fidélité à la mémoire de Samir Kassir, héros positif, que n’ont pu dompter les héros négatifs qui nous dominent, serait de poursuivre cette action, en appliquant, en l’occurrence, la charte qu’il a contribué à élaborer dans le cadre de notre comité. Celle-ci inclut des propositions susceptibles de répondre à la quête de justice et de vérité des Libanais, afin que la démocratie à laquelle ils aspirent ne soit plus galvaudée, mais réponde à son exigence première: la protection par l’humanisme de l’humanité.
C’est ce combat qui nous aiderait avec le temps à faire, un jour, le deuil de Samir.
Amal MAKAREM
Samir Kassir était l’un de ces rares, voire rarissimes intellectuels qui, au Liban, tiennent leur véritable rôle : celui de faire avancer la société. Il mettait sa fulgurante intelligence, son aura, son énergie, et son courage au service de cette cause inhérente au malheur des Arabes.
« L’impuissance… l’emblème du malheur arabe aujourd’hui » qui a été son souci majeur, et l’objet de sa réflexion, l’a réduit sauvagement à l’impuissance. Cela, parce qu’il n’y a jamais rien de plus féroce que la déraison des impuissants qui se transforment alors en francs-tireurs de la libre parole.
Comme dans une tragédie grecque, son héroïsme est devenu source de malheur. C’est là que réside l’ironie tragique de sa mort, puisque son assassinat met fin à son combat acharné pour la liberté et pour...
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