Une opposition démocratique existe en Ouzbékistan, mais elle est paralysée par des années de persécution politique et seul un fort soutien international pourrait l’aider à relever la tête.
« L’avenir des partis d’opposition dépend de la réaction de la communauté internationale aux événements d’Andijan », théâtre d’une insurrection réprimée dans le sang par les forces de l’ordre le 13 mai, estime le politologue indépendant Komran Aliev.
Leur situation actuelle est déplorable : aucun des trois importants partis d’opposition, Birlik (Unité), Erk (Liberté) ou Ozod Dehkonlar (Paysans libres) n’est officiellement enregistré, et les leaders des deux premiers sont en exil.
Birlik avait un réseau régional bien développé, et si ses partisans restent, son travail est paralysé. Quant à Erk, il n’arrive à travailler qu’à Tachkent, souligne Komran Aliev.
« Chaque parti a beaucoup de sympathisants, mais qui ont peur de s’afficher ouvertement. Dans le passé le gouvernement a puni ceux qui avaient signé les listes de soutien pour que les partis soient enregistrés », souligne un autre politologue, Komolidine Rabbimov.
Leurs idées démocrates « séduisent. Mais ils sont mal organisés et leur situation financière est déplorable », poursuit-il.
Ces trois partis ont joué un rôle très important pour éclairer les événements d’Andijan : Birlik et Erk, qui ont des départements chargés de la défense des droits de l’homme, ont fermement condamné la répression alors qu’Ozod Dehkonlar a fait un travail de recensement des morts à Andijan, faisant du porte-à-porte et annonçant au moins 745 morts.
Mais ils ne sont pas pour l’instant allés plus loin, n’osant prendre la relève du mouvement protestataire. « L’opposition ne veut pas prendre de risques. Elle veut changer la situation mais pas de manière sanglante. Elle attend de voir quels seront les effets des réactions internationales sur le pouvoir », souligne M. Rabbimov. Mais déjà, elle dit son amertume après les premiers commentaires de Moscou et de Washington, deux alliés stratégiques du président Islam Karimov.
« La Russie soutient ouvertement Karimov alors que les États-Unis mènent une politique de deux poids, deux mesures : ils prônent une démocratisation, mais ils ne veulent pas rompre avec Karimov qui leur a offert une base aérienne », s’insurge Vassila Inoïatova du parti Birlik.
« L’Ouzbékistan n’est pas une superpuissance capable de résister aux pressions. L’Amérique aurait pu influencer Karimov pour que les partis d’opposition soient enregistrés, mais cela ne l’intéresse pas » visiblement, ajoute un juriste proche de Birlik qui préfère rester anonyme.
Pour Atanadar Aripov du parti Erk, « l’Amérique a agi au profit du régime, et toute aide humanitaire octroyée à l’Ouzbékistan visait à soutenir la dictature ». Quant à l’éventualité de voir les islamistes prendre le pouvoir en Ouzbékistan, une menace brandie par le pouvoir en place, elle est rejetée par tous les commentateurs indépendants, selon lesquels les idées radicales ne sont partagées ni par les élites dirigeantes ni par les opposants. « Les Ouzbeks ont une mentalité religieuse, mais n’en ont pas le comportement », souligne M. Rabbimov.
Les analystes doutent cependant que les États-Unis soutiennent l’opposition comme ils l’avaient fait en Ukraine ou en Géorgie, où l’ancien régime a été renversé par des révolutions pacifiques. « Pour l’Amérique, le petit Ouzbékistan est l’un des pays où la démocratie peut attendre », estime Komran Aliev.
Komolidine Rabbimov pense pour sa part que Washington pourrait miser pour remplacer Karimov sur quelqu’un de loyal au régime comme le sénateur Sadyk Safoïev, ancien ministre des Affaires étrangères et ex-ambassadeur aux États-Unis.
Olga NEDBAEVA (AFP)
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