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Actualités - Opinion

Spécial - Le Figaro L’Europe a besoin d’une France visionnaire (photo)

Par Romano PRODI * Le 29 mai, tous les Européens regarderont la France attendant le verdict des Français sur la Constitution. Une fois encore, le pays qui a toujours été un des plus grands inspirateurs et animateurs du processus d’intégration européenne est appelé à faire un choix décisif pour le futur de notre projet commun. Car c’est exactement de cela dont il s’agit : du oui ou du non français à la Constitution dépendra l’avenir de l’Europe que nous voulons. Pour ma part, j’appartiens résolument à ceux qui veulent et se battent pour une Europe forte, qui sache répondre aux besoins réels de ses citoyens et qui puisse assumer le rôle qui lui revient sur la scène mondiale : une Europe démocratique et sociale à l’intérieur, protagoniste de la paix et de la sécurité humaine à l’échelle globale. Ceux qui partagent ce projet, défendu et promu depuis toujours par la France, devront approuver la nouvelle Constitution. La Constitution représente non seulement un progrès très significatif par rapport aux textes existants, mais aussi un point de passage décisif vers une Europe plus démocratique, plus solidaire et plus efficace. Elle nous fournit un cadre politique et institutionnel nouveau à l’intérieur duquel nous pourrons enfin avancer dans les domaines où l’intégration piétine et où elle reste insuffisante aujourd’hui, comme la gouvernance économique, la dimension sociale, l’égalité des chances, les services publics ou encore la politique étrangère et de défense. Nous, les Européens, nous trouvons tous devant une opportunité historique pour renforcer et approfondir notre Union. Nous devons la saisir. Il est très important que l’ensemble des Parlements et des peuples européens fassent le choix de l’Europe et de l’intégration. Mais il est absolument essentiel que la France dise oui à « sa Constitution ». Si un autre pays européen rejette la Constitution, cela reste en effet un problème national ; alors que si la France fait ce choix, le problème devient européen car une Europe forte et intégrée ne peut exister sans la France. En dépit de toutes les solutions techniques envisageables, il apparaît clairement qu’un non français déclencherait une crise politique majeure. Et il serait une illusion dangereuse d’imaginer qu’après un tel résultat, la France pourrait aller de l’avant avec ses « partenaires privilégiés » tels que l’Allemagne et d’autres pays fondateurs. Un non de la France serait perçu par ses partenaires comme un non à l’Europe Les Français ont incontestablement de bonnes raisons pour exprimer à l’égard de Europe un oui convaincu et engagé. La nouvelle Constitution s’inscrit dans un processus démocratique et citoyen qui a démarré en 1789, grâce à la France, et représente un pas en avant supplémentaire vers l’Europe des droits et de la démocratie. Elle est le prolongement naturel et politique de la réponse que nous avons donnée – ensemble avec Maastricht et l’Union économique et monétaire – aux nouveaux défis stratégiques et économiques découlant de la chute du mur de Berlin en 1989. Elle constitue aujourd’hui la seule réponse démocratique et efficace possible face aux défis de la mondialisation et de la compétition internationale, pour construire un ordre multipolaire plus juste et équilibré, ce qui a toujours été un des grands objectifs poursuivis par la France. Les Européens ont besoin d’une France leader et visionnaire, protagoniste du projet européen dans le peloton des pays qui partagent la même vision de l’Europe et du monde de demain. Sans la France, ce projet deviendrait orphelin, cesserait de croître et se transformerait dans ce que les tenants du non affirment vouloir éviter : un grand marché sans union politique ni dimension sociale, une aire monétaire sans gouvernance réelle, un système normatif sans droits et devoirs communs. Comment peut-on alors affirmer que le non ouvrira la voie à une Europe plus citoyenne, solidaire, sociale ? Le non serait au mieux le statu quo, au pire le début de la crise la plus grave de notre histoire commune, sans doute la fin de cette intégration « à la française » dont nous avons pu bénéficier jusqu’à aujourd’hui. Il faut savoir que le statu quo ne renforce pas le rôle du Parlement européen et des Parlements nationaux. Il ne codifie pas le principe, qui est aussi un objectif politique, de l’économie sociale de marché, ne donne pas une valeur contraignante à la charte des droits fondamentaux, ne fournit pas une nouvelle base pour une loi européenne sur les services publics. Le statu quo n’augmente pas non plus le poids de la France et des autres pays fondateurs dans le processus décisionnel. En revanche, soulignons que toutes ces avancées seront possibles avec la nouvelle Constitution. D’autre part, comment peut-on soutenir qu’un non permettrait une réouverture des négociations ? Cette Constitution a été préparée de façon démocratique, transparente et ouverte. Pour la première fois, sous la présidence d’un Français, Valéry Giscard d’Estaing, les représentants des Parlements et des gouvernements nationaux, des institutions et de la société civile européennes ont travaillé ensemble, pendant un an et demi, sur un texte constitutionnel commun et dans des sessions de travail publiques. Les représentants des vingt-cinq gouvernements de l’Union ont ensuite négocié sur ce texte pendant plusieurs mois et ont trouvé un accord, non sans difficulté, notamment à cause de la réticence de certains vis-à-vis des parties les plus progressistes et innovatrices du texte. La fameuse renégociation dans un sens encore plus politique ou social me semble, à ce stade, un leurre sinon une tromperie. D’autant plus que l’identification de ce que représente précisément ce non sera impossible : un non plus social ou plus souverainiste, un non pour plus ou pour moins d’Europe ? Enfin, nous, les vrais amis de la France, sommes inquiets de voir le débat se focaliser davantage sur des enjeux de politique intérieure et des rivalités personnelles mal cachées que sur la vraie question qui est posée, et qui est très simple : oui ou non à l’Europe. Les Français auront la possibilité de s’exprimer sur d’autres questions de politique intérieure ou partisane le moment venu. Aujourd’hui, il s’agit de ne pas avoir peur de notre avenir commun, de reprendre confiance dans l’intégration, de vouloir se doter des moyens pour défendre notre modèle de paix, de prospérité et de solidarité en Europe et de le proposer au reste du monde. Pour cela, l’adoption de la Constitution est la seule voie possible. * Ancien président de la Commission européenne ; ancien président du Conseil italien. Copyright Le Figaro/ R. Prodi - 05/2005

Par Romano PRODI *

Le 29 mai, tous les Européens regarderont la France attendant le verdict des Français sur la Constitution.
Une fois encore, le pays qui a toujours été un des plus grands inspirateurs et animateurs du processus d’intégration européenne est appelé à faire un choix décisif pour le futur de notre projet commun. Car c’est exactement de cela dont il s’agit : du oui ou du non français à la Constitution dépendra l’avenir de l’Europe que nous voulons.
Pour ma part, j’appartiens résolument à ceux qui veulent et se battent pour une Europe forte, qui sache répondre aux besoins réels de ses citoyens et qui puisse assumer le rôle qui lui revient sur la scène mondiale : une Europe démocratique et sociale à l’intérieur, protagoniste de la paix et de la sécurité humaine à l’échelle...