Les loyalistes haut de gamme ne mâchent pas leurs mots. Ils qualifient d’« axe diabolique » la coalition quadripartite Joumblatt-Hariri-Amal-Hezbollah. En soulignant qu’après les élections, ces alliés vont naturellement pouvoir faire la pluie et le beau temps au Parlement comme au sein du pouvoir exécutif. Pour la simple raison qu’ils vont disposer de la majorité à la Chambre en monopolisant donc les institutions, comme Hariri, Berry et Joumblatt l’avaient fait en 2000. Le groupe ayant alors, selon ces sources, ciblé la présidence de la République pour l’affaiblir et la ligoter. Il avait donc été nécessaire, ajoutent ces proches de Baabda, d’agir pour disloquer ou à tout le moins pour distendre l’alliance tripartite.
À laquelle le Hezbollah était loin de vouloir participer, car il entretenait les meilleures relations avec Baabda où d’ailleurs une délégation de ce parti s’est rendue récemment. Pour expliquer au président Lahoud, selon des sources informées, les considérations électorales, purement conjoncturelles, du Hezb. Son adhésion à la formule d’alliance étant rendue de plus nécessaire par les pressions internationales, à l’ombre de la 1559 qu’il entend désamorcer. En s’assurant d’une bonne couverture intérieure, face aux efforts des Américains de réduire à néant son rôle de résistance au Sud. Ajoutant que la politique ultérieure des alliés électoraux du moment pourrait ne pas convenir au Hezb qui s’en démarquerait alors.
Toujours est-il que certains pôles de la nouvelle coalition, qui s’élargit donc au Hezbollah, enfourchent volontiers le cheval de bataille de la lutte contre la corruption, au nom de la réforme. L’un de ces pôles souligne même qu’il est favorable à la désignation d’une commission d’enquête internationale pour le dossier financier. Afin, notamment, de savoir comment l’on en est arrivé à une dette publique se montant à 36 milliards de dollars. Ce leader ajoute qu’il est résolument pour la réforme, pour le changement et pour une entente nationale non confessionnelle.
Il fait ainsi écho aux prises de position des aounistes. Qui, constatant que ces thèmes sont largement répandus désormais, affirment qu’on doit leur donner corps à travers un projet politique général centré sur la réforme et un plan d’action précis, détaillé. Dont les contours seraient tracés lors d’une rencontre au sommet entre leaders de premier plan. Sans quoi, à leur avis, tout le battage actuel ne serait que vagues intentions velléitaires, slogans creux ou chants de sirène démagogiques électoraux.
Il y a donc, globalement, identité de vues. Et les éléments réformistes de l’axe quadripartite souhaitent y faire participer le général Michel Aoun. Dont le ralliement permettrait de battre plus facilement les forces loyalistes. Et d’obtenir, après les élections, le départ du président Émile Lahoud. Cependant, dans la journée d’hier, selon des témoins citant Joumblatt, on n’était encore arrivé à rien du côté des progressistes dans les négociations avec les aounistes. Qui, de leur côté, indiquaient que leur chef attendait encore des réponses précises de Walid Joumblatt et de Saad Hariri aux propositions de coopération étendue à toutes les régions qu’il leur a faites. Ces sources ajoutaient qu’au début de la semaine prochaine, on serait certainement fixé.
Selon des sources concordantes, ces ambassadeurs occidentaux, qui soutiennent qu’ils ne s’immiscent pas, font pression ouvertement, dans leurs rencontres avec les personnalités locales, pour qu’il n’y ait pas de bataille électorale. Ils souhaitent que l’on s’entende partout, surtout entre les parties qui ont participé à la marche du 14 mars. Le général Michel Aoun aurait ainsi reçu de pressants conseils de conclure des accords électoraux, ou même politiques, afin de contribuer à atténuer les méfaits de la 2000. Et pour que, après les élections, une ère de réforme et de solidarité puisse s’ouvrir.
Abondant dans le même sens, des cadres politiques soutiennent qu’il faut s’accommoder de la 2000, faire avec, comme on dit familièrement, sans perdre de temps à la critiquer. En procédant au rééquilibrage relatif par des combinaisons électorales déterminées. Afin de préparer le long chantier du changement. En base de constantes qui servent de dénominateurs communs et qu’il faut discuter.
Dans les détails, selon un des députés de Baabda-Aley qui a participé à Moukhtara à la rencontre avec Joumblatt, le général Aoun a demandé à ce dernier deux sièges à Baabda-Aley et un au Chouf pour ses candidats. Précisant, toujours selon le même témoin, qu’il refuse un package deal englobant toutes les régions. Chaque cas devant être traité à part, selon ses spécificités. Ce qui signifie en clair qu’il ne faut pas faire de lien entre les négociations avec les haririens pour le Nord et avec les joumblattistes pour la Montagne. De plus, toujours selon le député cité, Aoun ne voit pas ce qu’il aurait à discuter avec les haririens ou avec les joumblattistes pour ce qui est du Metn-Nord, du Kesrouan et de Jbeil où ils n’ont pas de présence. Toujours est-il que des commissions travaillent sur les dossiers.
Si elles parvenaient à des résultats positifs, il pourrait y avoir une rencontre au sommet Aoun-Joumblatt-
Hariri pour signer l’accord. Par contre, précisent des sources informées, les trois hommes n’ont pas l’intention de se rencontrer pour régler eux-mêmes le problème s’il n’est pas résolu par leurs négociateurs désignés.
Philippe ABI-AKL
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À laquelle le Hezbollah était loin de vouloir participer, car il entretenait les...