La course aux armements de destruction massive, l’enrichissement de l’uranium, la volonté ou la possibilité de se doter d’armes nucléaires par des pays comme l’Iran demeurent la grande hantise stratégique des Occidentaux et particulièrement des États-Unis qui ont payé très cher le 11 septembre. L’Amérique a fortement réagi aux attentats du 11 septembre alors qu’elle ressentait moins vivement le choc des attentats contre ses ambassades à Nairobi, à Beyrouth et ailleurs. Ces attentats étaient pourtant annonciateurs de la montée du terrorisme. Le 11 mars, l’Espagne a tremblé et remercie José Marie Aznar, le déchargeant du lourd fardeau de la lutte contre les terroristes.
Le réveil a été brutal. Les banlieues des grandes métropoles occidentales sont de nos jours les villes qui abritent le terrorisme. Il faudra beaucoup de démocratie, dans ces pays, pour assurer la sécurité de l’Occident. Faut-il pour autant mettre fin aux dictatures à n’importe quel prix, même s’il faut recourir à la force? Pouvait-on déloger Saddam Hussein par la négociation? Quel est le prix à payer pour débusquer les dictateurs? Les armes de destruction massive sont-elles un prétexte pour la réalisation d’autres projets?
Imaginez un instant quels seraient les dégâts d’un autre attentat, provoqué cette fois-ci par une petite bombe nucléaire de la taille d’une balle de tennis qui tomberait sur une des grandes villes occidentales, New York, Paris, Londres, Rome… Pour toutes ces démocraties, l’enjeu est important et le risque réel. Depuis des décennies, les Américains ont remplacé le principe de la raison d’État par celui de la sécurité collective. Ce qui, de leur point de vue, pourrait rendre le monde plus fréquentable et un peu moins dangereux. Ainsi, la lutte contre le terrorisme fait partie des premières priorités de l’intervention américaine partout dans le monde.
Les démocraties occidentales ne peuvent en aucun cas accepter que l’Iran – pays théocratique, riche en ressources naturelles, pétrole et gaz, gouverné par les ayatollahs – puisse détenir des armes nucléaires.
Le problème fondamental est de définir les meilleurs moyens de freiner cette course aux armements. Les scénarios sont nombreux et chaque cas de figure comporte un prix à payer. Parmi les scénarios qu’on peut logiquement évoquer, trois mériteraient qu’on s’y arrête:
1– La destruction des sites nucléaires par des bombardements ciblés. Les Israéliens ont déjà eu recours à ce moyen contre l’Irak. Cette option ne paraît pas satisfaisante, car même si elle détruit les centrales nucléaires, elle ne constitue pas une solution définitive car toutes les structures politiques, économiques et militaires du régime demeurent en place et pourraient s’en trouver renforcées par ces attaques. Les Iraniens sont par ailleurs capables de rebâtir rapidement leur potentiel militaire.
2 – L’invasion de l’Iran dans le but de renverser le régime par la force, comme ce fut le cas pour l’Irak. Le prix d’une telle opération serait exorbitant en vies humaines. En effet, l’Iran est un pays financièrement très riche, comptant plus de 70 millions d’habitants jeunes, armés et mobilisés pour combattre toute invasion occidentale.
Par ailleurs, ces deux options auraient pour effet de renforcer le régime en place et de mobiliser l’opinion iranienne et islamique arabe contre les Américains qui seraient toujours considérés comme des envahisseurs.
3 – Le troisième scénario consisterait à affaiblir le régime iranien en le coupant de ses alliés régionaux – le Hezbollah et la Syrie – et à renforcer l’aile modérée des chiites qui se trouvent à Nadjaf, en Irak. Une telle option aurait l’avantage d’être réalisable avec un coût fort acceptable pour les pays concernés par cette stratégie. En effet, pour assurer le succès de ce plan, il suffit dans un premier temps de mettre fin au rôle militaire du Hezbollah en décrétant que la Résistance n’a plus de raison d’être du moment que le Liban-Sud a été évacué par les Israéliens en application de la 425 et sous les coups de boutoir de la Résistance.
Quant au statut des fermes de Chebaa, sa solution est aux mains des Libanais et des Syriens, lesquels devraient proclamer officiellement qui en est le titulaire. Par ailleurs, on continuera d’accuser le Hezbollah d’être impliqué dans des actions «terroristes». On entend déjà ce refrain sur toutes les antennes. La conséquence logique de tout cela est l’affaiblissemnet de ce parti et, par conséquent, de l’influence iranienne au Liban.
Dans un deuxième temps, si l’enquête internationale prouvait une implication de la Syrie dans l’attentat contre le Premier ministre Rafic Hariri, cela aboutirait évidemment à la chute ou, dans la meilleure des hypothèses, à un affaiblissement du régime syrien – allié de l’Iran –, qui perdra ainsi sa capacité d’aider l’Iran. La guerre d’Irak aura-t-elle permis aux stratèges américains de tirer quelques leçons de prudence sur les moyens de changer le monde qu’on désire changer ? Grâce à ce bras de fer américano-franco-syro-iranien, associé à la détermination de tous les Libanais, nous avons pu mettre fin à l’occupation syrienne et à la présence de leurs services de renseignements.
Aujourd’hui, une entente nationale s’est dessinée dans les rangs des jeunes à l’appel des professionnels de la politique. Elle s’est poursuivie quelque temps, indépendamment des leaders politiques. Une entente qui s’est manifestée dans la société civile qui, je l’espère, dictera sa conception de la citoyenneté libanaise.
Il nous reste encore et toujours à prouver notre capacité de gérer notre pays. Il faut espérer que les forces d’union soient réellement plus fortes que les forces de désunion.
Dans ce contexte local, régional et international, la prudence et le dialogue relèvent d’une grande sagesse politique.
Joseph KREIKER
Hépato-gastro-entérologue
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