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Actualités - Opinion

Être et paraître

Monsieur le Premier ministre, en acceptant vos nouvelles responsabilités, vous avez pris une série d’engagements clairs. La classe politique locale, toutes tendances confondues, le peuple entier et les partenaires extérieurs du Liban vous rappellent en permanence qu’ils attendent de vous le respect de vos promesses, sans compromis. Vous jouez gros à titre personnel, et vous le savez bien. Ne vous souciez pas de votre avenir politique, et vous réussirez. Souciez-vous de l’intérêt collectif, et personne n’aura rien à vous reprocher. En 2005, c’est de la « bonne gouvernance » qu’il convient de s’occuper en premier lieu. De justice, d’équité, de respect des institutions, de respect du citoyen, de transparence, de véritable entente nationale, de véritable souveraineté (et non déguisée)… Occupez-vous donc d’assurer la meilleure transition possible entre un système caduc, hérité d’une ère révolue, et dont vous avez fait partie vous-même au même titre que vos partenaires politiques d’aujourd’hui et de demain probablement, et un système nouveau, désormais accepté pour remplir votre mission envers le Liban avant tout et envers la communauté internationale. On s’est longuement attardé sur la conjonction d’intérêts et sur le concours de circonstances qui vous ont amené à la troisième présidence. Ce qui nous importe, c’est de vous voir transformer cela en avantages durables pour le Liban. Le respect des promesses prises avant, pendant et après votre désignation est exigé pour permettre le passage d’un système rejeté unanimement aujourd’hui à un autre système souhaité unanimement. Je ne m’attarde pas sur les engagements que vous avez pris, et sur lesquels je ne reviens pas ici, mais j’insiste sur la nécessité d’avoir une réflexion stratégique sur l’avenir du Liban, réflexion que les surenchères politiciennes attisées par le climat électoral et la lisibilité incertaine de la géopolitique régionale étouffent au risque de vous priver de passer du statut de « broker » qu’on vous a accordé aujourd’hui à celui de véritable homme d’État. Ce n’est pas une invitation à brûler les étapes, mais une exhortation à ne pas limiter votre vision à quelques calculs politiciens sans lendemain, car c’est du lendemain du Liban dont il s’agit et non du vôtre uniquement. Vous vous êtes préparé pendant des années à accéder à des responsabilités nationales, mais vous le faisiez surtout dans une optique politicienne, comme le nécessitait la période passée et comme l’exigeaient aussi vos multiples contraintes. Vous avez pu, en d’autres circonstances, choisir la facilité en vous attardant souvent sur la forme. Mais c’est sur le fond qu’on vous attend aujourd’hui. Vous avez la possibilité maintenant de corriger le tir et de vous préparer à jouer, en tant que Premier ministre et même aussi en tant que simple citoyen, un rôle plus éclairé que celui dans lequel la période écoulée et vos propres contraintes vous enfermaient. Vous avez évolué au cours des dernières années dans un contexte qui vous a emprisonné, schématiquement, dans des cercles concentriques : comme Nordique et Tripolitain, comme sunnite, comme prosyrien, comme homme d’affaires… Abandonnez ces contraintes et transformez leur cumul en atouts au profit de votre nouvelle stature d’homme d’État, au profit donc du Liban. La bonne gouvernance, ce leitmotiv aujourd’hui à la mode, doit être votre véritable objectif en tant qu’homme politique, ou en tant qu’homme d’État, comme il doit être le principal objectif de la classe politique libanaise dont une partie non négligeable a pu émerger grâce à l’instauration d’une gouvernance perverse et opaque. À défaut, malheureusement, de garantir le renouvellement de la classe politique, les prochaines élections législatives risquent de permettre seulement le «repositionnement» des mêmes acteurs qui occupent la scène politique libanaise depuis les accords de Taëf, loyalistes et opposants confondus. Et c’est là où la révision générale des règles de bonne conduite paraît indispensable pour éviter le rétablissement à l’avenir d’un autre système perverti, à l’antipode du modèle politique qu’exigent l’intégration du Liban dans les flux des échanges internationaux et son adhésion à la globalisation en marche. Ne choisissez plus les demi-mesures, car elles peuvent être souhaitées pour leur facilité, mais elles peuvent donner lieu au mieux à des demi-succès, au pire à de véritables échecs. Optez pour l’intransigeance lorsqu’il y va de l’intérêt national, tout en restant conciliant comme vous savez bien l’être, et choisissez, au nom des Libanais, la fermeté lorsqu’il s’agit d’engager l’avenir du Liban. « Et les hommes jugent généralement plus avec les yeux qu’avec les mains, parce qu’il échoit à chacun de voir, à peu de sentir ; chacun voit ce que tu parais, peu sentent ce que tu es et ce petit nombre ne s’enhardit pas à s’opposer à l’opinion de beaucoup, qui ont la majesté de l’État pour les défendre » (Le Prince, de Machiavel). Non, soyez-en sûr, c’est sur ce que vous êtes que nous vous jugerons, et c’est sur le fond de votre action que l’histoire vous appréciera. Fadi ASSAF
Monsieur le Premier ministre, en acceptant vos nouvelles responsabilités, vous avez pris une série d’engagements clairs. La classe politique locale, toutes tendances confondues, le peuple entier et les partenaires extérieurs du Liban vous rappellent en permanence qu’ils attendent de vous le respect de vos promesses, sans compromis. Vous jouez gros à titre personnel, et vous le savez bien. Ne vous souciez pas de votre avenir politique, et vous réussirez. Souciez-vous de l’intérêt collectif, et personne n’aura rien à vous reprocher.
En 2005, c’est de la « bonne gouvernance » qu’il convient de s’occuper en premier lieu. De justice, d’équité, de respect des institutions, de respect du citoyen, de transparence, de véritable entente nationale, de véritable souveraineté (et non déguisée)… Occupez-vous donc...