Rechercher
Rechercher

Actualités

Résoudre le problème du coût énergétique au Liban

Il est de notoriété publique que le coût final de production d’électricité au Liban est des plus élevés au monde. Or cela se répercute négativement sur l’essor de l’industrie, qui perd sa compétitivité, ainsi que sur le pouvoir d’achat du citoyen, freinant de ce fait le moteur de l’économie. Ce coût élevé de l’électricité s’explique par l’absence pendant longtemps d’une vision d’avenir et de plans de sortie de crise des responsables ayant en charge le dossier énergétique. En effet , si l’on prend l’exemple de la France après le choc pétrolier de 1973, je me souviens que les autorités françaises avaient lancé sous Giscard d’Estaing une vaste campagne de sensibilisation sur le nécessité d’économiser l’énergie avec, comme slogan : « En France, nous n’avons pas du pétrole mais nous avons des idées ! »; avec des avantages fiscaux pour tous ceux qui amélioreraient l’isolement de leur habitat et pour tous ceux qui réduiraient la consommation d’énergie par les moyens individuels tels que l’équipement des habitations par des systèmes photovoltaïques. Parallèlement, l’État a cherché à diversifier ses ressources d’énergie à partir du nucléaire et du gaz. Dernièrement, deux solutions à la production d’énergie ont été avancées par les autorités libanaises. Il s’agissait d’une part de diminuer le coût de production en transformant les centrales existantes en centrales à gaz; d’autre part, d’importer l’électricité des pays du voisinage. Ces deux solutions sont louables mais incomplètes. En effet, si, d’une part, le prix du gaz reste pour le moment abordable, son coût futur demeure inconnu. D’autre part, si l’importation d’électricité à partir des pays voisins est plus écologique, il reste que le coût futur est lui aussi inconnu, pouvant varier en fonction de différents facteurs géostratégiques. Pour que le but fixé par les autorités soit atteint, il faut impérativement lancer, comme en France, une campagne de sensibilisation à l’économie d’énergie moyennant des avantages fiscaux alléchants et lancer comme en Turquie une campagne pour le développement de l’énergie propre solaire ou éolienne. De la production d’énergie à partir du solaire Une expérience en ce sens a été réalisée, avec le soutien du Fonds français pour l’environnement mondial, au Zouk (64 logements sociaux totalisant 3900 mètres carrés, plus bureaux et magasins), avec un surcoût à la construction limité à seulement 5 %, comprenant une meilleure isolation, l’installation d’un système solaire fournissant notamment l’eau chaude (réalisation du projet : Ademe* représenté par l’ingénieur Adel Mortada). Cette installation a permis une économie substantielle d’énergie et devrait être étendue à tout le pays. Mais il faut savoir que le même principe peut s’appliquer aussi au domaine urbain tel que l’éclairage urbain (cas de la capital Bruxelles, le long du stade Baudouin, ainsi qu’en Espagne et au Portugal), l’équipement de bâtiments publiques comme les écoles et les administrations, le pompage de l’eau agricole, etc. De plus, des centrales photovoltaïques de moyenne et faible puissance ( 0,1 à 0,5 mW) ont prouvé leur rentabilité économique, destinée à compléter le réseau en différents points critiques, comme par exemple à l’extrémité d’un réseau, en redressant la tension et en améliorant la puissance. Le générateur photovoltaïque occupant les façades d’immeubles exposés au soleil peuvent aussi injecter l’excès de production dans le réseau. À titre d’exemple, en Belgique, une surface de 10 mètres carrés de capteurs photovoltaïques engendre annuellement 800 kWh, sachant que le rendement d’une cellule de silicium cristallin est de 28 % (à titre indicatif, le Libanais consomme en moyenne 1800 kWh par an). Donc cette source d’énergie reste une source d’appoint mais très utile notamment en zone rurale. De la production d’énergie éolienne Les éoliennes peuvent être installées individuellement pour alimenter une maison ou un village. Elles peuvent aussi être regroupées en « parc » jusque dans la mer, à des endroits bien exposés au vent. Une éolienne ne fonctionnant que lorsque le vent souffle, elle devrait être connectée au réseau et permettra de fournir l’excédent utile d’électricité, particulièrement au moment des grands besoins durant l’hiver. Les petites éoliennes domestiques ou rurales qui produisent une puissance de 10 kW ont un prix indicatif d’installation de 25000 $. Les grandes éoliennes de 40 mètres ont une puissance atteignant 2000 kW avec un coût à l’installation de 170000$ environ. Mais le coût sera nécessairement en chute avec l’explosion de la production de ces modules à la suite notamment du choix de la Chine de développer ce secteur de l’énergie propre. La maintenance des modules élargit en outre le marché de l’emploi local. À titre indicatif, une seule éolienne de plus de 500 kW peut alimenter près de 150 maisons consommant beaucoup d’électricité. Par exemple, une éolienne Vestas 42-600 kW est capable de produire au total, en une année, environ 2500 mWh. Pour conclure, nous dirons qu’il est nécessaire aujourd’hui de lancer une campagne nationale pour la maîtrise de l’énergie, d’abord en réduisant le gaspillage, ensuite en favorisant le développement ces énergies propres d’appoint que sont l’énergie solaire et l’énergie éolienne, dans l’attente des autres sources d’énergie propre tel que celle produite à partir de l’hydrogène. Nous réclamerons enfin une plus grande coopération entre les responsables concernés et les organismes telles que l’Ademe, ainsi qu’une plus grande coopération avec les écoles d’ingénieurs au Liban et les institutions écologiques comme Greenpeace, dans l’espoir de voir notre facture énergétique réduite de moitié et un Liban moins pollué. Dr Jihad SINNO * Ademe : Association libanaise de maîtrise de l’énergie et de l’environnement.

Il est de notoriété publique que le coût final de production d’électricité au Liban est des plus élevés au monde. Or cela se répercute négativement sur l’essor de l’industrie, qui perd sa compétitivité, ainsi que sur le pouvoir d’achat du citoyen, freinant de ce fait le moteur de l’économie.
Ce coût élevé de l’électricité s’explique par l’absence pendant longtemps d’une vision d’avenir et de plans de sortie de crise des responsables ayant en charge le dossier énergétique. En effet , si l’on prend l’exemple de la France après le choc pétrolier de 1973, je me souviens que les autorités françaises avaient lancé sous Giscard d’Estaing une vaste campagne de sensibilisation sur le nécessité d’économiser l’énergie avec, comme slogan : « En France, nous n’avons pas du pétrole mais...