«Soudain, nous avons vu approcher les avions allemands qui volaient à basse altitude », se souvient Vladislav Mamontov, enfant pendant la bataille de Stalingrad qui a fait des centaines de milliers de morts civils, notamment lors des bombardements d’août 1942.
« C’était le 23 août. Le jour le plus meurtrier, alors que les gens étaient sortis dans la rue pour chercher à manger ou laver du linge... Les vitres de notre maison ont explosé. Ma grand-mère m’a serré dans ses bras. Une odeur de brûlé s’est répandue », raconte M. Mamontov, 69 ans, professeur d’histoire à l’Université de Volgograd, nouveau nom donné à Stalingrad en 1961.
« Quand nous sommes sortis, nous n’avons pas reconnu notre rue. Tout brûlait, il y avait des cadavres. C’était un tableau d’horreur », ajoute ce spécialiste d’archéologie qui n’avait alors que six ans.
Plusieurs dizaines de milliers de civils ont été tués lors des bombardements d’août 1942, qui ont réduit Stalingrad à un champ de ruines. Les pertes civiles dans la ville et sa région pendant la bataille se chiffrent en centaines de milliers de personnes, selon l’état-major russe.
Avant les bombardements d’août 1942, annonciateurs de l’entrée des troupes nazies dans Stalingrad en septembre, Vladislav Mamontov se souvient des tracts envoyés par des aérostats allemands avec le message « Vous êtes encerclés ». Et des réfugiés affamés fuyant des villes soviétiques déjà prises par les Allemands. « Tous disaient: “Nous ne les laisserons pas prendre Stalingrad”. Staline, lui, a interdit aux civils de quitter la ville ».
« Avec les gamins du quartier, nous jouions à la guerre. Personne ne voulait être allemand. Alors on tirait au sort car, bien entendu, c’étaient toujours les Soviétiques qui étaient censés gagner! » se souvient le professeur en costume-cravate, assis sur un parapet au soleil, devant l’université.
Il revoit l’agonie d’un soldat soviétique dont la jambe avait été arrachée et pour lequel une voisine avait préparé un bouillon avec sa dernière poule. « Le lendemain de sa mort, nous voyons arriver les nazis. Toutes les voisines commencent à se signer en disant “Ouh, les Allemands arrivent”. Eux s’arrêtent et demandent : “Il y a des commissaires politiques? Des soldats? Des communistes? Des juifs?” Nous, on répond que non et ils passent. Après, les soldats roumains (combattant aux côtés des Allemands avec les troupes italiennes) sont arrivés. Eux, c’était l’horreur, ils volaient tout. »
« Des affiches sont apparues dans la rue sur ce qu’on était autorisés à faire... Il y avait des pancartes comme quoi les juifs devaient se rendre aux autorités », ajoute-il, se souvenant de deux vieux juifs du quartier jamais revus après leur enregistrement au commandement militaire nazi.
Vint l’envoi de plus de 60 000 civils, dont de nombreux enfants, dans des camps de travail en Allemagne. Lui, atteint alors d’une grave infection pulmonaire, y échappe et reste avec sa mère, sa tante et sa grand-mère. Ils ne tardent pas à être évacués par les Allemands dans la région de Rostov-sur-le-Don (sud). Vladislav passe l’hiver près de Rostov, alors que les combats font rage dans sa ville natale, où les nazis, pris en tenailles par la contre-offensive soviétique, finissent par se rendre le 2 février 1943.
Il rentre en avril à Stalingrad, où la fonte des neiges révèle les cadavres gelés de soldats, que les habitants doivent déblayer. « Nous sommes allés dans notre rue, notre maison avait disparu. De la rivière Tsaritsa à la gare, il n’y avait plus rien. La ville était un champ de ruines ».
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« C’était le 23 août. Le jour le plus meurtrier, alors que les gens étaient sortis dans la rue pour chercher à manger ou laver du linge... Les vitres de notre maison ont explosé. Ma grand-mère m’a serré dans ses bras. Une odeur de brûlé s’est répandue », raconte M. Mamontov, 69 ans, professeur d’histoire à l’Université de Volgograd, nouveau nom donné à Stalingrad en 1961.
« Quand nous sommes sortis, nous n’avons pas reconnu notre rue. Tout brûlait, il y avait des cadavres. C’était un tableau d’horreur », ajoute ce spécialiste...