La prison d’Abou Ghraib s’est imposée à Nassir Thamer, peintre de Bagdad, devenant le thème dominant de son œuvre depuis le scandale des sévices contre les détenus aux mains de soldats américains révélé au monde il y a un an.
«J’avais l’habitude de peindre la vie traditionnelle des Irakiens, les portes ouvragées de Bagdad, les mosquées et des pages calligraphiées du Coran», raconte l’artiste de 47 ans, originaire de la capitale. «Le changement a été radical. Je ne pouvais pas échapper à la réalité, celle d’Abou Ghraib», ajoute-t-il pour expliquer comment les barreaux de prison ont remplacé, dans ses tableaux, les palmiers et les scènes de la vie quotidienne.
Abou Ghraib est le prétexte pour un message direct et sans détours de la nouvelle œuvre de l’artiste, comme ce tableau où l’on voit un jeune garçon fuyant un hélicoptère américain d’assaut de type Apache pour se jeter dans les bras de sa mère.
Dans ce tableau dénonçant la présence américaine, l’artiste n’a pas oublié de glisser des barreaux pour rappeler Abou Ghraib, une façon pour insister sur le scandale du centre de détention américain dans un style d’un réalisme plat qui contraste avec celui de ses deux peintres préférés, Pablo Picasso et Salvador Dali.
L’artiste s’excuse presque de la rudesse de ses tableaux réunis dans une exposition et qui tournent autour des thèmes de la trahison, de l’oppression, des pillages et de l’incarcération.
«J’aurais souhaité une exposition sur le thème de l’espoir, mais j’ai senti que mon devoir était de dépeindre la souffrance que les gens sont en train de vivre», dit-t-il.
Une œuvre résume toute l’exposition. Elle montre un artiste sans visage, avec son pinceau, debout devant un tableau reproduisant l’une des photographies les plus poignantes des sévices à Abou Ghraib, celle d’un détenu, la moitié supérieure du corps recouverte par un drap noir.
La posture du supplicié, qui rappelle celle du Christ sur sa croix, avec des fils électriques accrochés à ses doigts a laissé une marque profonde sur l’imaginaire collectif des Irakiens et provoqué un réel traumatisme.
«Ce qui s’est passé à Abou Ghraib a profondément touché les Irakiens et, en tant qu’artiste, je devais d’essayer de traduire leur sentiment», dit encore Nassir Thamer.
Depuis la révélation du scandale, plusieurs peintres irakiens ont traité du thème de la torture et des supplices. «Nous avions vécu de nombreuses guerres, mais personne n’a jamais été aussi affecté par la violence. Les événements des deux dernières années ont changé l’approche des artistes de la réalité», explique le peintre.
La seule note d’optimisme vient d’un tableau minuscule présentant deux religieux, l’un sunnite, l’autre chiite, priant côte à côte en dépit d’une scie les séparant: un appel à la réconciliation entre les deux principales communautés de l’islam irakien.
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«J’avais l’habitude de peindre la vie traditionnelle des Irakiens, les portes ouvragées de Bagdad, les mosquées et des pages calligraphiées du Coran», raconte l’artiste de 47 ans, originaire de la capitale. «Le changement a été radical. Je ne pouvais pas échapper à la réalité, celle d’Abou Ghraib», ajoute-t-il pour expliquer comment les barreaux de prison ont remplacé, dans ses tableaux, les palmiers et les scènes de la vie quotidienne.
Abou Ghraib est le prétexte pour un message direct et sans détours de la nouvelle œuvre de l’artiste, comme ce tableau où l’on voit un...