Dans son article intitulé « La Turquie, l’Arménie et le fardeau de la mémoire » (L’Orient-Le Jour du 25 avril), M. Charles Tannock* présente une lecture unilatérale des événements de 1915 sans prendre compte des circonstances de l’époque. L’auteur ne mentionne pas que l’Empire ottoman était en guerre et sous la menace de l’avancée de l’ennemi. Les Arméniens avaient massivement rejoint les rangs de l’armée tsariste contre leur propre gouvernement et compatriotes. Les groupes révolutionnaires arméniens coopéraient avec les forces russes. L’Empire ottoman a essayé de se défendre et a évacué les Arméniens des zones de combat vers d’autres parties de l’empire, une pratique courante à l’époque en temps de guerre. Il n’indique pas non plus que plus de 2,5 millions de musulmans d’Anatolie ont péri entre 1912 et 1922, une période tragique pour toute l’humanité.
L’auteur évoque brièvement les points de vue turcs, mais pas impartialement. Il estime que la Turquie doit reconnaître un prétendu crime, ignorant que les historiens sont divisés à ce sujet et qu’il n’existe aucun document viable d’une décision ou d’un plan visant l’extermination des Arméniens de la part des Ottomans. Le Premier ministre turc, M. Erdogan, a proposé au président arménien l’établissement d’une commission mixte d’historiens et d’experts pour examiner toutes les archives, non sous pression comme l’auteur le dit, mais parce que la Turquie n’a rien à craindre des faits historiques. En effet, ce sont les autorités turques, qui ont ouvert depuis longtemps leurs archives aux historiens et universitaires, turcs ou étrangers, pour qu’ils puissent les examiner.
Concernant les relations entre la Turquie et l’Arménie et les prétendus embargos, il faut se rappeler que la Turquie est parmi les premiers pays à reconnaître l’Arménie en tant qu’État indépendant. C’est la Turquie qui a invité l’Arménie à devenir membre fondateur de la Coopération économique de la mer Noire (CEMN). L’Arménie est représentée au sein de la CEMN à Istanbul. Les citoyens arméniens peuvent voyager en Turquie librement. Les lignes aériennes arméniennes volent d’Erevan à Istanbul.
D’un autre côté, il faut se rappeler que l’Arménie ne reconnaît pas l’intégrité territoriale de la Turquie et continue à occuper les territoires de son voisin l’Azerbaïdjan.
Il serait aussi propice de mentionner ici que le 25 avril est commémoré comme la journée d’Anzac. Pendant la Première Guerre mondiale, les armées de l’Entente ont combattu les Turcs à Gallipoli où les deux parties ont perdu 250 000 de leurs fils. Cependant, aujourd’hui, cette date est commémorée avec la participation de hauts officiers de toutes les parties, démontrant comment les vieilles rivalités peuvent tourner en coopération, amitié et en respect mutuel. Ceci doit constituer un exemple aux autres. Inciter à la haine, invoquer les anciennes hostilités et événements tragiques et disputes du passé ne sont pas des comportements qui visent la réconciliation, l’amitié, la coopération et la tolérance. Ce n’est pas la meilleure approche non plus pour la promotion des valeurs universelles communes du XXIe siècle.
Oya TATLINAR
Conseiller de presse de l’ambassade de la République de Turquie à Beyrouth
(*) Charles Tannock est vice-président du sous-comité des droits de l’homme du Parlement européen.
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