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Actualités - Chronologie

Les «Homélies de Mush» et d’autres livres rares ont réchappé au génocide

Il pèse 32 kilos et s’étale sur un mètre de large quand ses pages sont ouvertes: le plus grand manuscrit arménien, les Homélies de Mush, a, comme quelques autres livres rares, réchappé au génocide et est conservé à Erevan. On dit qu’en 1915, quand les troupes ottomanes ont attaqué Mush et qu’il a fallu fuir, «une Arménienne analphabète a trouvé ce livre volumineux dans la cour d’une église. L’ouvrage entier étant trop lourd, elle l’a coupé en deux et en a emporté la moitié», raconte le directeur des Archives, Sem Arevchatian. Elle a remis ce demi-manuscrit au siège de l’Église grégorienne apostolique d’Arménie, à Etchmiadzine, et c’est là que plus tard, l’autre moitié l’y a rejoint, emportée celle-là par un colonel de l’armée russe en pleine retraite, Nikolaï de Roberti. «Beaucoup de livres ont été de la sorte sauvés, souvent par des illettrés qui ont compris que ces textes étaient extrêmement importants», assure M. Arevchatian. «Ils ont préféré les prendre et abandonner leurs affaires personnelles», ajoute-t-il. Les massacres perpétrés par les Turcs ottomans entre 1915 et 1917, et dont Erevan marque dimanche le 90e anniversaire, s’inscrivent comme l’une des pages les plus tragiques de l’histoire arménienne, non seulement du point de vue des pertes humaines, mais aussi de la destruction de l’héritage culturel. Il reste peu de choses des bâtiments arméniens qui ont longtemps caractérisé l’Anatolie orientale, qu’Erevan appelle l’Arménie occidentale. Plusieurs églises ont été converties en mosquées. D’autres ont été démantelées, leurs pierres étant utilisées pour construire des maisons. Quelque 9000 manuscrits rares ont été détruits quand les Arméniens ont fui l’Anatolie orientale pour se réfugier dans l’actuelle Arménie. «D’autres ont été vendus en Europe à des collectionneurs par des officiers turcs qui ont compris leur valeur», souligne Sem Arevchatian. Une trentaine, sauvés par les fuyards, sont désormais conservés, comme les Homélies de Mush, aux Archives des anciens manuscrits d’Erevan. En début de semaine, la diaspora arménienne de Paris a réussi à convaincre la sœur d’un collectionneur récemment décédé de faire don d’une page d’une bible millénaire aux Archives. «Quand elle verra que la page est entre de bonnes mains, elle sera sans doute disposée à donner plus d’œuvres de cette collection», indique Claude Mutafrian, un historien de l’Arménie médiévale qui a apporté la page en peau de mouton de Paris à Erevan. Les Arméniens estiment qu’environ 1,5 million de leurs parents ont péri dans le génocide de 1915-1917. Ankara de son côté, qui ne reconnaît pas le terme de génocide, qualifie ces événements de « contestation civile » dans laquelle seraient morts 300000 à 500000 Arméniens et des milliers de Turcs, à la faveur d’un soulèvement arménien contre les Ottomans et d’un ralliement aux troupes russes au plus fort de la Première Guerre mondiale.

Il pèse 32 kilos et s’étale sur un mètre de large quand ses pages sont ouvertes: le plus grand manuscrit arménien, les Homélies de Mush, a, comme quelques autres livres rares, réchappé au génocide et est conservé à Erevan.
On dit qu’en 1915, quand les troupes ottomanes ont attaqué Mush et qu’il a fallu fuir, «une Arménienne analphabète a trouvé ce livre volumineux dans la cour d’une église. L’ouvrage entier étant trop lourd, elle l’a coupé en deux et en a emporté la moitié», raconte le directeur des Archives, Sem Arevchatian.
Elle a remis ce demi-manuscrit au siège de l’Église grégorienne apostolique d’Arménie, à Etchmiadzine, et c’est là que plus tard, l’autre moitié l’y a rejoint, emportée celle-là par un colonel de l’armée russe en pleine retraite, Nikolaï de...