Les sorties de la semaine
À voir absolument kkk À voir kk
À voir à la rigueur k Mauvais l Pas vu n
kk The Life Aquatic
de Wes Anderson
Comme son compère Tim Burton, le cinéaste Wes Anderson est parvenu à créer un univers singulier, riche en originalité et en fantaisie. Voilà précisément les éléments moteurs de ses films : Bottle Rocket, Rushmore et The Royal Tenenbaums.
Son monde décalé et surréaliste, bien qu’absolument délicieux et surprenant, risque de laisser sur la touche quelques spectateurs.
Les autres spectateurs apprécieront l’idée de rentrer dans une dimension parallèle, à mi-chemin entre fantaisie et délire, et dans laquelle ne subsiste aucun repère concret.
Le public est donc averti. À partir de là, il pourra déguster comme il se doit un film atypique dont le décor et les personnages priment sur l’intrigue qui a du mal à avancer.
Décor fort surprenant que celui de The Life Aquatic : le navire, excessivement seventies, dessert nombreuses bizarreries telles qu’un sauna, une réserve de vins et des dauphins albinos vêtus de caméras. Ce « yellow submarine » vogue dans des eaux qui renferment des créatures enchantées, inventées de toute pièce : hippocampes arc-en-ciel, crabes-berlingot, lézard jaune, poissons fluos, raies incrustées d’étoiles, etc.
Voilà quelques-uns des spécimens fabuleux et étranges nés de l’imagination farfelue de Noah Baumbach et Henry Selick. Mais l’équipe du film ne s’arrête pas là. Si la faune aquatique se veut surréaliste, une autre espèce rentre également dans la catégorie « étrange » : l’espèce humaine. L’équipage offre effectivement des personnages aussi originaux qu’absurdes : un Allemand susceptible (Willem Dafoe), une journaliste enceinte (Cate Blanchett), un pilote qui se veut être le fils hypothétique du commandant (Owen Wilson), un mousse qui chante tout le répertoire de David Bowie en portugais (le chanteur Seu Jorge) et une scripte topless. Une palette de personnages dont les vêtements répondent à un code bien précis : un pull griffé de la lettre « z » (qui veut dire Zissou ) et un bonnet rouge (hommage direct au commandant Cousteau). Tout ce beau monde est mené par l’océanographe Steve Zissou (Bill Murray), lequel prépare une nouvelle expédition pour retrouver le requin responsable de la mort de son meilleur ami.
Bizarre, vous avez dit bizarre ? Oui, le film l’est du début à la fin. Encore faut-il réussir à rentrer dans cet univers. La croisière vaut le détour.
Pour public averti.
Un article supplémentaire est disponible dans la page cinéma du 7avril 2005.
CONCORDE, ABRAJ, ZOUK
k Be Cool
de F. Gary Gray
Be Cool est la suite de Get Shorty, sorti en 1995. Pour ce deuxième épisode des aventures de Chili Palmer, une nouvelle fois adapté de l’œuvre d’Elemore Leonard, F. Gary Gray remplace Barry Sonnenfeld à la réalisation. René Russo et Gene Hackman laissent la place aux nouveaux venus. Seuls subsistent du premier volet John Travolta, Danny DeVito et Harvey Keitel.
L’histoire ne présente plus le milieu du cinéma mais celui, tout aussi corrompu, de la musique. Le sujet du film sert alors d’excuse pour porter à l’écran une pléiade d’artistes tels que Steven Tyler (chanteur du groupe Aerosmith), Andre Benjamin (un des membres du groupe Outkast), la star montante du R&B Christina Milian et The Black Eyed Peas. Mais Be Cool, c’est également le retour du duo Travolta/Thurman qui, s’il était gagnant dans Pulp Fiction sort totalement perdant de Be Cool. Très justement choisi pour incarner « le cool » et le roi de la nonchalance, Travolta ne parvient néanmoins pas à dégager la moindre alchimie entre lui et sa partenaire, laquelle ne se surpasse pas dans le rôle d’une nunuche amourachée. Peu créatif, le cinéaste utilise plusieurs éléments «tarantinesques»: le choix des acteurs principaux, une scène de danse entre eux et une bande «trendy». Mais n’est pas Tarantino qui veut.
Le film parvient, par moments, à divertir grâce aux acteurs et à deux-trois boutades. Mais cela ne l’empêche pas pour autant de diffuser une certaine atmosphère de vide. Les acteurs sont indéniablement cool, le film nettement moins.
ESPACE, Circuit EMPIRE sauf SOFIL
k Banlieue 13
de Pierre Morel
Énième production signée Besson.
Mais qu’est-il donc arrivé à Luc Besson, réalisateur de talent, à l’origine de plusieurs films cultes tels que Subway, Le grand bleu, Nikita et Léon ?
Fini son époque faste, intéressante et riche. Aujourd’hui, le réalisateur s’est effacé et préfère laisser place au producteur. L’homme change de casquette, et cette dernière lui va nettement moins. Ses «produits»: des films d’action toujours servis par des acteurs et des scénarios plutôt faibles. Banlieue 13 ne déroge pas à la règle. Bagarres, explosions, courses-poursuites, armes à feux et armes blanches envahissent et écrasent le film. Sans culpabilité aucune, Besson nous offre un produit dérivé de ses taxis et autres « yamakasis ».
Passons rapidement sur l’histoire : Paris 2013. Un mur d’isolement entoure des cités qui renferment des personnages sans foi ni loi. Deux hommes sont chargés de désamorcer une bombe qui se trouve dans la banlieue 13. Intrigue futile donc, mais le film n’a d’autre but que de divertir et de faire le maximum de bruit. Le récit réintègre le concept du « parcours » (déjà présent dans Yamakasi), une philosophie de l’action basée sur la mobilité totale en milieu urbain. Un rythme infernal, énormément de mouvements et des scènes d’action spectaculaires servent un film extrêmement rythmé. Toujours plus de musique, de cascades et de tirs… à la longue tout cela peut user. C’est effectivement ce qui se passe. Une fois terminé, le spectateur souffle et récupère.
Une précision de taille : les distributeurs ont choisi une copie de Banlieue 13 (pourtant français) doublée en anglais.
CONCORDE, ABRAJ, ZOUK
l Miss Congeniality 2: Armed and Fabulous
de John Pasquin
On prend les mêmes et on recommence. C’est effectivement reparti pour Sandra Bullock qui porte une nouvelle fois le costume de Gracie Hart, agent du FBI. Aucune once d’originalité dans cette suite qui puise sans complexe dans le numéro 1. Sandra Bullock interprète toujours le flic garçon manqué, grognon et rustre. Si elle ne participe plus cette fois à l’élection de Miss USA, elle est néanmoins relookée par un des personnages du film qui réussira à faire du vilain petit canard un joli cygne. La victime quant à elle reste la même, Miss États-Unis.
Comme le plagiat a ses limites, le cinéaste décide de déplacer l’histoire à Las Vegas. Couleurs, paillettes et feux d’artifice se marient parfaitement avec l’ambiance légère et l’intrigue superficielle. Ce lieu permet également à Sandra Bullock et Regina King de jouer l’une à la coco-danseuse et l’autre au sosie de Tina Turner. John Pasquin remplit donc autant qu’il peut le film de costumes excentriques et de situations improbables afin de provoquer le burlesque. Burlesque qui se transformera d’ailleurs malgré lui en ridicule. Ces péripéties et rebondissements vus maintes et maintes fois laissent malheureusement le spectateur de marbre. Restent en tête deux moments « forts » du film : la platitude de la blague sur le tampon et la phrase dépassée au possible d’une petite fille : « Nous souhaitons la paix sur terre!»
Les enfants rigoleront sûrement face à ce spectacle déguisé et coloré, mais les adultes seront plus sceptiques.
EMPIRE ABC/SODECO/ DUNES, ESPACE FREEWAY
Paroles dE cinéma
Paroles dE cinémaaméra rapprochée
Wes Anderson : l’enfant terrible d’Hollywood
Dans les années 90, le cinéaste Wes Anderson a acquis un statut dont aurait rêvé avoir n’importe quel réalisateur fana de singularité. Il a effectivement réussi à imposer un cinéma indépendant dans le monde incroyablement formaté d’Hollywood. Il a également séduit, malgré des personnages, des ambiances ainsi que des histoires atypiques et décalées, les critiques et le public. Martin Scorsese classe d’ailleurs Bottle Rocket dans le top ten de ses films favoris des années 90.
Dès ses débuts, le réalisateur fait équipe avec la famille Wilson. Rencontré dans le campus de l’Université du Texas, Owen Wilson coécrira et jouera dans plusieurs de ses films. Anderson se plaît à s’entourer des mêmes acteurs. Font notamment partie de la « famille » les Wilson, Bill Murray et Anjelica Huston.
De tous ses films, The Royal Tenenbaums s’inscrit néanmoins comme celui le plus acclamé, avec 50 millions de dollars de recettes au box-office, soit trois fois plus que les recettes de Rushmore (sorti en 1998).
Nous ne rappellerons jamais assez que ces longs-métrages séduisent une catégorie bien précise de spectateurs, à savoir ceux ou celles friands d’abstraction, d’originalité et de décalé.
D.D.
En gros plan
Paroles de cinéaste: Claude Chabrol
Il a le même âge que Clint Eastwood: 74 ans. Le Français et l’Américain ont un seul point en commun, leur passion du cinéma qui les maintient – toujours en bonne forme – derrière les caméras. Chabrol a sorti, fin 2004, son 52e film, La demoiselle d’honneur (le premier, c’était Le beau Serge, en 1958) qu’on aimerait bien voir au Liban. En même temps, il avait publié un livre de souvenirs, intitulé Laissez-moi rire!
Normal: il assure que «rire» est son occupation préférée. Pourtant, il reconnaît qu’il a pleuré en revoyant L’Aurore, de Murnau.
«D’ailleurs, dit Chabrol, outre Murnau, mes réalisateurs préférés sont Hitchcock, Fritz Lang, Jean Renoir et Ernst Lubitsch. Mais certes pas Woody Allen, que je ne supporte guère.» Et si on lui demande quels sont ses héros d’aujourd’hui, la réponse est inattendue: «Bush et Ben Laden. C’est leur ressemblance qui me fascine. Ils sont pareils, vous aviez remarqué?» Chabrol provocateur, c’est connu.
Ce que l’on sait aussi, c’est que ce fin gourmet a un penchant irrésistible pour les bonnes tables (son plat favori: la sole, préparée par sa femme, Stéphane Audran). Et côté boisson? «Le vin. Comme tous les êtres humains normaux», souligne-t-il. Pas de surprise.
J.-P. GOUX-PELLETAN
les ciné-clubs
La mauvaise éducation
de Pedro Almodóvar (2004)
Dans ce film plus intime qu’autobiographique, Almodóvar regroupe plusieurs thèmes qui lui sont chers : la passion du cinéma, l’homosexualité, la transsexualité, l’amour de la mère, les faux-semblants, etc.
La mauvaise éducation se présente comme le film le plus sombre et le plus masculin du cinéaste. Les protagonistes sont en effet essentiellement des hommes. Ces personnages complexes, extrêmement travaillés, évoluent dans un univers noir où l’on trouve autodestruction, fausse identité et mort. L’hommage au film noir est présent à travers les multiples références au genre, notamment avec la présence du personnage de la femme fatale.
Le réalisateur, d’une main de maître, manipule les spectateurs en optant pour une structure narrative très complexe et dans laquelle se mêle flash-back, film dans le film, réalité, fantasme, personnage à identités multiples, etc.
La mauvaise éducation est surprenant de par sa force «scénaristique», les prestations des acteurs, le ton sombre, les thèmes abordés et les antihéros troublants.
L’histoire : deux garçons, Ignacio et Enrique, découvrent l’amour, le cinéma et la peur dans une école religieuse au début des années 60. Le père Manolo, directeur de l’institution et professeur de littérature, est témoin et acteur de ces premières découvertes. Les trois personnages se reverront deux autres fois, à la fin des années 70 et en 1980. Cette deuxième rencontre marquera la vie et la mort de l’un d’entre eux…
Avec Gael Garcia Bernal, Fele Martinez et Javier Cámara.
Ciné-club de l’Alba, vendredi 22 avril à 19h
Ten
d’Abbas Kiarostami (2002)
Ten revient sur un thème récurrent du cinéma iranien, la condition de la femme. À mi-chemin entre le documentaire et la fiction, Kiarostami offre là une œuvre épurée où la mise en scène est quasi inexistante puisqu’elle a pour principal décor une voiture (composante essentielle de certains films du réalisateur). La voiture représente pour lui un lieu de réflexion, d’observation et surtout de conversation. Ten est entièrement filmé en caméra numérique (pour une plus grande liberté de tournage)
L’histoire : Ten met en scène 10 séquences de la vie émotionnelle de six femmes qui pourraient aussi bien être 10 séquences de la vie émotionnelle d’une seule et unique femme. Celles-ci sont amenées à relever des défis à une étape particulière de leur vie.
Troublant et amusant, le film parle d’amour, de mariage, de sexe, de religion et de famille… bref de la vie. Il a été présenté en compétition officielle au Festival de Cannes 2002.
Avec Mania Akbari, Roya Arabshahi, Katayoun Taleidzadeh et Mandana Sharbaf.
Auditorium de l’Esa, mardi 26 avril à 20h30
Moi, un Noir
de Jean Rouch (1959)
Passionné d’ethnologie, Jean Rouch voit rapidement dans le cinéma un moyen de faire connaître au public européen les traditions et la culture africaines. Refusant tout « exotisme », il s’attarde à montrer ces rituels à l’état brut, tout en ajoutant un commentaire très personnel. L’influence considérable de Jean Rouch dépasse le cadre du documentaire. Les réalisateurs de la nouvelle vague, notamment Jean-Luc Godard, ont ainsi été très marqués par ses films (tournés caméra à l’épaule) et par un cinéma appeler « cinéma vérité ».
L’histoire : le film suit à Abidjan les tribulations tragi-comiques d’émigrés nigériens qui se font appeler Edward G. Robinson ou Eddie Constantine.
Avec Oumarou Ganda, Petit Toure et Alassane Maiga.
CCF, salle Montaigne,
mercredi 27 avril à 19h15
DYMA DEMIRDJIAN
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats